Ajouté le: 1 Mars 2013 L'heure: 15:14

L’Annonciation. La conception immaculée du Christ en Marie

(25 mars – Lc 1/ 24‑38)

L’Annonciation. La conception immaculée du Christ en Marie

La fête de l’Annonciation, qui est celle de l’annonce faite à Marie par l’Archange Gabriel de la conception du Christ en elle, a toujours été considérée par l’Eglise universelle comme celle de la Conception du Christ, selon son humanité, en la Vierge Marie, par le Saint‑Esprit. D’où son extrême importance.

Elle n’a pas toujours été fixée partout au 25 mars : elle a aussi été fixée pendant l’Avent (probablement en raison de son occurrence avec le Carême) dans les rites mozarabe, ambrosien et d’Aquilée, ainsi que chez les Nestoriens (Haute Mésopotamie). La date du 25 mars a été choisie en fonction de celle de Noël, le 25 décembre (c’est 9 mois avant). La fête tombe toujours en Carême et souvent en Semaine Sainte. Certains Pères ont voulu voir un rapport symbolique entre l’Annonciation et le Vendredi Saint, c’est‑à‑dire entre la venue sur terre du Christ (Sa conception précède Sa naissance) et Sa mort (qui est une «naissance au Ciel»)1. Cette fête est si importante dans l’histoire du Salut qu’elle est toujours célébrée, quelle que soit son occurrence2 (Vendredi Saint compris), avec pour seule exception le jour de Pâque (elle est alors reportée au lundi de Pâque). Son nom grec est riche de signification : Evangélismos (annonce de la bonne nouvelle). L’iconographie de l’Annonciation est très ancienne (2e siècle). L’icône‑type est très utile pour la compréhension du mystère. Notre unique source canonique est l’Evangile selon St Luc, ce qui n’a rien de surprenant puisque c’est là qu’on trouve presque tous « les Evangiles de l’enfance » [du Christ], mais on la trouve aussi relatée dans deux Evangiles apocryphes, le Proto‑évangile de Jacques et l’Evangile de Barthélémy3.

L’évènement est daté par rapport à Jean‑Baptiste. L’ange Gabriel avait été d’abord envoyé par Dieu à Zacharie dans le Temple de Jérusalem, pour lui annoncer la conception de Jean‑Baptiste (conception miraculeuse, parce que Zacharie et Elizabeth étaient âgés et stériles, mais naturelle) : peu de temps après Elizabeth tombe enceinte, mais « elle se cache pendant cinq mois » (Lc 1/11‑25), parce qu’elle a honte de son âge. Et c’est précisément « au sixième mois » de la grossesse d’Elizabeth que Gabriel est à nouveau envoyé par Dieu, à Marie. C’est le témoignage précis du fait que Jean‑Baptiste soit le Précurseur du Christ : il naîtra 6 mois avant Lui. Le nombre 6 a une signification symbolique : il est celui de l’Homme et de la chute, l’Homme n’ayant pas voulu passer du 6e au 7e jour, c’est‑à‑dire s’unir à Dieu. Jean‑Baptiste annonce Celui qui va faire passer l’humanité du 6e au 7e jour, le Christ. Mais ce 7e jour sera celui de Sa mort, parce que l’Homme a péché, et l’union à Dieu se fera le 8e jour, qui est aussi « premier », jour unique et éternel, celui de la Résurrection.

La scène se passe à Nazareth en Galilée, ce qui est conforme à l’histoire, mais très étonnant au plan symbolique et théologique. C’est conforme à l’histoire de Marie, que nous connaissons exclusivement par le Proto‑évangile de Jacques. Marie était entrée dans le Temple, offerte à Dieu par ses parents Joachim et Anne, à l’âge de trois ans. Elle se préparera à sa mission « divine », dans la prière, la lecture de la Bible et l’ascèse, « nourrie par la main d’un ange »4. A partir de 12 ans, elle sera confiée à un homme âgé et veuf, Joseph le Juste, qui « la prit sous sa garde »5. Puis nous savons qu’elle recevra du grand‑prêtre la mission de filer la pourpre pour confectionner le « voile du Temple »6. Ce voile rouge symbolise la nature humaine du Christ (c’est celui qui se déchirera de lui‑même le Vendredi Saint lors de la mort du Seigneur à la 9e heure). Marie est effectivement celle qui « tissera » le corps du Christ en elle. Comment et quand Marie et Joseph sont‑ils venus de Jérusalem à Nazareth ? Nous ne le savons pas (les deux apocryphes n’en parlent pas).

