Ajouté le: 1 Janvier 2019 L'heure: 15:14

À propos des communications

Dans le calendrier de l’Église, au premier jour de l’année calendaire, le 1er janvier, nous fêtons, en plus de la Fête de la Circoncision selon la chair de notre Sauveur Jésus-Christ, le « révélateur des choses célestes », le Saint Hiérarque Basile le Grand.

Saint Basile le Grand, au début de sa IIIè Homélie « Sur ces paroles de Moïse : prenez garde à vous », dit : « Le Dieu qui nous a créés nous a donné l’usage de la parole, afin que nous nous révélions mutuellement les pensées de nos cœurs, et que, tirant nos idées secrètes du fond de nos âmes, où elles sont comme en réserve, nous en fassions part aux autres par une suite du penchant qui nous porte à ce commerce mutuel. »1

Dieu nous a donné, à nous les hommes par comparaison aux autres êtres vivants, la parole articulée, le verbe, pour que par lui nous puissions partager nos pensées et surtout les dons que nous avons reçus de Dieu. La parole est simplement un moyen de communication. Nous avons à notre disposition d’autres formes de communication, cependant ce n’est pas la manière de communiquer qui est importante, mais la communication en soi.

Le mot « communication » provient du latin «comunicare» et a plusieurs sens : « mettre d’accord », « mettre en commun », « être en lien avec », «être en relation», « transmettre aux autres », « partager quelque chose avec les autres ».

Les hommes sont créés par Dieu pour vivre en communion et en communication les uns avec les autres et avec Dieu. Grâce à cela, la communication doit se faire à la fois sur un axe vertical, avec Dieu, et sur un axe horizontal, avec nos semblables. La communication qui se fait dans une seule direction n’est pas accomplie et n’atteint pas son but.

Dans le Livre de la Genèse, nous voyons qu’Adam et Ève communiquent directement avec Dieu, en face à face. Ce n’est qu’après être tombé dans le péché, à cause du fait que l’homme a perverti ses sens et a altéré les dons qu’il avait reçus de Dieu, que la communication de l’homme avec Dieu s’est réalisée à travers les prophètes. Ceux-ci ont soit entendu la parole de Dieu, soit ont entrevu Dieu de dos, entendant sa parole et sentant sa présence. Même si les hommes continuaient à communiquer entre eux, il n’y avait pas de communication sur l’axe vertical avec le Seigneur, et cette communication n’était pas parfaite et a mené très souvent l’homme à s’éloigner de ce qui est naturel et à s’égarer dans les «ténèbres de l’ignorance».

Le verbe s’est fait chair afin de se communiquer à nous, les hommes, afin de nous être partagé ; afin de se révéler Soi-même à nous et de rétablir la communication directe avec Lui, mais aussi afin de rétablir le véritable lien entre nous. Le père Dumitru Stăniloae dit : « Le Christ a élevé en l’homme le visage de Dieu à son actualité plénière, c’est-à-dire à la pleine communion avec Dieu et avec ses semblables. »2

Au Baptême du Seigneur, « une voix fit entendre des cieux ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection. »3 C’est la manière de Dieu de nous parler ; succincte et allant droit au but. Pourquoi en est-il ainsi ? Nous recevons la réponse toujours par le Saint et Grand Basile : « La vérité n’est pas facile à saisir, et elle peut échapper sans peine à des auditeurs peu attentifs, parce que l’Esprit-Saint a donné aux paroles de l’Écriture de la brièveté et de la précision, pour qu’elles renferment beaucoup de choses en peu de mots, et que par là on les retienne plus aisément. Le grand mérite d’un discours, est de n’être ni tellement succinct que la brièveté le rende obscur, ni tellement diffus qu’il s’égare en idées vagues et inutiles. »4

La parole de Dieu est directe et claire et elle ne sera jamais enveloppée d’un manteau de paroles futiles ou d’un emballage brillant qui la rende séduisante. Elle est d’une grande valeur par elle-même et surtout porteuse de salut lorsqu’elle est reçue avec la foi et s’incarne dans une âme qui se vide de tout « souci de ce monde », retrouvant ainsi la tranquillité.

« Lorsque nos pensées empruntent la voix pour se produire, portées sur la parole comme dans une espèce de nacelle, elles traversent l’air, et passent de celui qui parle à celui qui écoute. Si elles trouvent un calme profond et tranquille, le discours repose dans les oreilles des auditeurs comme dans un port paisible, à l’abri des orages ; il fait, pour ainsi dire, naufrage, et se dissipe au milieu de l’air, si le bruit, de la part des auditeurs, excite comme une tempête violente. »5 nous enseigne encore Saint Basile le Grand.

Le silence aussi est une manière de communiquer, surtout avec Dieu. Saint Isaac le Syrien dit que « la parole est l’instrument du monde présent. Le silence est le mystère du monde qui va venir »6, et l’évêque Kallistos Ware nous dit sur la prière, qui est une conversation avec Dieu : « Voici la vraie prière : garder le silence et écouter la voix sans paroles de Dieu au plus profond de son cœur, arrêter d’œuvrer par soi-même, pénétrer dans l’œuvre de Dieu. »7

J’ai couché sur papier ces pensées, en m’appuyant sur les paroles pleines de vérité des saints et des pères spirituels, afin de tirer un signal d’alarme en ce qui concerne la communication. Nous pensons souvent communiquer mais en réalité nos paroles sont vides et ne s’incarnent pas parce qu’elles manquent de contenu, à savoir d’amour. Nous oublions souvent que « le monde nous a été donné pour communiquer entre nous, pour nous aider nous-mêmes à travers lui »8 comme dit le père Dumitru Stăniloae. C’est pour cela que, au lieu d’assumer le monde avec tout ce qu’il contient et de le recouvrir du manteau de notre amour en priant pour lui, nous le rejetons et nous oublions que notre Sauveur Jésus-Christ s’est fait homme et est descendu dans ce monde pour le sauver.

D’un autre côté, nous parlons beaucoup, mais nous oublions de nous entretenir avec Dieu, consciemment ou inconsciemment, en oubliant que « sans Dieu, l’homme reste un pauvre animal raisonnable et parlant, qui vient de nulle part et qui va nulle part »9 selon la remarque judicieuse du grand philosophe roumain Petre Ţuţea.

Par conséquent, en cultivant la communication avec les hommes, dans un esprit d’amour, de paix et d’unité, mais en même temps avec Dieu, notre Père céleste, nous faisons se réunir les deux bras, horizontal et vertical, de la Croix, par qui, si nous l’assumons, nous trouverons le Salut.

† L’Évêque Timothée

Notes :


1. Version en ligne des Homélies, Discours et Lettres choisies de S. Basile-le-Grand [archive], trad. par M. l’Abbé Auger, Lyon, 1827, sur le site de l’Abbaye Saint-Benoît de Port-Valais.
2. https://es.scribd.com/document/18065205/Pr-Dumitru-Staniloae-Citate
3. Matthieu 3, 17
4. Saint Basile le Grand, idem.
5. Ibidem
6. https://www.crestinortodox.ro/comunitate/group_discussion_view.php?group_id=771&grouptopic_id=6253
7. https://www.voci.ro/cugetari-si-citate/
8. https://es.scribd.com/document/18065205/Pr-Dumitru-Staniloae-Citate
9. https://pildele-cartilor-sfinte.com/vorbirea.html

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