Ajouté le: 16 Mars 2013 L'heure: 15:14

Quelques pensées au commencement du Grand Carême

Quelques pensées au commencement du Grand Carême

L’ascèse chrétienne n’est pas seulement liée à la non‑consommation. En effet, une des ascèses les plus difficiles pour nous est le pardon, et plus particulièrement pour le chrétien qui est appelé à pardonner sans cesse, cela étant la condition pour que lui‑même soit pardonné (cf Mt. 6,12). Le besoin de pardonner est propre à la nature humaine, mais pour en arriver là l’homme a besoin de la grâce de Dieu et de soumettre sa volonté propre à la volonté de Dieu, Celui qui nous a tout pardonné à travers Son Fils Bien‑Aimé Crucifié pour nous.

Une autre ascèse c’est celle de la foi, on peut dire aussi de la confiance, croire et avoir confiance en Dieu.

Une troisième, bien‑sûr, que je veux rappeler, c’est l’ascèse de l’amour, « aimer son prochain comme soi même » et aimer son ennemi. Pourquoi est‑ce une ascèse ? Parce que de la même manière que nous nous abstenons de nourriture, dans le contexte d’une crise économique qui est visible, avec toutes les problématiques qui l’environnent, il y a cette ascèse, on peut dire invisible à l’œil libre, jamais comptée, jamais mise en avant, qui conditionne notre courte vie dans le monde.

A l’époque de la soi‑disant crise économique, on se rend compte que deux mondes  radicalement opposés sont confrontés : d’une part le monde de l’avoir, du paraître, de l’abondance, et de l’autre le monde du manque, du besoin matériel permanent. Ce dernier est un monde intérieurement très riche, un monde qui ne dit jamais : je n’ai pas, mais qui donne toujours de ce qu’il n’a pas, tandis que l’autre est un monde qui a de tout et qui crie toujours : on n’a plus, on n’a rien, c’est la crise.

Dans ce monde en crise, comment nous positionnons‑nous? On se demande : qu’est‑ce que la crise économique, la crise financière ? Est‑ce qu’elle existe vraiment ? Cette crise est‑elle réelle? On s’aperçoit que peut‑être non. On se rend compte qu’il n’y a jamais eu autant de nourriture, jamais autant de biens, autant de produits qu’aujourd’hui. En voyant tout ce que nous possédons, on réalise que vraiment la crise économique n’existe pas, qu’elle est artificielle. Il n’y a jamais eu autant de gaspillage qu’à notre époque, les quantités de nourriture jetée sont bien supérieures à ce que nous en consommons.

Que faisons‑nous pour aider les gens en difficulté ? Quand on ne s’implique pas personnellement, que l’on ne veut pas savoir de quoi l’autre souffre, à quoi est due la crise de telle ou telle personne, on envoie un chèque à une association, et on a la conscience tranquille d’avoir « aidé ». Si l’on juge la crise comme une chose extérieure à l’homme, c’est ainsi que l’on doit agir et il faut continuer à le faire (cf Mt. 25). Mais la crise n’est pas seulement cela. La crise économique, la crise financière n’est pas seulement de l’ordre de l’extériorité, on se rend compte de plus en plus que c’est de l’ordre de l’intériorité de l’homme. La crise du monde est la crise de l’homme en entier, de la personne, et c’est cette crise qui se répercute sur le monde extérieur, c’est la crise due à l’égoïsme et l’égocentrisme.

On ne peut imaginer, sans l’avoir vécu, quelle sensation procure le fait d’aller au magasin et de ne rien y trouver à acheter, ou quand il y a du pain, du sucre ou un peu de viande, de devoir faire une queue de quelques heures, sans être sûr qu’il en restera aussi pour nous. Quel serait notre état intérieur dans un tel contexte ? Serait‑on alors prêt à donner jusqu’à notre dernier pain que l’autre nous a apporté ou notre dernier vêtement ? C’est comme ça que l’on a vécu, cela s’est passé en Roumanie il y a quelques dizaines d’années, ou en France après la grande Guerre. Quelle solidarité il y avait entre les gens ! L’accueil qu’on réservait alors aux étrangers était extraordinaire, quelle attention n’y avait‑il pas alors ! On mettait sur la table pour les hôtes la dernière goutte ou le dernier morceau de la meilleure nourriture qui restait. Aujourd’hui ce n’est pas la même chose, on ne regarde pas l’autre, c’est le bien‑être, l’aisance, on a tout, les congélateurs sont remplis de nourriture, et on a beaucoup d’argent même si l’on crie de tous les côtés que l’on n’a pas d’argent.

Que cela signifie‑t‑il ? Cela veut dire que tout est lié dans notre vie. Nos réserves remplies ou vides ne nous mettent pas dans le même état d’esprit, nous sommes conditionnés par ce fait, nous sommes conditionnés par notre avoir.

L’ascèse implique que nous nous mettions dans la situation où nous n’avons plus rien. C’est ça l’ascèse, c’est ça le jeûne, on n’a plus rien. Et que fait‑on avec notre avoir ? Arrive‑t‑on à le donner, à le mettre à la disposition des autres ? C’est pour ça que l’ascèse est indispensable au salut de l’homme, au salut du chrétien, au salut de celui qui croit. Penser à l’autre, se mettre à la place de l’autre, vivre la vie de l’autre. Le monde a besoin de la prière de ceux qui ont encore aujourd’hui la foi.

† Le Métropolite Joseph.

Quelques pensées au commencement du Grand Carême

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