Cher lecteur, je t’exhorte à trouver un moment de répit. Éloigne-toi, quand tu peux, du bruit et de l’empressement habituel de la journée et jette un regard attentif sur le monde qui t’entoure. Même si tu n’as pas encore acquis la précieuse habitude de la contemplation, connue surtout de ceux qui se sont purifiés des passions, avec un peu de répit et un peu d’effort tu découvriras, même dans les choses banales de la vie, des aspects tout simplement éblouissants.
Pourtant, une telle entreprise ne sera pas facile. À bien des égards, la vie que nous choisissons nous empêche de vivre la joie authentique, et le plus souvent gratuite, que nous procurent ces miracles. La surestimation sensorielle, la surcharge cognitive ou la multiplication des désirs, autant de situations fréquentes dans le décor habituel de la société de consommation, modifient non seulement les modèles de vie, mais aussi les dispositions intérieures, et la manière dont nous concevons et nous percevons le monde, et peuvent chacune influencer d’une manière significative nos actions et nos idéaux.
Mais nous ne pouvons pas passer à côté du fait que, au-delà de tous ces défis qui menacent les équilibres les plus profonds de notre être, nous vivons tout de même des années bénies, au moins à quelques égards. L’un de ces égards, de nature à nous encourager à nous réjouir de l’époque où nous vivons, c’est que nous disposons, dans des formes de plus en plus accessibles, de l’immense bagage culturel accumulé le long des siècles par nos prédécesseurs. Nous pouvons emporter aujourd’hui, où que nous allions, quelques milliers de titres essentiels, des livres infiniment précieux, qui peuvent instruire notre esprit, sur une petite clé USB accrochée à notre porte-clés. Une autre bénédiction de plus en plus évidente ces dernières années, consiste dans le volume immense d’informations soigneusement assemblées par l’effort soutenu des chercheurs de toute la terre. Un immense dépôt de données et de résultats, qui s’accroît considérablement de jour en jour, est maintenant à notre portée. Nous y trouvons de nombreuses occasions d’étonnement, en ce qui concerne l’univers, le microcosme, les propriétés extraordinaires de la matière, les miracles de la vie ou les secrets fascinants de la conscience humaine. Il serait difficile de trouver parmi les chercheurs ou les explorateurs des gens blasés, tués par l’ennui, et ceci peut être une preuve édifiante pour nous convaincre que le monde où nous vivons et la vie que nous pouvons mener, dans cet univers à la fois cognoscible et rempli de mystères, sont de nature à nous surprendre. Nous avons aujourd’hui plus de chances de découvrir que le monde où nous vivons est merveilleux, et nous pouvons engranger ce trésor d’informations extraordinaires, pour notre profit spirituel, la joie et la reconnaissance pour la condition qui est la nôtre. De plus en plus de situations de connaissance font apparaître cette propriété, celle que nous sommes formés d’une manière merveilleuse, en tant qu’êtres sensibles, capables de percevoir le monde et en même temps doués de la capacité de comprendre, qui nous offre la chance immense de déchiffrer tout ce que nous percevons, jusqu’aux niveaux les plus profonds. Et dans tout ce mouvement de l’être, dans son travail assidu dans le champ de la connaissance du monde, on entrevoit la capacité remarquable de son esprit de se tenir aux aguets, pendant des décennies, en scrutant chaque parcelle de la réalité, pour mettre en lumière toujours plus de nouvelles caractéristiques.
Encore et encore, l’univers miraculeux
Veux-tu que nous levions les yeux vers le ciel ? Nous y sommes accueillis par un abysse : l’immensité inimaginable de l’espace galactique, prouvant de la manière la plus impressionnante que le monde est façonné pour ton esprit, pour le mien, pour celui de chacun de nos semblables. On y voit le mieux se refléter le désir souvent inconscient mais presque toujours irrésistible de l’infini. Le fait que pendant des générations, le long de l’histoire, l’esprit humain ne capitule pas devant cette immensité de l’espace éclairé par les étoiles prouve la persévérance phénoménale de l’homme, pour une compréhension de plus en plus profonde des mystères du cosmos, et pour le saisir entièrement par l’esprit.
