Ajouté le: 8 Novembre 2018 L'heure: 15:14

Mère Marie, Higoumène du monastère de la Nativité de la Mère de Dieu

Mère Marie est née en 1950, au sein d’une famille très chrétienne où elle a grandi avec ses trois frères. Ses parents étaient très actifs dans l’Église Catholique, avec des engagements dans le service, ce qui leur a permis de rencontrer des grandes figures charismatiques de cette époque. C’est dans ce climat d’amour du Seigneur qu’elle fut entourée durant toute son enfance et son adolescence.

Elle commença ses études universitaires et ne trouvant pas de résonance dans les cours donnés, par rapport à la vie intérieure qu’elle avait déjà, elle arrêta ce cursus. C’est durant cette période que plusieurs jeunes portés par l’élan de la foi évangélique, fondèrent la communauté de la Théophanie : prière et partage, tout était remis à la communauté, pas de bien personnel ; et le salaire, fruit du travail de chacun, était à la disposition de la communauté. C’est là que Mère Marie rencontra ses sœurs en Christ qui fidèlement l’accompagnèrent jusqu’à la fin. 

Après une formation monastique en Grèce et en Israël, elles firent ensemble leurs vœux monastiques le 15 août 1984, et ne se sont plus quittées. Elles s’installèrent sur le Domaine de Cantauque en 1986 où elles vécurent jusqu’en 2006. Nous nous sommes rencontrés, la presbytérat Michèle, moi-même et les moniales, en 2006 : les sœurs venaient juste d’acquérir leur nouveau lieu de vie, au Ricardès, lieu du « désert », en pleine forêt lozérienne.

Le courage et la ténacité de Mère Marie ont permis, à ce lieu abandonné depuis tant d’années, une nouvelle vie offerte au Seigneur et à Sa Mère, avec les prières des saints locaux : saint Frézal, sainte Énimie, saint Georges …

Depuis 2006 nous sommes venus une fois par mois, Michèle et moi, célébrer la Divine Liturgie, ainsi que pour les grandes fêtes, et cela jusqu’à cette année. Ces 12 années ont fait de nous de vrais frères et sœurs en Christ, bien au-delà des conventions hiérarchiques.

Petit à petit, un groupe de fidèles orthodoxes vivant dans les environs, se retrouvèrent au monastère, accueillis avec amour et joie par Mère Marie et les moniales Évangélia, Catherine et Macrine. Après le café partagé après la Liturgie, le repas pris en commun dans le réfectoire nous permettait, après la lecture, d’échanger et de recevoir les conseils spirituels de Mère Marie.

Mère Marie était une théologienne au vrai sens du mot, c’est-à-dire celle qui prie au plus profond d’elle-même pour le salut de tous les hommes. Elle aimait à nous dire que le plus important était de trouver l’Amour du Seigneur en nous et pour nous, de le demander au Père, de nous mettre en présence consciente avec le Christ, pour vivre un face à face personnel qui rejaillira sur la vie communautaire, paroissiale, pour la Gloire de Dieu et de Son Église.

Elle qui connaissait bien l’Église catholique, aimait dialoguer avec des prêtres, des religieuses, et tous ses anciens amis de la Théophanie. Elle nous rassemblait tous dans Son Amour, Celui du Christ.

Hélas, ces quatre dernières années, la maladie l’a touchée, lui apportant la plus grande épreuve de sa vie et son plus grand combat. Elle dut être hospitalisée d’urgence et resta plusieurs mois en soins hospitaliers hors du monastère. Elle traversa ce temps comme le chemin de Croix, à l’ombre de Celui qu’elle aimait tant... et vécut la Pâque loin du monastère mais près de Lui. Elle revint dans sa communauté au mois de juin où nous l’attendions tous avec émotion et joie. Enfin nous la retrouvions.

Mais les choses n’étaient plus comme avant : tout était difficile, marcher, manger, dormir, parler, et même respirer, et pourtant à chaque visite elle prenait du temps pour chacun.

Elle s’est éteinte le dimanche 14 octobre à 17h à l’hôpital de Mende. Nous étions là au monastère le dimanche soir pour accueillir chez elle notre Mère Marie, Higoumène du Monastère de la Nativité de la Mère de Dieu... le cœur plein de chagrin et en même temps de joie, car elle rejoignait Celui à qui elle avait donné sa vie.

