Ajouté le: 10 Décembre 2012 L'heure: 15:14

L’Enfant Dieu

« Ces deux termes, enfant et Dieu, contiennent la révélation la plus étonnante du mystère de la Nativité. A un certain niveau de profondeur, le mystère est adressé, tout d’abord, à l’enfant qui continue à vivre secrètement en chaque adulte ; à l’enfant qui continue à entendre ce que l’adulte n’entend déjà plus, et à répondre avec une joie que n’est désormais plus capable de ressentir notre monde adulte, fastidieux, exténué et cynique. (…) C’est donc seulement après avoir effectué cette percée vers l’enfant qui est caché en nous, que la mystérieuse joie de la venue de Dieu vers nous, sous l’aspect d’un enfant, pourra nous être donnée, à nous aussi, en partage. L’enfant n’a ni pouvoir, ni force, mais, justement, dans son impuissance, il est roi ; dans sa vulnérabilité réside sa force étonnante. L’enfant de cette lointaine grotte de Bethléem ne veut pas que nous ayons peur de lui. Il pénètre dans nos cœurs sans nous effrayer, sans vouloir nous donner des preuves de Sa force, de Sa puissance, mais seulement avec amour. (…) Dans le monde règnent la force et la puissance, la peur et l’esclavage. Le Christ, l’Enfant‑Dieu nous en libère »

Père Alexandre Schmemann, « La Nativité »

L’Enfant Dieu

L’association de ces deux mots, enfant et Dieu, apparaît absurde aux yeux de la raison. Peut‑on, en effet, être à la fois petit et infini, faible et tout‑puissant, ignorant et omniscient, mortel et éternel ? Non, répond notre esprit humain, et avec lui les agnostiques et les athées, qui ne reconnaissent, comme Freud, « aucune instance au‑dessus de la raison » (« L’avenir d’une illusion »). Oui, répond le Christ dont la parole s’adresse avant tout à notre cœur, quel que soit notre degré d’instruction et d’intelligence : « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! » (Mt. 5, 3) ; « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ! » (Mt. 5, 9).

Car « la sagesse de ce monde est folie devant Dieu » (1 Cor. 3, 19), et par conséquent, seul un être pauvre en esprit humain pourra recevoir l’Esprit de Dieu, et seul un cœur pur de toute passion humaine sera en mesure de recevoir l’amour de Dieu. Or l’être qui réunit le mieux ces deux conditions indispensables pour connaître Dieu et entrer dans Son royaume, c’est l’enfant. En effet, comme ses disciples voulaient savoir qui serait le plus grand dans le royaume des cieux, « Jésus appela un petit enfant, le plaça au milieu d’eux et dit : En vérité, en vérité je vous le dis, si vous ne changez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux C’est pourquoi quiconque se rendra humble comme ce petit enfant, sera le plus grand dans le royaume des cieux. Et quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui‑ci, me reçoit moi‑même » (Mt. 18, 2‑5).  

Si Dieu est descendu parmi nous sous l’apparence d’un enfant, c’est parce que nous‑ mêmes sommes des enfants, les enfants de Dieu, qui nous a faits à son image et à sa ressemblance. C’est cet enfant Dieu qui est notre être réel et éternel. En effet, devant Dieu nous sommes et nous serons toujours des enfants, parce que « Dieu est grand au‑delà de toute compréhension, et qu’il possède une plénitude qui dépasse tout ce que nous pouvons concevoir » (Métropolite Antoine Bloom – « Sur Dieu »). C’est précisément le fait d’avoir voulu égaler la sagesse infinie et la toute‑puissance du Père éternel qui a causé la chute d’Adam.  

La naissance en nous de l’enfant Dieu est donc notre véritable naissance, sans laquelle l’enfant de chair ne serait qu’un petit animal humain, destiné à grandir, vivre, vieillir et mourir comme tous les autres animaux. Car « là où il n’y a pas Dieu, il n’y a pas d’homme non plus » (Paul Evdokimov – « Les âges de la vie spirituelle »). Mais à la différence de notre naissance biologique, la naissance de l’enfant Dieu dans notre esprit et dans notre cœur ne peut se faire qu’avec notre consentement et notre coopération personnelle. C’est ainsi que l’être humain affirme et traduit en acte sa ressemblance avec Dieu, en devenant lui‑même son propre créateur: « L’homme devient image de Dieu en ceci que l’homme collabore à la naissance de l’homme » (Clément d’Alexandrie).

