Ajouté le: 7 Mars 2013 L'heure: 15:14

La veritable liberte (II)

« Tous, nous nous tourmentons sur terre et cherchons la liberté ; mais il y en a peu qui savent en quoi consiste la liberté et où elle se trouve. Moi aussi, je désire la liberté et je la cherche jour et nuit. J’ai compris qu’elle est auprès de Dieu, et que Dieu la donne à ceux qui ont le cœur humble, qui se sont repentis et qui ont retranché leur volonté propre devant Lui. A celui qui se repent, le Seigneur donne sa paix et la liberté de L’aimer. (…) Le Seigneur ne veut pas la mort du pécheur, et à celui qui se repent Il fait don de la grâce du Saint‑Esprit. Elle donne la paix à l’âme et la liberté d’être en Dieu par l’esprit et le cœur. Quand le Saint Esprit nous pardonne nos péchés, l’âme reçoit la liberté de prier Dieu avec un esprit pur ; alors elle contemple librement Dieu et demeure paisible et joyeuse en Lui. C’est cela la vraie liberté. Mais sans Dieu, il ne peut y avoir de liberté parce que nos ennemis troublent l’âme par de mauvaises pensées. »

Saint Silouane – De la volonté de Dieu et de la liberté

La veritable liberte (II)

C’est par la volonté de Dieu que la liberté a été donnée à l’homme, si bien que, lorsqu’il transgresse la volonté de son Créateur, l’homme perd du même coup sa liberté et devient l’esclave de la terre, de sa chair corruptible et de la mort : « Le sol sera maudit à cause de toi. C’est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie (…) C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris ; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière » (Ge. 3, 17‑19).

Ce que l’homme sans Dieu appelle liberté c’est son asservissement au péché et à la tentation : « Laissez‑vous tenter », c’est le mot d’ordre de nos sociétés de consommation et de l’industrie publicitaire. Le péché sous toutes ses formes nous attache aux choses périssables, de sorte que notre âme devient l’esclave de ce monde et de notre chair mortelle: « L’esclavage est la conséquence inévitable, non de l’ordre naturel, mais de la séduction et du péché. (…) J’ai dit que tout péché était inséparable de l’esclavage, et ce qui est en cause à mes yeux, c’est la nature du péché et non sa diversité. Ainsi, de même que toutes les maladies incurables conduisent à la mort mais que toutes ne sont pas de la même nature, de même toutes les fautes engendrent l’esclavage, mais toutes ne sont pas de la même nature » (St. Jean Chrysostome – « Homélies sur la Genèse »).

La liberté de l’homme est impossible sans Dieu, pour la simple raison que sans Dieu, l’homme cesse d’exister. En effet, la véritable nature de l’être humain n’est pas l’homme de chair, semblable aux autres animaux, mais l’homme spirituel, fait à l’image et à la ressemblance de Dieu : « Il n’y a pas de nature humaine (…), à savoir un homme ayant une nature propre, propre aux hommes et leur appartenant. L’homme n’est autre que le fils de Dieu. Son origine se tient en Dieu, sa nature provient de celle de Dieu. Engendrant l’homme comme un vivant, lui donnant une vie qui n’existe qu’en lui, Dieu lui a donné de cette façon la même nature que la sienne » (Michel Henry – « Paroles du Christ »).

L’homme déchu – c’est‑à‑dire nous tous – n’est pas le véritable homme, « puisque le principe ontologique de l’homme ne se trouve pas en son être biologique mais en son être en Christ » : « C’est en vue du Christ que l’homme a été constitué dès l’origine » (Panayotis Nellas – « Le vivant divinisé »).

Tout ce qui en nous ne vient pas du Christ, est contraire à notre nature et nous éloigne à la fois de Dieu et de nous‑même, d’où l’insatisfaction permanente de l’homme qui cherche dans le monde ce que le monde ne peut et ne pourra jamais donner : « Notre chair est marquée par un manque, laminée par des besoins et des désirs qui recommencent sans cesse. Aucune eau n’apaise notre soif » (Michel Henry op. cit.)

Tout comme une maladie prend possession des organes et des fonctions du corps, qui devient ainsi l’instrument de sa propre destruction, de la même façon le péché asservit notre âme et ses fonctions, qui se mettent au service de « celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne » (Mt. 10, 29) : « Le péché aime le pouvoir total. (…) Une fois enraciné au tréfonds de l’âme, le péché s’empare en même temps de toutes nos facultés : l’intelligence, la volonté, les sens, et se divisant ainsi en une multitude de tendances, passions et pensées mauvaises, il passe de l’âme dans le corps, et du corps, dans nos actes et nos actions, de manière à imprégner toute la conduite et les relations de l’homme. (…) Le péché qui habite en nous, en même temps que le diable – son père, est le tyran qui nous tient en esclavage et ne nous laisse pas faire ce qui lui déplaît. (St. Théophane le Reclus – « Enseignements et lettres sur la vie chrétienne »).

