Ajouté le: 6 Janvier 2017 L'heure: 15:14

Du monachisme

Il n’y a rien de plus beau que le visage d’un vieux moine ayant « mené le bon combat et gardé la foi ». Bien que frais et plein de vigueur, celui d’un jeune moine n’a pas cette beauté. La beauté plastique est appelée à flétrir pour que le corps, détaché de tout – nourriture, femmes, propriété, pouvoir, gloire et même opinion personnelle – devienne un simple habi­tacle de l’âme, une icône dont la vue soit agréable à Dieu. Que Dieu donne à notre chair palpitante de mourir pour que chacune de ses fibres devienne un temple du Saint-Esprit !

Par les vieux moines, l’Église retrouve sa virginité originelle, nimbée de l’obéissance sans faille au Christ dont elle se vêtait du temps de leurs fiançailles.

Les faiblesses qui ont accompagné le cheminement historique du monachisme expliquent le malaise qui l’entoure dans le monde contemporain. Quoiqu’on en dise, le monachisme reste en principe sélectif, voire même élitiste, puisque Dieu n’y invite que ceux qui veulent totalement suivre Jésus. Mais le monachisme n’est grand que dans la perfection, et seuls ceux qui en vivent toutes les exigences en sont dignes. Bien qu’il demande beaucoup de volonté, le choix de la vie monastique n’est pas seulement le résultat d’une décision réfléchie. Dieu nous y prépare par l’abondance de sa grâce, sans laquelle l’effort volontaire ne peut aboutir. Pour cela, il ne faut pousser personne à embrasser la vie monastique. Il faut laisser Dieu agir. Forcer quelqu’un risque de le corrompre, de le remplir de rancœur, ou de le livrer à l’amertume, la haine ou l’esprit de domination. […]

Le monachisme est un modèle du Royaume à venir, où il n’y aura ni mariage, ni propriété, où tout mouvement sera de la bonté en acte, où l’amour sera la source de toute action. Je ne crois pas exagérer en affirmant que le monachisme ne doit concerner que ceux que Dieu a appelés à vivre de sa grâce seule, pour signifier qu’il est plus grand que tout, bien plus important que la vie même. S’imposant volontairement des sacrifices par amour de Dieu, les moines finissent par ressembler à des esprits désincarnés. En vivant de la sorte, ils interpellent toute vie terrestre, comme s’ils étaient modelés dans une autre glaise, ou plutôt comme s’ils avaient réussi à pétrir de lumière la commune glaise du genre humain.

Mgr Georges Khodr,
« Et si je disais les chemins de l’enfance » Ed. du Cerf

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