Ajouté le: 10 Novembre 2012 L'heure: 15:14

Commentaire sur le mariage

Commentaire sur le mariage

Cette 2ème homélie sur le mariage est une clé pour pénétrer le sens de ce que Saint‑Nikolaï appelle « un grand mystère ». Que les couples s’en inspirent pour le vivre et s’en souviennent tout au long de leur vie conjugale : « c’est selon leur amour envers le Christ » que ce sacrement leur sera révélé.

Voilà de quoi surprendre à une époque où le mariage disparaît de la société occidentale. Ainsi, contrairement à ce que d’aucuns pensent – et prônent – le mariage n’est pas lié à une mode : son sens s’est peu à peu perdu sous l’influence de la déchristianisation. La foi orthodoxe présente la plénitude de ce sens dans sa vérité dogmatique. C’est l’union du Christ avec Son Eglise qui en est la source inspiratrice. Le modèle.

« Ceux qui se marient doivent contracter leur union avec l’avis de l’évêque, afin que leur mariage se fasse selon le Seigneur et non selon les passions ». Une recommandation claire et nette de Saint Ignace d’Antioche (1er siècle)1 qui pourra paraître autoritaire voir provocatrice à plus d’un couple du 21ème siècle…

Au 2ème siècle, Tertullien écrit que le mariage est célébré par l’Eglise, confirmé par l’offrande du sacrifice (Eucharistie), scellé par la bénédiction et inscrit dans les cieux par les Anges.2

Il est révélateur que Saint Nikolaï emploie le terme de « mystère » pour ce qui est un sacrement. L’Eglise indivise garde et protège ce caractère du sacrement, et ainsi laisse à Dieu seul, cette part inconnue pour l’appréhension limitée de l’homme – la révélation s’en fera selon Sa grâce dans la pratique („praxis” en Grec, ou la garde des commandements) qui suivra le sacrement reçu, ici en l’occurrence, par les conjoints, les „couronnés” : chacun des deux devenant le témoin ( sens premier de „martyre” en Grec) de l’autre. On le sait, pour le meilleur et pour le pire, ce dernier point n’étant plus à souligner.

Il y a une influence « originelle » qui a évincé peu à peu de notre société moderne le mariage comme sacrement de l’Eglise primitive. C’est tout un inconscient collectif nourrit de romantisme, mais qui remonte beaucoup plus loin : le schisme entre Orient et Occident. Il n’est que de se plonger dans le remarquable ouvrage « L’Amour et l’Occident » de Denis de Rougemont. Ce philosophe a eu l’intuition dans sa recherche et son analyse que tout avait basculé au Moyen‑âge, avec l’Amour dit courtois. Et la suite, entre autres, le mythe du prince charmant. Les contes peuvent amorcer cette quête puis la nourrir déjà chez l’enfant, à son insu, et bien sûr s’il y est prédisposé. A l’adolescence ce seront les romans « fleur bleue ». Ainsi cherche‑t‑on un idéal en l’autre, ce qui n’est qu’une manière de se chercher soi‑même. Une forme d’idolâtrie narcissique. Il n’est que de voir Don Juan, toujours insatisfait par l’objet de sa quête et qui, à son insu, en vient à préférer cette dernière à son but. Comme certains chasseurs qui disent eux‑mêmes préférer la chasse en elle‑même à la proie.

Déviance répandue.

Il est évident qu’il y a eu inversion des modèles. Le mariage devient une entité humaine fermée sur elle‑même où chacun des époux cherche chez l’autre une personne qui puisse répondre à son idéal ; d’une manière tout à fait sincère, mais sans se rendre compte qu’il nourrit son propre égoïsme, et risque voire court à l’échec de cette union.

Ainsi la source initiale de l’Eglise unie au Christ n’est plus la référence : le mariage a perdu ce qui le dépasse, l’inspire et le nourrit puisqu’il en a été réduit à une relation exclusive entre un homme et une femme même engagés par une promesse – défi qui s’avère de plus en plus difficile de nos jours vu l’accroissement de la longévité.

Dés lors, il est compréhensible que bien des couples aujourd’hui ne voient pas « la nécessité » de se marier même civilement sauf pour raisons matérielles. Même l’institution juridique du contrat matrimonial est remis en cause actuellement.

Certes, il existe des mariages où le couple prie et garde les commandements du Christ envers et contre tout ce qui peut le défaire. Il y a des exemples aussi où cette union devient « sacrée », avec ou sans bénédiction initiale ou même sans aucun contrat civil, par la fidélité dans un amour inconditionnel partagé ou non. Mystère de la grâce : l’Esprit souffle où Il veut.

L’exemple de couples demandant le sacrement du mariage après des années de vie commune, ayant plusieurs enfants, témoigne de la force de ce mystère: ils disent eux‑mêmes avoir reçu sa grâce de manière palpable et avoir connu un nouveau départ dans leur foyer.

L’un des constants leitmotivs de Saint Paul l’affirme : Dieu ne vit pas dans « des temples faits par l’homme » mais «  nos corps sont le temple de l’Esprit Saint ». « Quand, dans le mariage un homme et une femme deviennent „une seule chair”3 et s’ils sont membres du Corps du Christ, leur union est scellée par l’Esprit Saint vivant en chacun d’eux. Et c’est l’Eucharistie qui les fait membres du corps du Christ.4 » Il y a relation entre mariage et Eucharistie – ce qui est vu dans les noces de Cana – texte de l’Evangile de Jean lu lors du rite du „couronnement”. L’Eucharistie est festin nuptial : « Ce sont les noces les plus précieuses, auxquelles le Fiancé conduit l’Eglise, telle une fiancée vierge…lorsque nous devenons la chair de Sa chair et les os de Ses os » selon Nicolas Cabasilas5, théologien et mystique orthodoxe du 14ème siècle. Cette relation première – « primitive » – entre le sacrement du mariage et l’Eucharistie est sauvegardée par le fait que c’est le prêtre qui est « ministre » du mariage comme celui de l’Eucharistie : ainsi cette union est‑elle agrégée par l’Eglise orthodoxe « au mystère de l’Eternité là où les frontières entre le ciel et la terre sont brisées et où les décisions et les actions humaines acquièrent une dimension éternelle. »6 Dès le Moyen‑âge, le droit romain, en Occident, a changé cette optique en introduisant la notion de « contrat » conclu entre les époux.

En Grèce, la famille‑église est encore une réalité là où la prière et la direction d’un Ancien, unies à la force de la communauté vécue en église, perdurent. Le couple y témoigne de cette grâce du mystère du mariage qui se dépasse lui‑même par celui du lien du Christ avec l’Eglise.

La Parole de l’Ancien Païssios, du Mont Athos, à propos de la grâce donnée par le sacrement du mariage, en est une confirmation édifiante : « Si vous enlevez des grappes vertes du cep, elles ne mûriront pas , se gâteront et pourriront. De même avec l’amour : si vous le coupez du mystère du mariage où il serait nourri de la grâce de Dieu, tôt ou tard, il tournera au vinaigre et se terminera mal, perverti d’une manière ou d’une autre »

Anne Monney

Notes :

1. Lettres à Polycarpe V, 2.
2. « A sa femme » II, 8‑6 / 9.
3. Ge. 2, 24 & Ep. 31‑32.
4. Le Mariage dans la Perspective Orthodoxe, J. Meyendorff.
5. La Vie en Christ, PG 150, col. 593 D.
6. Le Mariage dans la Perspective Orthodoxe, J. Meyendorff.

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