Ajouté le: 12 Août 2012 L'heure: 15:14

Le Festival « Pour l’Amour de la Beauté »

La seconde édition, Paris 16‑20 mai

Le Festival « Pour l’Amour de la Beauté »

Du 16 au 20 mai 2012, s’est tenu à Paris et Limours la seconde édition du Festival artistique « Pour l’amour de la beauté » Cette année, la thématique du Festival : « Le Sacrement de l’Onction et de la guérison des malades », était proposée, avec une visée pastorale, par le Patriarcat de Roumanie ; dans un sens plus large, elle  portait sur la guérison de toute souffrance corporelle et spirituelle.

Selon l’expression si concise et suggestive de Son Eminence le Père Métropolite Joseph: « La culture autour de l’Eglise et de l’Evangile, c’est le don de la beauté que Dieu nous offre à nous, les hommes, et que nous Lui rendons. » En adoptant cette noble visée, le Festival  a honoré son titre et on pourrait même dire, en peu de paroles, qu’il fut constitué par toute une file de beautés qui ont fait la joie aussi bien de ceux qui l’ont engendré, avec beaucoup d’efforts, que de ceux qui sont venus goûter à cette offrande spirituelle. Sous ce signe de la beauté, tant aimée de l’homme selon sa nature, nous allons à notre tour dire quelques paroles à propos de ce Festival.

Beautés liturgiques  

Le Festival de Paris, ayant eu lieu dans la période d’après Pâques, s’est déroulé d’un bout à l’autre sous le signe de l’annonce lumineuse, sans cesse répétée, « Le Christ est ressuscité ! ». Comme toute manifestation de l’Eglise, celle de Paris a eu un noyau liturgique. Il s’agit, entre autres, de deux offices.

Ainsi, samedi après-midi, à Limours, était prévu un office de commémoration pour des personnalités de marques de la culture roumaine qui ont vécu et sont morts à Paris. La liste de ceux qui étaient mentionnés fut impressionnante: George Enescu, Constantin Brâncuşi, Mircea Eliade, Eugen Ionescu, Emil Cioran, Monica Lovinescu, Virgil Ierunca etc. A ma suggestion, nous avons ajouté également Horia Bernea, qui est seulement mort à Paris, sans y avoir vécu, en dehors de quelques passages. La commémoration fut suivie, tard dans la nuit, après toutes les autres manifestations prévues au programme, par le traditionnel repas des morts. Tous ont reçu de la coliva, des colaci, des sarmale toutes chaudes et du vin de pays, apporté de nos campagnes, coutume inhabituelle pour nos frères français qui ont pu ainsi la partager.

Le lendemain, dernier jour du festival, a eu lieu à Limours la liturgie pontificale avec un grand collège de prêtres. Son Eminence Mgr Joseph a prononcé un discours édifiant sur la parabole de l’aveugle-né, en nous donnant à tous le conseil de rester éveillés, de fuir l’aveuglement quotidien et de ne pas vivre dans l’insensibilité par rapport à notre prochain qui souvent est dans la souffrance et la peine.

La beauté de la musique traditionnelle

Parmi les délices offerts par ce Festival, nous choisirons d’abord celui qui l’a ouvert et qui a eu le plus grand impact, à savoir la musique traditionnelle roumaine. Elle était brillamment représentée à Paris par Grigore Leşe et un groupe de quatre farcherots aroumains, qu’il a découverts et soutenus, avec beaucoup de générosité et autant de responsabilité, dans divers endroits de ce monde « sorti de ses gonds » (comme il l’appelle). Il s’agit des frères Dumitru et Nicolae Zoglu, Mihai Gherase et Vasile Giogi, dont trois ont quatre vingts ans, et le quatrième, plus jeune, seulement soixante-dix, originaires de la commune de Cogealac (département de Constanţa). Un concert d’ouverture fut offert par les cinq hommes dans l’imposante église de Saint-Sulpice, réunissant, ce soir de mai, environ 150 personnes. Le maître de l’événement, Grigore Leşe, qui avait conçu le déroulement du concert, sut alterner harmonieusement ses propres performances, vocales ou instrumentales – le chant de la flûte, avec le chant polyphonique des quatre farcherots.