Mais il est effectivement surprenant que cet évènement capital se soit passé en Galilée, à Nazareth, car tous les grands évènements de la vie du Christ se sont passés en Judée (qui, avec Jérusalem et son temple, symbolise le Royaume de Dieu), parce que le Christ est Roi et Prêtre. Peut‑être est‑ce pour signifier que l’incarnation du Verbe concerne toute l’humanité ou/et pour prophétiser ce que le Christ dira Lui‑même avec force : Ce ne sont pas les bien‑portants qui ont besoin de médecin, mais les malades et : le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu7 ?

« L’Ange Gabriel » est un séraphin, un ange du premier cercle angélique, de ceux que l’Apocalypse appelle « les sept anges qui se tiennent devant Dieu »8. Il est « envoyé par Dieu » : il est un messager de Dieu ; il parle au nom de Dieu. Il va s’adresser à « une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la Vierge était Marie ». D’emblée, les critères de la révélation nous sont donnés.

« Une vierge » : Marie va accomplir ce que Eve avait refusé de faire. Eve avait écouté le Serpent (et donc fermé son oreille à Dieu) et avait été ensemencée spirituellement par la parole de Satan. Marie est entièrement vierge : elle a conservé intacte son unité‑intégrité‑virginité, vierge dans son corps et dans son âme, vierge physiquement, psychiquement et spirituellement ; elle n’a jamais ouvert son oreille ni son cœur à Satan, ni à personne d’autre que Dieu. Elle est le plus grand combattant spirituel de l’humanité. Elle est entièrement centrée sur Dieu ; son nom même en est le signe : « Marie » est le décalque araméen d’une expression égyptienne qui signifie « l’amante de la lumière ». Pour répondre à l’amour‑fou de Dieu, il fallait que la femme (qui représente l’humanité) fût vierge de cœur, de pensée et de corps. Elle est vraiment la nouvelle Eve. Le proto‑évangile nous précise que Marie avait 16 ans9.

« Fiancée » : le proto‑évangile de Jacques, confirmant l’Evangile, dit que Joseph n’était pas là, précisément parce qu’ils n’étaient que « fiancés » et qu’ils ne menaient donc pas vie commune. Cela est confirmé par l’Evangile de St Matthieu : « Marie, Sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte par la vertu du Saint‑Esprit avant qu’ils eussent habités ensemble » (Mt 1/18). C’est l’attestation de sa virginité.

Joseph est « de la maison de David », pour bien attester que Jésus sera fils de David (Joseph en sera le père légal).

L’ange, sous forme humaine, entre dans la maison et salue Marie d’une façon inhabituelle (et unique). La salutation habituelle était, en grec, « Chairé » (réjouis‑toi) [en latin « Ave » (salut)]. Gabriel ajoute : « pleine de grâce10 » (qui a reçu la plénitude de la grâce, remplie des énergies divines incréées), « le Seigneur est avec toi » (tu es proche de Dieu, choisie par Lui, aimée de Lui), « tu es bénie entre les femmes » (Eve fut condamnée et « maudite » ; toutes les femmes à sa suite le sont, mais toi, et toi seule, tu es bénie). Marie est troublée. Elle ne l’est pas parce qu’elle voit un ange : elle en a vu un chaque jour dans le Temple, entre 3 et 12 ans (et probablement le même Gabriel). Non, elle est troublée par le contenu de la salutation, qui n’est pas ordinaire et se demande ce que cela veut dire, parce qu’elle est humble (elle n’a pas sauté de joie, comme si c’était normal). Mais elle garde le silence.

L’ange la rassure tout de suite11 : « Ne crains point, Marie, car tu as trouvé grâce devant Dieu » (Dieu a agréé l’offrande de ton cœur). Puis il fait l’Annonce extraordinaire, unique, sublime : tu deviendras enceinte, tu enfanteras un fils, tu Lui donneras le nom de Jésus (le nom choisi par Dieu le Père), et il lui donne les critères permettant de reconnaître dans ce fils, le Fils de Dieu : « Fils du Très‑Haut », fils de David (« le trône de David Son père »), roi de la maison de Jacob (« roi d’Israël »), Il règnera éternellement. Marie, qui connaît parfaitement l’Ecriture qu’elle lit quotidiennement depuis son enfance, reconnaît immédiatement la prophétie d’Isaïe (Is 7/14) et comprend qu’il s’agit du Messie. Face à cette incroyable parole et à cette responsabilité écrasante, elle ne doute pas et ne s’enfuit pas au nom d’une pseudo‑humilité.

