Ajouté le: 5 Janvier 2018 L'heure: 15:14

Mémoire éternelle !

Notre vénéré et très aimé père, père Placide, le bien‑nommé, est né au ciel, appelé par le Seigneur un dimanche qui coïncidait cette année avec la synaxe de Saint Jean le Précurseur, à l’issue de 75 ans de vie monastique. Il fut en vérité un précurseur. La synaxe du Précurseur est pénétrée de la lumière de la Théophanie, cette fête qu’il aimait entre toutes, comme il le dit dans une des homélies splendides qui furent éditées par le monastère quelques semaines avant sa dormition : « La fête de la Théophanie, dit‑il, est une fête admirable. Certes, il serait téméraire de vouloir établir un ordre de grandeur entre les fêtes liturgiques, car toutes nous rendent présent, sous un aspect ou sous un autre, le mystère de notre salut. Mais, après la fête de Pâques, je crois que la fête de la Théophanie revêt une plénitude incomparable, elle est celle qui résume le mieux tout le mystère de notre salut, tout le mystère de notre déification dans le Christ. » (« 6e homélie pour la fête de la Théophanie », La Couronne bénie de l’année, T. I, p. 311). Tant qu’il le put, père Placide tint à dire lui‑même la splendide prière de Saint Sophrone de Jérusalem, caractéristique de l’office de la grande bénédiction des eaux. Particulièrement sensible à la beauté de la nature et à la sanctification du cosmos, il lui arriva de descendre jusqu’au Cholet, le torrent de montagne qui dévale les pentes du Vercors, pour en bénir solennellement les eaux, le 6 janvier.

 

Ce qui caractérise le mieux la figure rayonnante de notre père était son obéissance absolue, son extrême humilité dépouillée de toute volonté propre. Cette obéissance se manifesta notamment lorsque, peu après son entrée dans la Sainte Église Orthodoxe, il tint à en visiter les grands pères spirituels pour prendre leur bénédiction – ceux de la Sainte Montagne, Saint Païssios, le père Éphrem de Katounakia mais aussi Saint Justin Popovic qui lui mit alors son « skoufos » sur la tête en signe de filiation. Longtemps il confessa avec l’étole de ce saint, disant d’une joie sobre au moment de l’absolution : « c’est l’étole de Saint Justin Popovic ». Cette obéissance à la Tradition consistait pour lui à « veiller avec le plus grand soin à tenir pour vrai ce qui a été cru partout, toujours et par tous » – ce critère de la foi de Saint Vincent de Lérins « l’enchantait » selon ses propres termes ; il en avait fait le critère de sa vie et de son enseignement, de sorte que ce qui procédait de son activité semblait venir de l’époquemême des Pères. Il était vraiment, en ce début du XXIe siècle, la voix des Pères ! Ses traductions des Pères témoignent, particulièrement, de son incorporation à la sainte Tradition, notamment celles qu’il fit du latin, dans la collection « Sources Chrétiennes », des auteurs monastiques médiévaux, Guerric d’Igny ou Adam de Perseigne (à laquelle il dut travailler, par un concours providentiel, jusqu’en 2015 !), mais aussi celles des Pères les plus aimés de notre Église, traduits du grec, Saint Jean Climaque, Saint Macaire d’Égypte, Saint Isaac le Syrien. Toute traduction exige obéissance et fidélité – celles du père Placide rendent, dans le français le plus pur, toutes les inflexions et les nuances de la pensée des Pères, avec une grande simplicité. On trouve la même fidélité et obéissance à la Tradition dans la construction de l’église du saint monastère Saint Antoine‑le‑Grand qu’ il avait supervisée et qui semble se tenir là depuis des siècles tant sa conception architecturale, son programme iconographique, son équilibre plénier, sont conformes aux églises les plus traditionnelles.