Peux-tu prendre un moment pour regarder la terre ? Un autre abysse nous attend là encore – le microcosme, avec ses entités mystérieuses : les protons, les neutrons, les particules élémentaires, qui ensemble composent l’univers des formes et des textures de la matière, le monde des choses que nous touchons, que nous construisons, que nous consommons. Ces paquets d’énergie et les quantas d’action qui les relient dans des structures diverses respectent strictement un ordre qui n’est pas simple, soutenant la chimie extraordinairement fertile de notre monde. Une chimie capable d’assurer la variété de quelques dizaines de millions de substances et de composés aux propriétés diverses, qui peuvent incorporer presque tout ce que nous avons souhaité construire.
Mais si tu veux, on peut regarder un instant la branche d’un arbre reverdi, jusqu’à la plus petite feuille qui vient d’apparaître, et là aussi nous allons trouver des raisons d’étonnement à nous couper le souffle. Les biologistes nous diront que nous avons à faire, même dans cette petite feuille que nous avons choisie, à toute une usine qui entretient la vie de la manière la plus efficace. Cette véritable plate-forme industrielle dépasse en complexité, en miniaturisation et en efficacité tout ce que nous, les hommes, avons pu construire jusqu’à présent.
Le même émerveillement nous attend aussi si nous posons notre regard sur une fourmi. Il s’agit de l’un des êtres les plus puissants de tous ceux que l’on connait sur la Terre, l’être qui dispose de la musculature la plus développée, en gardant les proportions. En effet, les fourmis peuvent tracter avec leurs mâchoires des objets jusqu’à 50 fois plus lourds qu’elles-mêmes !
L’inépuisable mystère de la vie
Et si ce n’est pas assez pour nous étonner, ou pour arrêter dans notre marche forcée de la journée, la routine pressée et le charme superficiel du divertissement, le mystère de la constitution de notre propre corps, que nous ressentons tous les jours, sera un défi encore plus difficile à ignorer. Nous avons la chance, à chaque moment de notre vie, de vivre encore et encore ce mystère. Quelques milliers de milliards de cellules vivantes, enchaînées l’une à l’autre dans plusieurs organes et tissus, constituent la vie biologique du corps, en cachant à l’intérieur de moi, de toi et de chacun de nos semblables le mystère de la vie d’un seul sujet, en nous offrant la chance du mouvement et de la réception unitaire de ce monde, la possibilité de nous exprimer et la précieuse capacité de ressentir l’amour, la joie et la douleur de nos semblables. Nous portons en nous et avec nous, chaque jour, les milliards de cellules, et nous savons que nous représentons plus que cela, mais nous ne savons pas exactement comment. Nous vivons la vie sans pouvoir en pénétrer le mystère à fond. Malgré tout l’effort des poètes et des philosophes, des savants et des spirituels, qui ont pénétré de leur pensée précise jusque dans les profondeurs de la condition humaine, le mystère de cette condition paradoxale est toujours entier.
Mais au-delà de tout cela, il y a un émerveillement encore plus grand qui nous accompagne partout, sans être souvent observé : la capacité de notre compréhension, par l’esprit, des myriades de miracles répandus dans le champ du monde et de la vie. Non seulement nous vivons le miracle de notre propre existence, avec chaque seconde de notre vie, gouvernant d’une manière miraculeuse un corps que pourtant nous ne comprenons pas entièrement – mais nous avons aussi la chance énorme, un don infiniment précieux, de ressentir, le plus souvent de façon évidente, par les sens mêmes du corps, une partie importante des profondeurs, des horizons, des beautés, de la complexité et de la dynamique du monde sensible. Nous avons la capacité formidable d’observer aussi les liens profonds qui existent entre ces mystères du monde, en comprenant aussi leur lien avec nous. Et en même temps, nous pouvons percevoir, semble-t-il par un autre œil intérieur (tout en regardant de nos propres yeux) le visage illuminé et le sourire éclatant d’un enfant qui retrouve, après un moment, le visage de sa mère et son étreinte pleine d’amour.