Le jeudi, Monseigneur Joseph et Monseigneur Marc, accompagnés de quelques prêtres et moniales, sont venus célébrer la Divine Liturgie au monastère, entourant une dernière fois Mère Marie qui reposait dans son cercueil.

Son corps fut ensuite transporté à l’église du village de La Piguière où sa famille et tous les proches voisins, qui étaient très attachés à Mère Marie, étaient là pour l’office des funérailles. Elle est enterrée au cimetière de ce village qui n’est pas loin du monastère.

Très chère Higoumène et Mère Marie, repose en paix et prie le Christ pour nous, qu’il sauve nos âmes.

La Presbytérat Michèle et Père Joël

Parole du Métropolite Joseph prononcée lors des funérailles de l’higoumène Marie du Monastère du Ricardès, le 18 octobre 2018

C’est peu de temps que les années de l’homme, dit le psalmiste, le temps de nos années fait soixante-dix ans, pour les plus robustes, quatre-vingts, et le surplus n’est que peine et douleur1, car l’esprit est vif, mais le corps ne nous aide plus. Mère Marie avait 68 ans. Ainsi, pour un moine le rappel de la mort est présent chaque jour et à chaque instant. Il ne pense pas seulement à cette vie, mais à la vie à venir.

Bien sûr que dans le contexte du monde d’aujourd’hui, les moines apparaissent comme quelque peu inconvenants ou inopportuns. Ils renoncent à cette vie, mais s’il n’y en avait pas d’autre ? Pourtant le Seigneur Jésus Christ nous a bien montré ici qu’il y en avait une autre, et que nous ne vivons pas ici pour la mort, mais pour la vie. Et Il nous a donné sa parole que celui qui croit en Moi dès ici-bas ne verra pas la mort mais il passera de la mort à la vie2. Ainsi, pour nous, la mort est la Pâque, la mort implique la Résurrection.

Le moine, bien qu’habité par cette foi en la Résurrection, ressent néanmoins une certaine crainte face à la mort. Or voilà qu’en s’approchant de la mort, Mère Marie a été cetémoin pour nous. Plus elle s’approchait de la mort plus elle ressentait la tendresse du Seigneur, la tendresse de Dieu pour notre âme, pour notre être profond, que nous cachons tellement en nous-même. Nous cachons en nous-même cette peur de la mort. Parfois même la peur de Dieu nous fait Le rejeter, par crainte qu’Il nous juge. Or Dieu ne nous juge pas. Dieu nous aime. Et Il nous accueille. Il ne nous a pas fait vivre pour nous juger mais pour nous aimer et nous accueillir dans la vie éternelle.

Nous rendons grâce à Dieu pour la vie de Mère Marie, pour la vie communautaire qu’elle a inspirée à Cantauque puis au Ricardès, et nous demandons pardon à Dieu pour elle, et la pardonnons si elle a eu envers nous quelque parole ou pensée mauvaise, car le Seigneur voit au plus profond de notre cœur, et Il voit nos pensées, nos désirs, le regard que nous portons sur les autres, qui est souvent chargé de si peu d’amour, de si peu de miséricorde. C’est pour cela que nous demandons pardon à Mère Marie et nous lui accordons ànotre tournotre pardon, comme nous disons dans le Notre Père : Remets-nous nos dettes comme nous les remettons aussi à nos débiteurs. Voilà que notre propre pardon est conditionné par le pardon que nous donnons. Demandons au Seigneur de la pardonner et de l’accueillir dans Ses demeures, là où tous nous désirons être.

Dieu soit loué en tout, et qu’Il nous prenne tous en pitié dans Sa miséricorde et dans Son amour.

Parole de l’Évêque Marc prononcée lors des funérailles de l’higoumène Marie, Monastère du Ricardès, le jeudi 18 octobre 2018

Chère Mère Marie,

C’est à vous d’abord que je voudrais m’adresser, plus encore qu’à ceux qui vous entourent aujourd’hui, votre famille, vos amis, vos frères et vos sœurs dans le monachisme. Nous nous connaissons depuis un peu moins de douze ans. Douze ans c’est peu dans une vie, et pourtant, pendant ces quelques années, j’ai vu de quelle manière vous avez pu être éprouvée.