Elle dit seulement : « Comment cela se fera‑t‑il, puisque je ne connais point d’homme » ? Admirable sagesse de la Vierge Marie ! Je suis vierge par amour pour Dieu et je ne veux pas trahir cet amour, être adultère spirituellement. Ayant renoncé à toute relation charnelle et amoureuse avec un homme, comment cela sera‑t‑il possible12 ? C’était la seule question légitime qu’elle pouvait poser, en se gardant du doute, car le prophète Isaïe n’avait pas dit comment cela se ferait. Lorsqu’on pose à Dieu une question légitime avec un cœur pur, Il répond toujours. Dieu répond par la bouche du séraphin : « L’Esprit‑Saint descendra sur toi et la puissance du Très‑Haut te couvrira de son ombre ». Ce n’est pas seulement la grâce du Saint‑Esprit qui te sera donnée, mais c’est l’Esprit‑Saint Lui‑même, le Donateur de la grâce, qui viendra en toi. Il n’y aura pas de semence d’homme en toi : ce sera une semence divine, qui conservera intact le sceau de ta virginité. En toi s’accomplira une union mystérieuse entre Dieu et l’Homme. Et il précise alors le cœur et la finalité du mystère : « C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu ». Ce sera l’accomplissement de la Loi et des Prophètes, l’accomplissement du dessein de Dieu dès avant la création, l’accomplissement de ce qu’Il avait proposé à Eve et qu’elle a refusé.

Et l’ange ajoute ensuite, mais ensuite seulement parce que Marie n’avait pas douté, que sa cousine Elizabeth avait « conçu elle aussi, un fils dans sa vieillesse » alors qu’elle était stérile. Marie n’avait pas demandé de preuve, elle avait cru Dieu sur parole. Ce que l’ange lui dit n’est pas une preuve (d’autant plus qu’il n’y a aucune mesure entre les deux miracles), mais il veut lui signifier : « Car rien n’est impossible à Dieu ». Dieu est tout puissant, et Il agit selon Sa volonté, Sa volonté bonne, son « bon vouloir » pour reprendre l’expression de la 4e demande du Notre Père : « Que Ton bon vouloir soit fait sur la terre ». C’est Marie.

La réponse finale de Marie est un sommet spirituel : « Je suis la servante du Seigneur ». Marie ne se situe que par rapport à Dieu. St Ambroise fait remarquer qu’en se disant « servante » elle ne revendique aucun privilège13. Cela signifie aussi : je coopère avec Dieu. Le serviteur coopère avec son maître et, ensemble, ils œuvrent. Dieu aime que l’Homme coopère avec Lui. Et enfin, le diamant spirituel : « Qu’il me soit fait selon ta parole » : que soit accomplie en moi la volonté de Dieu. Ma volonté est Sa volonté : c’est une volonté une. Admirable synergie entre Dieu et l’Homme14 ! Et elle dit à l’ange : « ta » parole. Pourtant, il s’agit de la parole de Dieu. Mais l’ange, en tant que personne, n’est pas nié. Qu’il me soit fait selon la parole de Dieu, que toi, Son messager, tu me transmets fidèlement. A cet instant, toute l’histoire de l’humanité est changée. En Marie, toute l’humanité a dit « Oui » à Dieu. Oui, je t’aime et je veux m’unir à Toi. Eve est rachetée.

L’Evêque Jean de Saint‑Denis aimait à rappeler en quoi réside la grandeur de Marie et pourquoi elle est un modèle spirituel. Elle a évité deux écueils : elle n’a pas bondi de joie en écoutant la merveilleuse salutation de l’ange, évitant l’orgueil, et elle ne s’est pas enfuie devant l’écrasante responsabilité de sa mission, évitant le désespoir. Elle a surmonté les deux grandes tentations de l’Homme : la montagne de l’orgueil et l’abîme du désespoir15.

Que Marie, Vierge et Mère, la sainte Théotokos, soit bénie à jamais !