La source de toute vie est Dieu, et tout ce qui s’oppose à Lui s’oppose à la Vie. L’homme réel n’est pas celui qui vieillit et qui meurt, mais l’homme fait à l’image et à la ressemblance de Dieu. Le fondement et le but de la vie humaine ne se trouve pas en l’homme mais en Dieu : Si Dieu est Vie, alors « l’homme vivant est un homme qui connaît Dieu » (Maître Eckhart).

En effet, notre vie sur terre, qui nous conduit inéluctablement à la mort, ressemble plutôt à une maladie qu’à la vie, et l’homme qui ne connaît que cette vie est semblable à un malade incurable qui approche tous les jours un peu plus de la mort : « L’homme commence à mourir lorsqu’il commence à vivre » (St. Nicodème l’Agiorite). Tout comme une maladie contagieuse ne peut transmettre la santé mais seulement une maladie de la même nature, une vie marquée par le sceau de la mort ne peut être elle‑même source de vie : « Une vie finie est une vie incapable de se donner à soi‑même la vie, de s’apporter soi‑même dans la condition merveilleuse d’un être vivant. Notre vie n’est pas son propre fondement » (Michel Henry op.cit.) La créature mortelle ne pouvant être elle‑même la source de sa vie, la vie de tout être vivant ne peut venir que de cette source infinie de vie qu’est Dieu : « Précisément parce qu’elle ne porte pas en elle le pouvoir de vivre, notre vie ne peut vivre que dans la vie infinie qui ne cesse de lui donner la vie. De cette vie toute‑puissante en laquelle elle vit, aucune vie finie ne saurait être séparée : elle s’effondrerait dans le néant » (Michel Henry op. cit.)

Privé de sa dimension divine et de la source de Vie éternelle qui vient de Dieu, l’homme devient l’esclave de ce monde et de sa chair mortelle, semblable à un condamné à mort qui attend le jour de son exécution – « Qu’on s’imagine un nombre d’hommes dans les chaînes, et tous condamnés à la mort (…). C’est l’image de la condition des hommes » (Pascal) :

« La mort vous apprend qu’elle n’épargne rien et n’accorde aucun délai. (…) Celui qui a entendu le bruit des grumeaux de terre qui tombent sur le cercueil au fond de la fosse, comment peut‑il encore rester insouciant ? Tu ne sais pas que tu seras mangé par la terre et par les vers ? La fin, la fin arrive ! Tôt ou tard ce sera ton tour, qui que tu sois, homme de la terre ! (…) Si nous ne sommes nés que pour mourir, alors à quoi bon naître ? » (Archimandrite Arsenie Papacioc – « L’éternité cachée dans un instant »).

L’humanisme athée est une absurdité, car sans Dieu l’homme cesse d’exister, sa vraie nature n’étant pas d’ordre biologique mais théologique : « Créé à l’image de Dieu, l’homme est théologiquement concret. Pour être vrai, il faut qu’à chaque instant il soit et vive centré sur Dieu. Qu’il renie Dieu, et c’est lui‑même qu’il renie, lui‑même qu’il détruit » (Panayotis Nellas op. cit.).

L’homme qui s’éloigne de Dieu perd son visage humain et va à sa perte, car il devient le jouet du temps qui passe et des forces naturelles, réduit à sa simple apparence matérielle, un assemblage fortuit et éphémère d’atomes et de cellules, sans contenu ni substance réelle, tel un nuage de poussière emporté par le vent, qui retournera dans la poussière : « Tout soubassement sacré étant retiré à la nature humaine, comme au monde qui repose sur elle, l’homme se retrouve livré à la facticité de la nature matérielle, à un réseau de processus aveugles dépourvus de toute justification intérieure » (Michel Henry op. cit.)

Lorsqu’il se détourne de Dieu, l’homme n’a plus aucun appui, aucun repère, aucune destination, telle une feuille détachée de l’arbre qui lui communiquait la vie, comme le suggère le poème « Chant d’automne » de Verlaine :

« Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà
Pareil à la
Feuille morte ».

Une feuille morte agitée par le vent, semble plus libre et plus vivante – elle peut se déplacer et même voler ! – qu’une feuille attachée à son arbre. De même, une âme morte qui s’est détachée Dieu – l’arbre de Vie qui donne vie à tout ce qui existe –, semble plus libre qu’une âme engagée sur le chemin de la rédemption. Tout comme un homme perdu au milieu du désert, l’homme sans Dieu dispose d’un choix illimité et peut prendre n’importe quelle direction, puisque tous les chemins le conduisent inéluctablement à la mort. Tandis que l’homme qui connaît la bonne direction pour sortir du désert de ce monde et sauver son âme, ne suivra qu’un seul chemin, sur les traces du Christ et de ses disciples : « Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi » (Jn. 14, 6). « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres » (Jn. 8, 31‑32).

Viorel Ştefăneanu, Paris

La veritable liberte (II)

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