Enfin et par-dessus tout, nous avons une capacité encore plus merveilleuse que tout ce que nous venons de dire, celle de mettre ensemble des niveaux distincts, ces différentes formes de beauté et de raison : certaines concernant la raison et les rationnements froids de la logique, d’autres concernant notre sensibilité affective, et leur conférant un sens d’ensemble. C’est cette capacité qui nous permet de tout mettre au service du bien de tous, de notre édification et celle de nos semblables. Nous arrivons ainsi à pouvoir faire fructifier, par le travail habituel d’une journée, le potentiel merveilleux du monde où nous vivons, en mettant toute sa diversité sous le signe du bien et en lien avec la vie concrète de nos semblables.
Parmi toutes les créatures, seulement nous, les hommes, êtres doués de raison, pouvons rassembler tous les miracles du monde et pouvons les orienter, avec les données de la connaissance scientifique qui les fournissent, vers l’œuvre bonne destinée à nos semblables et à toute la Création.
Les ombres de la vie et les lumières de la révélation
Pourtant, si quelqu’un cherche les mystères extraordinaires de la vie, il découvrira sans doute aussi de nombreuses données alarmantes sur l’état du monde, une multitude de situations dramatiques qui affectent beaucoup de régions du globe terrestre, des faits regrettables et de nombreuses injustices. Au-delà de tous ces défis courants, que nous rencontrons à chaque pas, la souffrance et la mort assombrissent, comme des ombres indélébiles, le visage du monde et de la vie, semblant recouvrir entièrement leurs mystères et leur beauté profonde. C’est pourquoi la souffrance et la mort de l’homme, comme des ennemis invincibles, et le caractère périssable de tout l’univers ruiné par l’entropie, pourraient détourner notre réflexion des dons formidables de la vie et de la compréhension, vers la condition tragique de l’homme avec tout ce qu’elle a d’amer.
Il en serait ainsi si l’existence se limitait à ses aspects sensibles. Mais ce n’est pas le cas. Un mystère plus profond, plus saisissant que tout ce que nous avons mentionné jusqu’à présent, pénètre l’existence entière, en inondant de lumière toutes les ombres de la souffrance et de la mort. Il s’agit de l’univers intelligible, du territoire de la foi, qui soutient et enveloppe tout l’univers sensible – territoire de la science – entropique et dominé par la mort. Ceci dévoile – par la Révélation cette fois-ci – les fondements, les sens profonds et la finalité de ce que l’on peut saisir par la recherche habituelle au niveau sensible de la vie.
À la Lumière de l’Incarnation du Fils de Dieu, nous pouvons comprendre que le mystère de la vie n’est ni la vie du monde ni notre vie dans le monde. Ce n’est pas que l’existence soit plus importante que le monde perçu par les sens. La révélation faite par l’Incarnation du Logos montre, à tout esprit ouvert pour recevoir ce qui est au-delà de la raison, des sens bouleversants de la condition de l’homme et du monde, leurs fondements et leur finalité. Le plus grand privilège de la vie n’est pas de pouvoir la vivre, ou de nous sentir toujours appelés à la connaître, ou de pouvoir atteindre une sorte de sapience inépuisable, en vivant toujours l’émerveillement de ses profondeurs et des nôtres, loin de la sensation de pouvoir épuiser ce mystère. Si nous nous attardons un moment dans l’expérience de la foi et dans la réflexion en marge de ses données, en laissant guider notre esprit par la pensée des Pères chrétiens, nous allons comprendre que le don le plus important, c’est le fait de vivre dans un monde créé par amour pour nous, par Quelqu’un Qui nous a tout donné et Qui, le moment venu, S’est donné aussi Lui-même pour nous, pour que nous puissions vivre une vie parfaite en communion avec Lui.