Quand je vous ai rencontrée, vous habitiez encore avec vos sœurs près du monastère de Cantauque où vous viviez une période difficile. Vous avez considéré au bout d’un certain temps qu’il était nécessaire pour votre communauté de trouver un autre lieu. Vous avez quitté cette maison que vous aviez construite, dont vous aviez orné de fresques la chapelle où vous aviez tant prié et célébré et vous ou êtes réfugiées pendant un temps dans votre petite maison familiale de Pertuzades où votre communauté a pu se reposer et continuer sa vie de prière. Quelques mois plus tard, vous avez fait l’acquisition, avec la communauté, des bâtiments situés au Ricardès. Et là, autre épreuve, au moment où vous vous apprêtiez à entrer dans ce bâtiment pour y habiter ou le restaurer, des personnes sans doutes plus inconscientes que malveillantes, voulant récupérer des pierres, ont transformé cette maison qui était encore restaurable en un tas de ruines. Beaucoup auraient été découragés par un tel fait. Vous non, et vous avez restauré la petite maison d’à côté, pour en faire ce que nous connaissons aujourd’hui, ce lieu de vraie simplicité, de beauté, de prière.

Puis peu à peu est apparue une autre épreuve, bien plus grave celle-ci, cette maladie qui est d’abord venue de façon insidieuse, et qui petit à petit a pris possession de votre corps. Elle vous a, au fil des années qui passaient, empêchée d’user de toutes les dons que le corps nous offre. Vous avez appris le renoncement, vous avez appris à dépendre de l’affection de vos sœurs, puis il y a environ six mois, vous avez fait une expérience qui pour nous serait anodine, mais qui pour vous a été d’une extrême violence. Votre état de santé vous a conduit à l’hôpital de Montpellier, et là, dans cette petite chambre d’hôpital vous avez fait une expérience qui, encore une fois, pour nous, passerait pour anodine tant nous n’avons plus de sensibilité spirituelle et sommes comme anesthésiés. Là, et de manière involontaire, les malades qui partageaient un temps votre chambre, vous ont fait découvrir un monde que vous ignoriez, par le bavardage des interminables conversations téléphoniques tout comme par la télévision allumée nuit et jour. Vous avez fait connaissance avec ce qui est notre quotidien: un monde sans repère, désorienté, un monde de futilité, de violence, de jugement, de jeux insipides, de polémiques artificiellement créées, tout un monde qui nous est imposé non pas pour nous faire réfléchir ou entrer dans notre intériorité, mais pour nous faire réagir sur le vif ou nous endormir. Vous qui jusque là viviez dans le silence empli de la présence de Dieu du Ricardès, vous qui vous nourrissiez aux paroles des offices monastiques et de la Liturgie pleines de la présence de Dieu, vous qui vous abreuviez quotidiennement aux paroles de l’Evangile, que vous méditiez tous les jours, vous vous retrouviez brutalement confrontée à la vacuité d’un monde qui a perdu tous ses repères, qui a expulsé le Christ et qui cherche à Le remplacer en vain, s’étourdissant de toutes les manières possibles, surtout en fuyant l’insupportable silence. Au cours de cette période passée à l’hôpital vous avez aussi fait l’expérience de la douleur physique, de l’incompréhension ou de l’indifférence que parfois, et de façon paradoxale, elle suscite dans ce milieu et, partant, de la solitude.

Vous êtes enfin revenue dans votre cher Ricardès. La maladie alors a suivi son cours. La dernière épreuve survint il y a quelques jours, quand vous avez consciemment refusé tout acharnement thérapeutique, et c’est avec confiance que vous avez remis votre vie dans les mains du Seigneur.

Toutes ces épreuves, Mère Marie, je peux en témoigner, vous les avez vécues avec persévérance, persévérance dans la foi, sans vous révolter. Parfois, certes, vous pouviez redouter le retour de la douleur qui vous avait tant tourmentée, mais c’était toujours pour vous en remettre en dernier recours au Seigneur. C’est en cela que vous êtes un exemple pour vos frères et vos sœurs moines et moniales, mais aussi pour tous ceux qui ont eu la joie de vous connaître et de s’approcher de vous.

Aussi maintenant, Mère Marie, entendez la parole que le Seigneur dit à ses élus : Viens bonne et fidèle servante, entre dans la joie de ton Maître. Amen.

Notes :

1. Ps 89, 5 et 10.
2. Cf. Jn 11, 26 et Jn 5, 24

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