Ajouté le: 8 Septembre 2012 L'heure: 15:14

Qu’est‑ce que la tentation ?

« Pour résister efficacement aux sollicitations de l’esprit mauvais, il nous faut d’abord être avertis du processus de la tentation. Les Pères y ont distingué cinq moments principaux : la suggestion, le dialogue, le consentement, la passion, la captivité. La suggestion est le simple affleurement à la conscience d’un attrait pour une action mauvaise. (…) Dans le dialogue, nous réfléchissons sur la tentation et nous nous entretenons en quelque sorte avec elle. (…) Le consentement est une prise de position personnelle : (…) nous adhérons à la tendance déréglée et nous identifions en quelque sorte notre « moi » profond avec elle. Si de tels consentements se répètent, ils engendrent d’abord la passion, qui est la tendance mauvaise passée à l’état de seconde nature, puis la captivité, véritable obsession, impulsion irrésistible où la liberté n’a plus de part »

Père Placide Deseille, « Le combat contre la tentation dans le monachisme ancien »

Qu’est‑ce que la tentation ?

La tentation sous toutes ses formes est la tendance de l’esprit humain à substituer sa propre volonté à la Volonté de Dieu. La chute d’Adam ayant brisé l’unité initiale entre l’esprit de l’homme et l’Esprit de Dieu, l’insoumission à volonté de Dieu est devenue une tendance générale de l’espèce humaine, par laquelle l’adversaire de Dieu prend possession de notre esprit et nous conduit là où il veut: « Si tu retranches ta volonté propre, tu as déjà vaincu l’ennemi et comme prix, tu obtiendras la paix de l’âme. Mais si tu accomplis ta volonté propre, c’est toi qui es déjà vaincu par l’Ennemi, et l’abattement va oppresser ton âme » (St. Silouane – « Ecrits »).

La Volonté de Dieu étant la Vérité absolue et le Bien suprême, toute vérité et tout bien qui ne vient pas de Dieu n’est que mensonge et illusion, et ne peut avoir aucune existence réelle. Sans Dieu, tous les biens de ce monde ne sont que « vanité et poursuite du vent » (L’Ecclésiaste). Ainsi la tentation primordiale à laquelle est soumis l’esprit humain, source unique de toutes les autres tentations, c’est de croire à la réalité de ce monde et de s’y attacher. En effet, « ce monde est pour nous ce qu’a été pour Adam l’arbre défendu », car tous les biens qu’il nous promet sont trompeurs et illusoires : « Pourquoi convoites‑tu les choses qui ne sont pas ? Pourquoi tu t’émerveilles en regardant les choses périssables ? Pourquoi te réjouis‑tu de ce qui est vain ? Pourquoi t’attardes‑tu auprès de ce qui s’écoule avec le temps ? Pourquoi te laisses‑tu séduire par les visions de ton imagination ? Pourquoi te réjouis‑tu des choses qui te quitteront tôt ou tard et disparaîtront de ta vue pour l’éternité ? Jusqu’à quand seras‑tu séparé du Sommet de tous les désirs par l’illusion des yeux, la tentation des plaisirs, les soucis inutiles, les opinions erronées, la vaine gloire ? » (St. Nicodème l’Agiorite – « La garde des cinq sens »).

La tentation ne provient jamais d’un objet ou d’un être réels mais d’une image « publicitaire » que le malin présente à notre esprit, attribuant à cet objet ou à cet être une valeur ou une importance excessive ou illusoire, de nature à satisfaire les désirs, les ambitions et les appétits de l’homme de chair, créature tout aussi illusoire et périssable que les choses qu’il convoite ou qu’il craint : « Considère que ce sont des rêves tous le biens et les maux qui arrivent à la chair » ( St . Isaac le Syrien – « Discours ascétiques »).

En d’autres termes, la tentation est toujours l’œuvre de notre imagination : « Le Diable est un proche parent de l’imagination, plus proche d’elle que toutes les facultés de l’âme. C’est un instrument à sa portée dont il fait usage pour séduire les hommes et accomplir ses passions et ses mauvais desseins ». C’est pourquoi « les Pères ont appelé l’imagination le pont des diables » (St. Nicodème l’Agiorite, op. cit.).

De manière générale, toutes nos pensées sont l’œuvre de notre imagination, car la pensée n’est qu’une représentation mentale de la chose réelle – « On peut manger un lapin mais pas le concept de lapin », remarquait le philosophe Léon Chestov –, si bien que l’homme vit entre deux mondes, celui des choses extérieures et celui de son esprit et de ses pensées, qui déterminent l’ensemble de son existence : « Notre vie est à l’image des pensées qui nous occupent. (…) La pensée est à l’origine de tout, en bien ou en mal » (Starets Thaddée – « Paix et joie dans le Saint‑Esprit »).

