Ajouté le: 15 Novembre 2018 L'heure: 15:14

La Croix est le principe de notre salut (Saint Jean Chrysostome, « Homélie sur la Croix »)

« Celui qui veut marcher sur mes pas, qu’il renonce à lui-même, prenne sa Croix et me suive » (Marc 8, 34). Sans la Croix on ne peut suivre le Seigneur qui a porté Sa Croix. Et tous ceux qui Le suivent portent obligatoirement leur croix. Qu’est-ce donc que cette croix ? Ce sont les gênes, les peines, les malheurs de toutes sortes qui assaillent de l’extérieur et de l’intérieur le chrétien qui chemine sur la voie de l’obéissance aux commandements du Seigneur (…). La Croix est tellement inhérente au chrétien, que là où il y a un chrétien, il y a une Croix, et là où il n’y a pas de Croix, il n’y a pas de chrétien. (…) Réjouis-toi de sentir le poids de la Croix, car c’est le signe que tu marches à la suite du Seigneur, sur le chemin du salut, en route vers le Paradis. Endure encore un peu. Le terme est tout proche, et la couronne de gloire ! » 

Saint Théophane le Reclus, « Sans la Croix, on ne peut suivre le Seigneur »

Chacun de nous s’est posé un jour ou l’autre la question : pourquoi la souffrance existe-t-elle ? Pourquoi les catastrophes naturelles, les maladies, les guerres, les camps de concentration, et tant d’autres malheurs collectifs ou individuels, et le malheur suprême, qui frappe tous les êtres vivants sans exception : la mort. La raison humaine reste muette et impuissante devant les désastres et les horreurs sans nombre qui se sont succédé tout au long de l’histoire humaine, et qui surviendront sans doute sur notre planète jusqu’à la fin du monde. C’est ce que l’historien des religions Mircea Eliade appelle « la terreur de l’histoire ». Pour l’homme sans Dieu qui ne reconnaît que la dimension historique et terrestre de l’existence, il n’y a aucune explication rationnelle de la souffrance ni aucune échappatoire : « La terreur de l’histoire » devient de plus en plus difficile à supporter dans la perspective des philosophies historicistes. C’est que tout événement historique y trouve son sens complet et exclusif dans sa réalisation même ». Attitude toute contraire à celle de l’homme religieux « qui tente de s’opposer par tous les moyens en son pouvoir, à l’histoire, regardée comme une suite d’événements irréversibles, imprévisibles et de valeur autonome ». C’est pourquoi, l’homme religieux se défend contre l’histoire « en accordant aux événements historiques une signification métahistorique » (M. Eliade, « Le mythe de l’éternel retour »). 

Ces deux dimensions de l’existence humaine, l’une terrestre et historique, l’autre spirituelle et métaphysique, sont représentées par l’axe horizontal et vertical de la croix, dont le centre est « le point où se concilient et se résolvent toutes les oppositions » (René Guénon, « Le symbolisme de la Croix »). Pour les chrétiens, ce point central est la personne à la fois humaine et divine du Christ, qui a réconcilié l’homme avec Dieu, « par sa croix, sur laquelle il a fait mourir l’inimitié » (Éphésiens 2, 16). 

L’existence du chrétien comporte – ou devrait comporter – toujours deux dimensions, l’une horizontale – ce monde-ci, transitoire et périssable – et l’autre verticale, sa relation spirituelle avec Dieu et avec le Christ, qui rétablit le lien entre l’homme mortel et la vie éternelle, entre le monde terrestre et le Royaume des Cieux. Tandis que l’homme sans Dieu ne connaît que la dimension terrestre de la vie, où la souffrance reste sans remède et sans explication et la mort l’attend au bout du chemin. 

La science moderne, fondée sur des principes matérialistes, a écarté de son champ de recherche la dimension métaphysique de la vie, de sorte qu’elle ne peut connaître que les choses de ce monde, où la souffrance demeure inexplicable et la mort la destination finale de l’homme et de tout être vivant. La science devient ainsi inhumaine, car elle peut expliquer les causes matérielles d’une catastrophe naturelle ou de la mort, mais ne nous apporte aucune consolation, aucun espoir, face à la souffrance et à la mort. C’est pourquoi « la connaissance sans la lumière d’en haut est une catastrophe » (Païssios l’Athonite, « Paroles (1) »). 

Le Christ qui réunit en sa personne la dimension terrestre et divine de l’homme, représente la véritable nature humaine, telle que Dieu l’a faite, mais qui échappe aux moyens d’investigation des sciences matérialistes, que l’on peut considérer dès lors comme étant inexactes et illusoires, puisqu’elles ignorent la vérité de Dieu, qui ne peut être connue que par la foi, car elle n’appartient pas à ce monde : « Si nous voulons que notre cœur soit éclairé par la véritable connaissance de Dieu, il faut que le monde sorte de notre cœur » (Saint Tikhon de Zadonsk, « Lettres de sa cellule »). 

La croix représente la vérité du Christ, qui a transformé un instrument de torture et de mort en voie de salut et de vie éternelle. Dans son sermon sur la montagne, le Christ annonce la béatitude éternelle de ceux qui souffrent dans ce monde en son nom, lorsque « la croix personnelle de chacun s’unit avec la Croix du Christ », car « les croix personnelles de chacun sont tout aussi nécessaires pour notre salut que la Croix du Christ. Vous ne rencontrerez aucun homme sauvé qui n’ait pas porté sa croix » (Saint Théophane le Reclus, « La vie intérieure »). 

Porter sa croix avec le Christ c’est affronter les souffrances et les épreuves de notre existence terrestre sans perdre la foi, et avec une confiance absolue et inconditionnelle en Dieu qui fait tout pour notre bien, même si nous sommes souvent incapables de comprendre ses voies. Pourquoi la souffrance et les malheurs ne sont-ils pas répartis également entre tous les hommes ? Pourquoi certains ont une croix bien plus lourde à porter que d’autres ? Pourquoi les centaines ou milliers de victimes – hommes, femmes, enfants – d’une catastrophe naturelle ou nucléaire ? Pourquoi les millions de victimes des guerres mondiales et des camps de concentration ? Pourquoi la souffrance et la mort des enfants innocents ? – question que pose Dostoïevski par la bouche de son personnage Ivan Karamazov, qui déclare refuser son billet d’entrée au paradis, si le prix de ce billet est la mort d’un enfant innocent. 

La raison humaine est bien trop faible et limitée pour apporter une réponse satisfaisante à ces questions. Seule la sagesse infinie de Dieu connaît la réponse à toutes les questions insolubles pour l’esprit humain. La chute d’Adam est due précisément au fait qu’il a voulu obtenir la connaissance parfaite et totale qui n’appartient qu’à Dieu. 

Là où s’arrête le pouvoir de l’esprit humain, commence le pouvoir de la foi et du Saint Esprit. Notre foi doit être aussi grande que notre ignorance, c’est-à-dire infinie. 

Car «tout ce qui vient de Dieu est pour notre bien » : « Par conséquent, que tu sois frappé par le sort amer de tous ou par tes peines et tes chagrins personnels, supporte-les d’un cœur apaisé, en les recevant avec gratitude de la main de Dieu, comme un remède contre les péchés ou comme une clé qui ouvre la porte du Royaume des Cieux » (Saint Théophane le Reclus, op. cit.).

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