Cet amour de la Tradition qui caractérise le père Placide se retrouve dans son amour pour l’office divin, lui qui, jusqu’à ses derniers jours, tint à suivre les offices qui lui étaient retransmis dans sa cellule puisqu’il ne pouvait plus se rendre à l’église. Il suivait tous les offices et notamment ceux qui se prolongeaient jusque fort tard dans la nuit, lors des « agrypnies » chantées aux grandes fêtes. Et le lendemain, les yeux pétillants de joie, il disait : « c’était beau cette nuit, on se serait cru à l’Athos ! » De cet amour témoignent, encore, ses traductions, en premier lieu celle du Psautier, constamment peaufinée tout au long de sa vie, traduction pleine de chaleur et faite à partir des Septantes, texte qui tient la première place dans nos offices, celle aussi des Divines Liturgies et de tout l’horologion, de nombreux acathistes (jusqu’à l’acathiste du « Buisson ardent », traduit du roumain – sommet de la tradition hésychaste) et de la paraclisis à notre Toute Sainte qu’il prisait par‑dessus tout. Ces traductions, là encore, acclimatent parfaitement à la langue française la théologie des Pères contenue dans ces textes. Les textes publiés aux éditons des Syrtes (2017) sous le titre « De l’Orient à l’Occident, Orthodoxie et Catholicisme » témoignent aussi de sa théologie pleinement patristique. Il y confronte de façon mesurée et aimante, avec une clarté extraordinaire – sa marque propre ! – tout ce qui est commun aux traditions de l’Église orthodoxe et du catholicisme sans jamais minorer les différences. Fidèle à l’esprit de la Sainte Montagne, il soulignait le lien essentiel entre charité et vérité. Il ne se départait jamais d’une bienveillance sans limite à l’égard de quiconque venait lui demander conseil, à quelque confession chrétienne qu’il appartînt. Pour lui, l’appartenance à la Sainte Église Orthodoxe était le retour à l’Église indivise, celle d’une Europe qui n’avait pas encore connu de tragiques déchirures, celle qui avait simplement gardé intact et intégralement ce qu’il appelait « la Grande Tradition ».

Comme put le dire son père spirituel, le père Aimilianos de Simonos Petras, le présentant lors d’une synaxe à Montgeron (dans les années quatre‑vingt), il avait « non seulement la connaissance d’un théologien mais aussi l’embrassement d’un père ». Il dispensait son enseignement à ses enfants spirituels dans ses écrits, ses homélies qui étaient littéralement de feu – qu’on relise celles que l’on vient de publier, où l’on peut entendre sa voix pleine de bonté et de douceur, de fermeté aussi, et qu’il introduit en disant qu’il ne les prononçait qu’après avoir prié Saint Nectaire d’Égine de l’inspirer (Saint Nectaire est en effet un des saints qui joua un très grand rôle dans l’établissement de son monastère). Et bien sûr, son enseignement se faisait aussi à travers les multiples conférences qu’il prononça, à travers les conseils donnés personnellement et plus que tout lors des confessions. La sûreté de sa direction spirituelle, son extrême gentillesse – au sens classique : sa noblesse – sa joie de vivre, son humour jamais pris en défaut, faisaient de lui le meilleur et le plus aimant des pères. Il insistait constamment sur ce qui constituait selon lui les deux pôles de la vie spirituelle : l’humble repentir et le fait de rendre grâce à Dieu, le « Kyrie eleison » et le « Gloire à Dieu ! ». Il priait jour et nuit pour ses enfants, les bras levés vers le Seigneur. La force de sa prière était tangible et innombrables sont les situations qu’il a dénouées – sereinement, lumineusement. Il se contentait de dire, simplement, après qu’on lui avait exposé un problème, d’une petite voix : « … oui, on va prier pour ça », et comme par miracle le problème se dénouait dans les semaines qui suivaient.

Lors de ses funérailles, extraordinairement paisibles, presque joyeuses, comme peuvent en témoigner tous les assistants, la tristesse humaine d’être séparé de lui était une radieuse tristesse. Elle se mêlait à la joie de savoir, avec une entière certitude, qu’au terme des Quarante Jours, les orthodoxes trouveraient en lui un intercesseur attentif, toujours aussi prévenant et rempli de son amour paternel d’une si grande douceur, devant le Trône du Seigneur.

Patrick Marçais

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