L’émerveillement, donc, est lié à Sa bonté, parce que le Fils de Dieu fait homme est mort pour l’homme, afin que tous les maux du monde et de la vie prennent fin, et que l’homme puisse vivre la vie éternelle dans une joie parfaite. Voilà l’émerveillement qui nous laisse sans voix : Son ineffable sagesse et Son amour pour nous, montrés dans le fait qu’il a choisi la mort volontairement, dans Son corps, afin de détruire notre mort. Le Christ, comme l’écrit Saint Maxime le Confesseur, détruit la tyrannie du malin qui nous a dominés par la tromperie. « Car, en projetant la chair comme une arme contre le malin, il vainc la chair vaincue en Adam, afin de montrer que cette chair, qui avait pris le fruit et en avait reçu la mort, prend celui qui l’avait prise et détruit sa vie par la mort naturelle ; de montrer aussi qu’elle est devenue pour lui un poison destiné à lui faire vomir tous ceux qu’il avait pu engloutir, car il détenait le pouvoir de la mort ; mais qu’elle est devenue pour la race des hommes une vie qui fait lever comme une pâte toute la nature pour que ressuscite la vie, cette vie pour laquelle, justement, le Verbe, qui est Dieu (Cf. Jn 1, 1), devient homme (chose et nouvelle vraiment étrange) et accepte volontairement la mort dans la chair ».1
La Résurrection du Christ, science des êtres visibles et raisonnables
Le don le plus profond, reçu par l’amour de Dieu et des bras de la Vierge, c’est le Fils, dont l’amour n’est pas vaincu par les péchés de l’homme et par les manquements de notre vie imparfaite. « Ô vous, qui avez un juste jugement ! Venez vous émerveiller ! Qui a un jugement sage et merveilleux, afin de s’émerveiller comme il convient de la grâce de notre Créateur ? Il est la récompense des pécheurs, car au lieu d’une juste récompense, Il les récompense de la Résurrection ; et leurs corps, qui ont transgressé Sa loi, il les habille de la gloire de l’incorruptibilité. (…) Gloire à Toi pour les deux mondes que Tu as créés pour notre croissance et notre joie, en nous élevant par tout ce que Tu as fait pour la connaissance de Ta gloire, maintenant et dans les siècles des siècles »!2
C’est seulement à la lumière de Son Incarnation, de Sa Crucifixion, de Sa Mort et de Sa Résurrection, que nous pouvons comprendre que les dons du monde et de la vie sont une introduction à la vie mystérieuse de Son offrande envers nous, en vue de notre vie éternelle. « Le mystère de l’incarnation du Verbe récapitule le sens de toutes les préfigurations de l’Écriture, et la science de tous les êtres visibles et raisonnables. Car celui qui a connu le mystère de la Croix et du tombeau a compris les raisons de ce qui vient d’être dit ; et celui qui a connu le sens mystérieux de la Résurrection a connu le but pour lequel Dieu a tout créé dès l’origine »3.
C’est pourquoi l’effort des sciences de comprendre les phénomènes du monde sensible et la tension de l’esprit humain dans leur champ se montrent comme des occasions d’aiguiser les habitudes de l’esprit pour la compréhension de Ses œuvres. La connaissance du monde n’est pas encore parfaite, si nous ne comprenons pas encore les sens révélés par Lui et en Lui. Dans l’expression concrète de Sa puissance et de Son amour, montrés dans la Création et dans l’Écriture, on entrevoit que la possibilité de l’esprit humain de saisir la diversité des plans du monde et de la vie sensible dérive du fait que tout a été fait par Dieu le Verbe et pour Lui. L’homme – lui aussi créé à l’Image du Logos, récapitule tout en lui, tout comme le Christ – Verbe de Dieu fait homme – récapitule en Lui toute la Création. C’est pourquoi l’unité du monde souffre encore des plaies de la séparation, jusqu’à ce que nous soyons unis en Lui. De même, dans la lumière de l’Incarnation et de la Résurrection, on comprend également la condition d’impossibilité que nous vivons toujours, dans l’effort d’épuiser le mystère de la vie. Nous n’arrivons pas à saisir le sens ultime de la vie – même si nous vivons chacun notre propre vie, continuellement –, parce que notre vie, que nous ne vivons pas en état d’offrande pour nos semblables, et qui n’est pas parfaitement unie à Celui Qui est la Vie du monde, n’est pas encore une vie.
Diacre Adrian Sorin Mihalache

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale
Le site internet www.apostolia.eu est financé par le gouvernement roumain, par le Departement pour les roumains à l'étranger
Conținutul acestui website nu reprezintă poziția oficială a Departamentului pentru Românii de Pretutindeni
Copyright @ 2008 - 2023 Apostolia. Tous les droits réservés
Publication implementaée par GWP Team