C’était là seulement la première des manifestations proposées par Grigore Leşe et le groupe qui l’accompagnait. Deux autres allaient suivre: l’une jeudi après-midi, à l’Ambassade roumaine, à l’occasion du vernissage de l’Exposition du Groupe « Prolog », une autre samedi soir, dans l’église catholique de Limours. Grigore Leşe préfère dans la mesure du possible les vieilles églises, pour leur accoustique.  

La beauté de la peinture 

Le vernissage de l’exposition du Groupe « Prolog » a eu lieu le lendemain, jeudi, dans deux salles de l’imposant Hôtel de Béhargue, un beau « palais », construit entre 1866 et 1867 et acheté en 1939 par l’Etat roumain pour l’Ambassade Roumaine. Les oeuvres, deux (Paul Gherasim, Ion Grigorescu, Christian Paraschiv, Mihai Sârbulescu), trois (Constantin Flondor, Horea Paştina) ou même quatre (Matei Lăzărescu) par artiste, étaient exposées sur des chevalets de champs, comme sait si bien le faire Paul Gherasim depuis toute une vie. Parmi les sept, quatre seulement étaient présents sur place: Paul Gherasim, Constantin Flondor, Ion Grigorescu, Horea Paştina et Matei Lăzărescu.

A côté des peintres du Groupe « Prolog » nous avons aussi admiré les toiles de Constantin Cioc, exposées dans le cadre de l’exposition anthropologique et ethnographique de la Crypte de Saint François et la Crypte du Puits. Le peintre nous a proposé deux toiles du cycle « Enluminés » représentant des hommes venant dans la lumière, sortant de l’obscurité générale. Tels les saints des icônes, les personnages des tableaux sont aussi dans la lumière et reçoivent la lumière.  La peinture de Constantin Cioc nous invite à une approche icônique de l’art.

La beauté de la musique classique

Pour la partie musique classique, les invités étaient les mêmes que l’année dernière, ceci en raison de leur valeur et de la qualité de leur interprétation, qui engendre joie, et enthousiasme irrésistible. Les concerts se sont déroulés dans la généreuse Salle Byzantine du Palais de Béhague.

Le premier concert a eu lieu tout de suite après l’ouverture « officielle » du Festival. Son Excellence Monsieur Bogdan Mazuru, ambassadeur de la Roumanie en France, et Son Eminence Monseigneur Joseph ont d’abord prononcé un bref discours d’introduction. Le Métropolite a exprimé quelques considérations théologiques sur le thème de la beauté et a parlé du devoir et du rôle de l’Orthodoxie dans la préservation de la beauté.  

Le premier à se présenter devant le public fut Père Jean-Claude Pennetier, un pianiste de première ligne dans le monde musical d’aujourd’hui, et prêtre de la paroisse de Chartres.

Le second concert fut donné vendredi (18 mai) avec comme présentateur surprenant et spirituel le père Marc-Antoine Costa de Beauregard. C’est peut-être aussi parce que, dans la première partie, la vedette était le saxophoniste Claude Delangle, professeur de saxophone au Conservatoire de Paris, mais aussi diacre à l’église de Louveciennes, dont le recteur est le père Marc-Antoine lui même.

Dans la seconde partie, tout comme dans l’édition précédente du Festival, nous nous sommes réjouis de la présence extrêmement agréable de Charlotte Coulaud (qui, on l’a dit, était une arrière petite fille de Constantin Bobescu) une très douée pianiste de 21 ans.