Evagre le Pontique distingue huit sortes de pensées qui portent en elles les germes de toutes les tentations: les pensées de gourmandise, de luxure, de cupidité, de tristesse, de colère, d’acédie, de vaine gloire et d’orgueil. Le combat spirituel est donc principalement un combat contre les pensées, qui représentent notre être réel, bien plus que notre corps de chair. Car avant de prendre forme dans notre esprit et de s’exprimer par notre bouche, nos pensées plongent leurs racines dans notre cœur : « C’est du cœur que viennent les mauvaises pensées, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, calomnies. Voilà ce qui rend l’homme impur. » (Mt. 15, 19).

Les tentations et les épreuves de toute sorte auxquelles nous sommes confrontés tout au long de notre vie, nous permettent de mieux connaître nos faiblesses, nos infirmités spirituelles et le véritable état de notre âme, et peuvent devenir ainsi des alliés précieux sur le chemin de notre salut : « Voyez comment la tentation révèle ce qui se cache au fond de notre cœur. On peut voir par‑là à quel point la tentation nous est utile pour nous faire connaître notre état intérieur. (…) De même qu’un homme infirme dans son corps ne s’accommode pas de son infirmité mais fait venir le médecin et lui demande de le guérir, d’autant plus nous, chrétiens, voyant au‑dedans de nous une multitude d’infirmités qui affaiblissent nos âmes et les conduisent à la mort éternelle, nous ne devons pas rester inactifs et indifférents, mais appeler Jésus, le Fils de Dieu et Lui demander la guérison ! » (St. Tikhon de Zadonsk – « Lettres de sa cellule »).

La conscience humaine étant divisée entre la volonté de l’homme de chair, attaché à ce monde, et celle de l’homme spirituel, qui cherche le royaume de Dieu, la tentation comporte toujours deux tendances opposées entre lesquelles il nous faut choisir : l’une orientée vers ce monde‑ci, l’autre vers le royaume des cieux et la vie éternelle. Succomber à la tentation, quelle qu’elle soit, c’est raffermir les liens qui nous tiennent attachés à ce monde, où tout est soumis à l’usure du temps et à la loi implacable de la mort : « Car tout ce qui existe en ce monde est semblable à l’écume qui apparaît sur l’eau et disparaît aussitôt, de même qu’un songe ou une ombre. Une seule chose est sûre, impérissable, inébranlable, et ne nous quitte jamais : l’éternité. C’est elle qu’il faut chercher avec ténacité, infatigablement, et que tout ce qui est périssable n’ait aucune valeur à nos yeux (St. Tikhon de Zadonsk op. cit.).

En d’autres termes, tous nos désirs, espoirs, plaisirs, satisfactions, soucis, qui viennent de ce monde sont des tentations dans la mesure où leur objet tend à occuper le centre de notre être et de notre existence et à se substituer à Dieu. En repoussant la dernière tentation à laquelle Il a été sous dans le désert, Jésus nous a montré le moyen de vaincre toutes les tentations : placer par‑dessus tout, non pas la volonté de l’homme, ni la gloire de ce monde, mais la volonté et la gloire de Dieu. Car il est écrit : « Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu ; et à Lui seul tu rendras un culte » (Mt. 4, 10).

Choisir le royaume de ce monde c’est choisir l’illusion, le mensonge, la mort et tomber sous la domination de « celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne » (Mt. 10, 28) : « Que servira‑t‑il à un homme de gagner le monde entier, si sa vie lui est ôtée ? (Mt. 16, 26) (…) A quoi pourrait bien te servir le monde entier si ton âme doit périr ? Le salut de ton âme doit être pour toi plus précieux que tous les trésors de ce monde, plus précieux que le pain et la terre et que toute la gloire du monde. L’âme partira dans l’autre monde sans rien emporter de tout cela, de même que lorsqu’elle est venue au monde elle n’a rien apporté avec elle ; et en partant d’ici elle prendra soit le salut, soit le mort » (St. Tikhon de Zadonsk – op. cit.). La tentation est un croisement de chemins qui nous oblige à choisir entre deux directions opposées : soit le chemin de ce monde et de l’homme de chair, qui nous éloigne de Dieu et nous conduit à la mort, soit marcher sur les pas de Celui qui a dit : « Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn. 14, 6) : « Ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera aussi. Celui qui sème pour sa chair moissonnera de la chair la corruption ; mais celui qui sème pour l’Esprit, moissonnera de l’Esprit la vie éternelle » (Gal. 6, 7‑8).

Viorel Ștefăneanu, Paris

Qu’est‑ce que la tentation ?

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