Ainsi, « en chaque chrétien il y a deux naissances, l’ancienne et la nouvelle, en chaque chrétien il y a deux hommes, l’ancien et le nouveau (…). L’homme ancien, on l’appelle aussi extérieur, et le nouveau, intérieur, selon la parole de l’Apôtre : « Et même lorsque notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour » (2 Cor. 4, 16) » (St. Tikhon de Zadonsk – « Sur les devoirs du chrétiens envers lui‑même »). 

De même que la naissance du Christ n’est pas seulement un événement historique, extérieur à notre existence, mais doit se renouveler en chaque chrétien, par la naissance de l’enfant Dieu à l’intérieur de l’homme de chair, de la même façon, la venue au monde de l’enfant Jésus sanctifie l’histoire humaine et lui donne désormais une dimension divine et éternelle : « Avant qu’Abraham fût, je suis » (Jn. 8, 58) est une parole capitale de Jésus qui va déclencher une convulsion tout à fait révélatrice et casser l’histoire en deux morceaux. Jésus opère là une scission, un brusque changement de temps à l’intérieur de la temporalité extraordinairement précise, généalogique, du judaïsme. (…) Cette rupture temporelle est un acte métaphysique et politique incroyable : il y a la mort, il y a le temps humain, qui constitue la reproduction même de l’espèce humaine, et par‑dessus, Jésus annonce une autre conception du temps : il se déclare issu d’un père vivant qui est Dieu et dont il accomplit, incarne la parole. (…) Celui qui gardera la parole de Jésus ne verra jamais la mort. Jésus passe au temps de la parole, qui se conjugue au présent. Au commencement « EST » le verbe. C’est le présent même de la puissance de la parole que nous sommes censés entendre » (Philippe Sollers – « Le message de Jésus »).

Si la Parole de Dieu, qui a créé tout ce qui existe – « Tout a été fait par elle, et rien de ce qui a été fait, n’a été fait sans elle » (Jn. 1, 3) – s’est incarnée dans un petit enfant et s’est faite homme, c’est pour nous dire dans le langage des hommes – le seul que nous puissions comprendre – ce qui ne peut être dit ni pensé par l’esprit humain. Car la Parole de Dieu n’est pas une doctrine, ni une science, ni une philosophie, ni même une religion, ni rien d’autre que la vie elle‑même : « En elle était la vie et la vie était la lumière des hommes » (Jn. 1, 4).

L’enfant Jésus est cette lumière qui brille dans les ténèbres de l’histoire humaine, qui sans la naissance de l’enfant Dieu, ne serait qu’une succession chaotique et absurde d’événements tragiques, de conflits sanglants et de malheurs de toutes sortes, car sans Dieu, l’homme ne peut faire que le malheur de l’homme et se condamne lui‑même à la mort : « Dieu n’est pas pour l’homme un « principe » extérieur dont il dépendrait, mais son principe ontologique et sa fin. (…) Qu’il renie Dieu, et c’est lui‑même qu’il renie, lui‑même qu’il détruit » (Panayotis Nellas – « Le vivant divinisé »). Ainsi, nos facultés humaines ne nous ont pas été données pour bien vivre en ce monde et amasser des trésors sur terre, ni pour étudier la reproduction des tortues, les microparticules ou les galaxies, ni pour rien d’autre que pour connaître Dieu et l’enfant Dieu, qui est venu parmi nous et « est devenu le guide de notre race vers l’immortalité » : « Dès l’origine, c’est pour le nouvel homme que la nature humaine fut constituée, c’est en vue de lui qu’intellect et désir ont été structurés. Et si nous avons reçu la pensée, c’est pour connaître le Christ ; le désir, c’est pour courir vers lui ; nous avons la mémoire pour le porter en nous » (Nicolas Cabasilas – « Sur la vie en Christ »).

Ainsi, la naissance du Christ n’est pas seulement un événement historique, limité dans l’espace et le temps et extérieur à notre existence, mais une réalité vivante en chacun de nous, « la naissance éternelle » (Maître Eckhart) de l’enfant Dieu, qui est le seul but réel de l’existence humaine.

Les scientifiques cherchent toujours à percer le mystère de l’apparition de la vie, qu’ils ne pourront jamais élucider, car leur science ne peut connaître que les choses extérieures. Peut‑on comprendre ce qu’est la vie en disséquant un cadavre ? Les chrétiens, quant à eux, n’ont pas besoin d’observer au microscope des bactéries et des amibes pour connaître l’origine de la vie. Le commencement de la vie est, a été et sera toujours la naissance éternelle de l’enfant Jésus, dans le monde et en chacun de nous : « Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie ». « Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi. C’est ici le pain descendu du ciel. (…) Celui qui mange ce pain, vivra éternellement » ( Jn. 14, 6 ; 6, 57‑58).

Viorel Ștefăneanu, Paris

L’Enfant Dieu

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