Père Noël TANAZACQ (Paris)

Notes :

1. Le Martyrologe hiéronymien en est un témoin (Gaule, fin 6e siècle).
2. Attesté par le canon 52 du Concile in Trullo (quinisexte) de 692.
3. Apocryphes : étymologiquement « écrit dessous ». Il s’agit de textes écrits sous le nom d’un personnage célèbre (souvent un Apôtre). C’était un procédé classique dans l’Antiquité. Il y en a eu de très nombreux, qui ne furent pas retenus dans le canon de l’Ecriture. Certains sont de grande valeur (comme le Proto‑évangile de Jacques, grâce auquel nous connaissons la vie de Marie, de ses parents Joachim et Anne, de Joseph,…) et d’autres exécrables (hérétiques ou même sacrilèges). Le proto‑évangile de Jacques a eu un remaniement latin : le pseudo‑évangile de Matthieu, qui, pour l’Annonciation, n’apporte pas grand‑chose.
4. Proto‑évangile de Jacques, VIII, 1.
5. Ibid. IX, 3. Marie ne pouvait pas rester dans le Temple parce qu’elle allait être « réglée », un écoulement de sang étant une impureté rituelle [la perte de sang symbolise la perte de l’Esprit, la chute de l’Homme]. Elle est confiée alors à un homme âgé et veuf, probablement parce que ses parents sont morts, et pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté. Les enfants de Joseph sont appelés « frères du Seigneur » dans l’Evangile : ils sont en fait Ses demi‑frères.
6. Ibid. X. Le voile devait être tissé par 7 vierges avec des matières précieuses. Le sort choisit Marie pour « la pourpre véritable », qui est le symbole royal par excellence. Ce voile est le « second voile » du Temple, celui qui cache le saint des saints. Seul le grand prêtre le franchit, une fois par an.
7. Lc 5/31 et Lc 19/10. La « Galilée des nations » représente le monde sans Dieu, le monde déchu. C’est là que le Christ fera l’essentiel de Sa prédication.
8. Apo 8/2. Gabriel avait dit à Zacharie : « Je suis Gabriel qui me tiens devant Dieu (Lc 1/19). L’ange Raphaël avait dit à Tobie : « Je suis Raphaël, l’un des sept anges qui se tiennent toujours prêts à pénétrer auprès de la Gloire du Seigneur » (Tb 12/16, qui cite Apo 8/2). La Bible nous indique le nom de trois séraphins : Gabriel, Raphaël et Michaël (Michel), que la tradition considère comme le chef des armées céleste (il est le seul à être nommé « Archange » dans la Bible, c’est‑à‑dire chef). C’est aux séraphins que sont confiées les missions concernant toute l’humanité. On les représente avec 6 ailes, dont 2 voilent leur face, parce qu’ils sont tellement proches du feu incréé de la Divinité, qu’ils seraient brûlés s’ils ne se voilaient pas la face. Gabriel veut dire « homme de Dieu » ou « Dieu s’est montré fort ». Il est mentionné aussi en Dn 8/16.
9. Proto‑évangile de Jacques XII, 3. Marie était nubile, c’est‑à‑dire apte au mariage.
10. Cette expression n’est utilisée, en dehors de Marie, que pour le Christ, dans le Prologue de St Jean : « Et le Verbe s’est fait chair, et Il a habité parmi nous, plein de grâce et de vérité…» (Jn 1/14). Cela signifie : rempli entièrement du Saint‑Esprit [la nature humaine du Christ]. Seuls le Nouvel Adam et la Nouvelle Eve sont qualifiés ainsi, parce qu’ils sont conformes à Dieu‑Père.
11. Ce qui vient de Dieu ne fait jamais peur : on peut être surpris, saisi, troublé, mais Dieu nous rassure tout de suite (cf. le Christ avec Ses apôtres, notamment lors de la tempête apaisée).
12. Elle n’est pas vierge pour elle‑même, mais pour l’Être aimé, Dieu ; elle n’est pas centrée sur sa virginité, mais sur Dieu. La virginité, comme toutes les démarches spirituelles et ascétiques n’est pas une fin en soi. La fin en soi est l’union à Dieu, la théosis. La valeur de toutes les ascèses est fonction de l’esprit dans lequel on les fait et il faut toujours les vérifier spirituellement. C’est au nom des principes spirituels et ascétiques du judaïsme que les prêtres, les scribes et les pharisiens ont condamné le Christ et l’ont fait tuer par les païens.
13. St Ambroise de Milan : Traité sur l’Evangile de St Luc II, 16 (SC n° 45 bis, p. 79).
14. Evêque Jean de Saint‑Denis : Technique de la Prière, commentaire du Notre Père, p. 121‑122 et 144‑145.
15. Je l’ai entendu de nombreuses fois parler ainsi de la Théotokos, dans ses homélies, à la Cathédrale Saint‑Irénée de Paris. 

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