Jean-Claude Pennentier à 70 ans et Charlotte Coulaud à 20 ans… Deux pianistes à deux moments totalement différents de leur parcours, deux fortes personnalités musicales, séduisantes, deux perles de la beauté dans le collier des manifestations musicales du Festival de Paris…

La beauté de la musique byzantine

Le vernissage du groupe Prolog était précédé, selon le désir de Paul Gherasim, par une performance d’un autre groupe, celui de la cathédrale métropolitaine des Saints Archanges, dirigé par Ionuţ Furtună, l’un des fondateurs du très apprécié groupe de musique byzantine : « Byzantion », de Iaşi. Toujours à la suggestion de Paul Gherasim, furent interprétés les chants lumineux du cycle pascal. C’était bienfaisant d’entendre un chant byzantin si pur en plein cœur de Paris.

La beauté de la poésie

Déjà à Bucarest, Paul Gherasim avait eu l’idée d’accompagner le vernissage du groupe Prolog par de la musique byzantine et des vers de Ioan Alexandru et Daniel Turcea. A Paris, son voeu en ce qui concerne la poésie, fut exaucé, avec beaucoup d’implication et dévouement, par le père diacre Octavian Dabija, acteur de son métier à l’origine. Il fit des lectures des volumes Imnele Putnei (Hymnes de Putna) et Epiphania. Il nous avait raconté dans quelle belle circonstance il avait fait la connaissance du peintre Paul Gherasim, une nuit de Pâques, à l’église de Stavropoleos, au cours de laquelle il lui avait dit de ne pas se mettre à genoux, le Christ étant ressuscité !

La beauté des traditions paysannes  

Grâce à l’intérêt et à l’amour de la presbytera Alexandra, la composante ethnologique et anthropologique de la culture paysanne se voulait aussi riche que possible, cette année encore. La journée du vendredi était dédiée particulièrement aux traditions paysannes, et consistait en une série de conférences, parsemées tout au long de la journée, entre lesquelles a eu lieu le vernissage d’une exposition à caractère ethnographique.

Dans mon introduction, j’avais le souhait de mettre en évidence le fait que ce qui caractérisait très brièvement et de près la culture paysanne roumaine, était le fait d’être une culture de la Résurrection, et que ce fait avait des implications majeures sur l’expression et la glorification de cette résurrection par l’intermédiaire de la beauté.  

Puis il y eut Grigore Leşe, qui parla, avec son aplomb bien connu et sa pertinence unique dans le domaine, de ce qu’il pratique et étudie depuis sa jeunesse, – « horea înturnată » (« chant retourné »), « horea adâncată » (« chant profond ») et « horea din grumaz » (« chant de la gorge) –, les illustrant pour faciliter leur compréhension. « Horea » exprime au niveau de l’être le plus pur, mais en même temps si profond, le lien de l’homme à la nature, à son semblable, à Dieu, son aspiration vers des rencontres suprêmes. Telle qu’elle est présente (seulement) dans certaines régions de notre pays, elle représente un trésor unique au monde.  

Madame Varvara Buzilă, de Kichinev, a eu une intervention extrêmement appréciée concernant le pain, les manières de l’utiliser dans divers rituels des rites de passage (le baptême, les noces, l’enterrement, les offices des morts).

La beauté des photos

Une composante d’une grande importance était représentée par l’art photographique. L’exposition ethnographique était composée de vieilles photos du Musée du Pays de l’Oaş prises par l’avocat-photographe Ioniţă G. Andron (1917-1989), exposées par la bienveillance du directeur du musée, Monsieur Remus Vârnav, qui nous a également fait une présentation des photos. Depuis ces photos, les visages de nos ancêtres nous regardaient,  ces gens dignes et rigoureux dont nous descendons, aujourd’hui difficiles à reconnaitre, et dont nous semblons avoir perdu en grande partie l’héritage génétique-spirituel. A côté des photos du Pays de l’Oaş étaient exposées aussi une partie des photos de Jean Cuisenier prises à l’occasion des deux chantiers ethnographiques réalisés en Roumanie (au Maramureş, au nord de l’Olténie et en Bucovine). Dans le même contexte étaient exposées les photographies apportées par les gens de Kichinev, qui portaient sur l’utilisation du pain aux funérailles ou pendant les offices des morts.

