À certains égards, nous vivons des temps hallucinants.
Voici le contexte proposé à la réflexion ! Pendant les deux premières décennies de ce millénaire, nous avons été témoins de découvertes scientifiques formidables, qui concernent la physiologie humaine, découvertes qui ont produit des mutations substantielles dans le paradigme des sciences médicales. Parmi celles-ci, les plus significatives sont celles qui concernent les sciences du cerveau et la génétique.
Que s’est-il passé ? À la différence des approches d’il y a quatre décennies, pendant les dernières années les sciences médicales ont élargi considérablement leurs champs d’investigation. On a davantage affaire à des préoccupations orientées exclusivement vers la compréhension de l’étiologie et du mécanisme des maladies, ayant comme cible leur amélioration ou leur guérison. De plus en plus de spécialistes ont choisi de mener des recherches sur les conditions qui assurent la préservation de la santé et les éléments qui contribuent à l’accroissement de la qualité de vie. De cette façon, le domaine des sciences médicales a vu apparaître de nouveaux territoires. De nombreux résultats montrent que la santé et la qualité de vie dépendent, entre autres, de la manière dont nous pensons habituellement, des émotions intenses que nous vivons fréquemment, de la manière dont nous organisons notre expérience du plaisir, des choix exprimés en lien avec les offres généreuses de l’industrie du divertissement. Plus concrètement, ce que j’aime écouter, ce que je regarde souvent, la configuration de mes désirs et la manière dont je me suis habitué à penser, les idéaux en rapport avec lesquels j’organise mes efforts, tout cela exerce avec le temps une influence considérable sur mes états, affectant en premier lieu la qualité de vie et au final la santé et la vie elle-même.
Les constatations des recherches médicales mettent en lumière le fait que de tels aspects, qui sont en quelque sorte extérieurs à mon être, exercent des influences extraordinaires, profondes et durables, sur ce que je suis et sur ce que je vais devenir. Les habitudes, l’environnement culturel dans lequel je situe ma vie, les expériences que je choisis, les livres que je lis, les films que je regarde façonnent mon être sans que je m’en rende compte, à des profondeurs insoupçonnables.
Initialement, certains résultats de la psychologie remarquaient le fait que les différentes situations de vie que nous traversons changent nos dispositions. On pourrait dire qu’il n’y a rien de spectaculaire à cela. Et pourtant, on a pu constater que même les expériences de courte durée, et même si elles ne sont pas rendues conscientes, peuvent modifier pour un certain temps la disposition (il s’agit de ce que l’on appelle d’une manière générale des expériences de priming, ou bien le conditionnement subliminal).
Ultérieurement, un nombre impressionnant de recherches médicales ont découvert que les traces de ces influences se font sentir même à des niveaux plus profonds de notre biologie. Un exemple le représente, il s’agit de la plasticité neuronale. Celle-ci indique que les actions ou les expériences, les pensées ou les états émotionnels répétés suffisamment longtemps modifient l’architecture et la fonctionnalité cérébrales ! Nous avons affaire à une malléabilité remarquable du tissu cérébral qui met en place des réseaux toujours mieux adaptés des expériences vécues et des actions développées. Nous sommes, en fait, des êtres équipés pour un changement continuel, tout le long de la vie, et la manière dont nous changeons est décidé sensiblement par ce que nous faisons et par la manière dont nous le faisons. En exécutant fréquemment et avec une attention accrue une certaine activité, en gardant une pensée à l’esprit pendant assez longtemps, en vivant intensément des émotions apparentées, nous arrivons à graver en nous-mêmes ces contenus.
Certes, les expériences culturelles, psycho-émotionnelles ou kinesthésiques que nous vivons induisent ces changements. Par conséquent, la plasticité neuronale assure la capitalisation des efforts et des expériences, qu’elles soient utiles ou nuisibles, avec la même efficacité. C’est ce qui explique pourquoi l’effort prolongé mène à la performance, et que le plaisir répété engendre l’addiction.
Mais récemment, les recherches sont allées encore plus loin. Il y a déjà beaucoup de résultats qui montrent qu’une variété impressionnante de facteurs de l’environnement peuvent exercer même des influences encore plus vastes sur notre être ! Il s’agit des résultats concernant le domaine appelé l’épigénétique. Dans diverses recherches on a mis en évidence la manière dont une multitude de facteurs appartenant à un spectre très large, – entre autres l’alimentation, le sommeil, jusqu’aux pratiques de la vie spirituelle –, modifient l’expression de certaines séquences de l’ADN humain. En particulier, une grande partie des actions et des expériences culturelles, des émotions que nous vivons, et à la limite la manière dont nous pensons, peuvent affecter l’expression de certains gènes (par un processus de méthylation), en modifiant les fonctions ou les commandes que ceux-ci codifient.
Par conséquent, les comportements et les expériences que nous choisissons de vivre ont même plus de poids qu’on ne le pense. Il ne s’agit pas d’un simple changement des dispositions. Ceux-ci ne produisent pas seulement des changements durables dans la configuration et l’activité des aires (sub)corticales qui correspondent à ces actions ou expériences. Ce que nous vivons ou faisons ne change pas seulement notre cerveau et la manière dont nous percevons le monde. Les expériences peuvent induire des changements dans les commandes des gènes.
Des questions de ce type ramènent au premier plan des thèmes anciens, présents dans la réflexion de philosophes grecs antiques, mais aussi dans de nombreux textes de la spiritualité chrétienne. La garde des sens, la surveillance des pensées, la cultivation des vertus pourraient être revues, à la lumière de ces constatations récentes des sciences médicales. Les préoccupations concernant les effets de la culture sur le cerveau offrent déjà certaines observations notamment d’ordre psycho-émotionnel, cognitif et comportemental : l’expérience répétée du divertissement perturbe l’attention, affaiblissant considérablement la capacité de méditer, le confort diminue la disposition à l’effort, en empêchant d’exercer l’auto-contrôle, le consumérisme décourage la conduite contemplative, la multiplication des désirs affaiblit la volonté, les expériences sensorielles répétées repoussent inévitablement la réflexion, le multitâche fragmente l’attention et la circulation des pensées, la surcharge cognitive met en difficulté la concentration sur l’essentiel qui compte.
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