Dans le voisinage, comme une sœur mais différente tout de même, se trouvait une autre exceptionnelle exposition « Visages de l’oubli », proposée à la fois par les pères et amis Iulian Nistea, de Paris, et Ioan Gânscă (également diplômé d’arts plastiques), de Cluj-Napoca, autour d’un thème extrêmement actuel et interrogeant: la souffrance produite par l’esseulement, dû à la négligence de nos semblables, l’indifférence devant l’abandon de ceux qui se trouvent dans des difficultés de tous ordres. Le premier apportait des scènes de la rue (surtout Paris), l’autre des portraits (surtout de paysans). Les deux montraient autant que possible le mystère de la personne humaine, qui, regardée d’un œil compréhensif et aimant à travers l’objectif de la caméra utilisée avec maitrise, se trouve transfigurée au-delà de sa détresse. Des témoignages troublants… Et surtout qui éveillent la conscience!  

La beauté de la théologie

Un matin, le samedi, fut consacré aux réflexions théologiques liées à la souffrance et à son soulagement. La cathédrale était pleine, beaucoup de gens étaient debout. Les organisateur proposaient une réflexion sur le traitement de la souffrance, à partir des représentations de la Passion du Christ dans l’iconographie occidentale (et surtout ce qui concerne le dolorisme) et orientale. C’est pourquoi, tout a commencé par la projection d’un film concernant l’autel peint par Grünewald à Colmar. Ensuite, j’ai eu la grande joie d’intervenir à côté du père Marc-Antoine Costa de Beauregard.

Le père Marc-Antoine a tenu une conférence très dense du point de vue théologique et très riche d’un point de vue spirituel.

A la fin, il y a eu une brève intervention du père Jean Boboc, de la cathédrale, qui a parlé de la rupture iconographique du XIIème siècle entre Occident et Orient, montrant que dans les tableaux occidentaux il s’agit du corps corruptible, tandis que dans les icônes on représente le corps incorruptible.

Ajoutons les méditations théologiques inspirées, d’un grand raffinement spirituel du Métropolite Joseph, présentes tout le parcours de la manifestation, et remplies d’amour paternel.

La beauté du théâtre

Le théâtre était représenté par la compagnie « Contraste », dirigée par Dana Cavaleru, l’une des grandes compagnies nées de l’école si fructueuse de Dan Puric, et qui jouissait de la collaboration du violoncelliste Adrian Naidin. Leur spectacle s’intitulait de façon exemplaire « L’histoire du cœur », et était en même temps tendre, émouvant, rempli d’humour mais aussi de gravité et de profondeur. Il parlait, entre autres, par la voie de la pantomime, de nos souffrances quotidiennes, grandes (surtout l’ignorance réciproque qui mène à l’esseulement) ou petites (provenant des manques continuels de tout genre). Il y eu des moments de réel amusement (dans ce sens, c’était la tâche de couleur de gaieté du Festival), avec une note enfantine, et d’autres où l’on s’est laissé séduire par un air de lyrisme. La compagnie « Contraste » est composée d’une poignée de jeunes talentueux, mais en même temps délicats, d’une grande beauté d’âme.

La beauté des gens

Ou, autrement dit, la beauté des rencontres, de l’hospitalité, du temps passé ensemble… La beauté des personnes est sans doute la plus précieuse de toutes. Ceci, entre autres, parce que c’est elle qui rend toutes les autres beautés possibles.

Grâce à la densité et à l’intensité des manifestations, nous avons eu l’impression que le temps était plus long qu’en réalité. C’est aussi parce que la beauté donne du contenu et du sens à la vie. Comme le mentionnait Son Eminence le Métropolite Joseph: « Dieu attend de nous de la beauté, tout ce qui passe par nous, par nos mains, doit être ou devenir beau. » C’était l’aspiration de tous les participants à la manifestation de Paris et Limours, organisateurs ou invités. Et dans une grande mesure ils y sont arrivés !

Costion Nicolescu, ethnologue et docteur en théologie

Le Festival « Pour l’Amour de la Beauté »

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