Ajouté le: 10 Juin 2012 L'heure: 15:14

Le langage de Dieu (I)

« La science impose sa vision des choses visibles, vérifiables, et m’oblige à l’accepter. Je ne peux pas nier l’existence d’un ver de terre ni d’un virus, mais je peux nier l’existence de Dieu. C’est que « la foi, selon saint Paul (Héb. 11,1),  est la vision des choses qu’on ne voit pas ». La foi transcende l’ordre des nécessités. « Bienheureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru » veut dire ceux qui ont cru sans y être obligés, forcés, contraints.  La foi apparaît ainsi comme un dépassement de la raison commandé par la raison elle‑même dès qu’elle touche à ses limites. La foi dit : « Donne ta petite raison et reçoit le Logos ». (…) Son expérience est semblable à la révélation. Elle supprime toute démonstration, tout médiat, toute notion abstraite de Dieu et rend immédiatement présent ce Quelqu’un qui est le plus intimement connu. (…) C’est vers le cœur,  dans le sens biblique,  que convergent les désirs de Dieu, et ce point focal renverse toute la sagesse des hommes »

Paul Evdokimov, « Les âges de la vie spirituelle »

 

Le langage de Dieu (I)

Le langage de Dieu  est partout présent, du haut en bas de la Création et à chaque instant, source unique et éternelle de tout ce qui est, a été et sera : « Au commencement était la Parole, et la parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. (…) Tout a été fait par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle » (Jean 1, 1‑3). C’est pourquoi dans le Livre de la Genèse chaque nouvelle étape de la Création est précédée par les mots « Dieu dit ». L’homme lui‑même a été engendré, comme tout ce existe, par la Parole de Dieu : « Puis Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance » (Ge. 1, 26).

En réalité, la Création tout entière est faite à l’image de son  Créateur, de même qu’un livre dont tous les mots et toutes les phrases sont  l’œuvre  d’un seul et même auteur, malgré leur diversité et leur signification différente. De la même façon, le langage de Dieu est inscrit dans l’esprit et le cœur de tous les hommes, de manière à ce que chacun de nous puisse reconnaître la présence de Dieu dans le monde et en lui‑même. Etant donné que « la connaissance de l’existence de Dieu est ensemencée en nous de manière naturelle » (St. Jean Damascène), pour l’homme des sociétés anciennes la nature n’était jamais « naturelle », au sens moderne du terme, mais présentait toujours et dans tous ses aspects, un caractère sacré : « En d’autres termes, pour ceux qui ont une expérience religieuse, la Nature tout entière est susceptible de se révéler en tant que sacralité Cosmique. Le Cosmos dans sa totalité peut devenir une hiérophanie » (M. Eliade – « Le sacré et le profane »).  

Le monde naturel doit être lu et compris à la façon d’un livre saint susceptible de nous révéler la Parole de Dieu : « Par le moyen des choses naturelles, nous pouvons recevoir des enseignements très précis sur toutes les choses spirituelles » (St. Jean Climaque – « L’Echelle Sainte »).    

De la même manière, notre corps de chair revêt aux yeux de l’homme religieux une signification spirituelle et une valeur sacrée : « Ne savez‑vous pas ceci : votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ? (…) Glorifiez donc Dieu dans votre corps et votre esprit, qui appartiennent à Dieu » (1 Cor. 6, 19‑20).

Car Dieu est le seul Etre réel et éternel de l’univers et la seule source de Vie, qui donne l’être et la vie à tout ce qui existe, de même que l’auteur d’un livre qui est présent dans chaque mot, chaque phrase, chaque personnage de son œuvre, alors que sa personne réelle demeure invisible aux yeux du lecteur. Mais cette comparaison est, comme toute métaphore relative à Dieu, très approximative et partiellement inexacte, car à la différence des personnages d’un roman ou d’une pièce de théâtre, la créature humaine, faite à l’image et à la ressemblance de son Créateur dispose du libre  arbitre et d’une volonté propre, pouvant choisir de coopérer avec la Volonté de Dieu ou de s’y opposer : « Dieu a fait l’homme sans péché par nature, et libre, par la volonté. (…) Celui‑ci  avait donc la possibilité de rester  et de progresser dans la voie du bien avec l’aide de la grâce divine, tout comme il lui était possible de se détourner du bien et de se livrer au mal, ce que Dieu avait permis, par le fait que l’homme était doté du libre arbitre. La vertu ne s’obtient pas par la force » (St. Jean Damascène – « La Dogmatique »).        

En d’autres termes, l’être humain est à la fois créé et créateur de sa propre créature : c’est dans cette faculté de se créer lui – même que réside sa ressemblance avec Dieu. C’est là aussi l’origine du mal, qui est entré dans le monde non pas par la volonté de Dieu mais par la volonté de l’homme, qui a pris une voie contraire à  la Volonté de Dieu, hors de laquelle il n’y a aucun bien, aucune vérité, aucune vie et aucune félicité possibles. La Volonté de Dieu c’est le Bien parfait, la volonté de l’homme sans Dieu, le mal absolu. La première nous conduit au Royaume des Cieux, la seconde nous précipite « dans les ténèbres du dehors, là où il y aura des pleurs et des grincements de dents » (Mt. 25, 30).          

L’homme devient ainsi créateur de son propre enfer, semblable à  un dieu – selon la promesse trompeuse du serpent (Ge. 3, 5) – mais un dieu du mal.  

Cependant, s’il est vrai que la Parole de Dieu a tout créé – « Tout a été fait par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle » (Jn. 1, 3) – comment expliquer l’existence du mal, qui n’a pas été voulu ni créé par Dieu ? C’est là un argument apparemment inattaquable des philosophes athées : si le mal existe, c’est que Dieu est soit impuissant et imparfait – auquel cas, il n’est pas Dieu ; soit il est l’auteur, ou tout au moins le complice, du mal, donc un dieu mauvais. Comment concilier en effet la toute puissance et l’omniprésence de Dieu – « Ne remplis‑je pas moi, les cieux et la terre ? dit l’Eternel » –  (Jér. 23, 24)  avec l’existence du mal ? Si l’Esprit de Dieu emplit l’univers  et que Sa Parole a tout créé, d’où le mal tire‑t‑il sa substance et son pouvoir dans le monde et sur l’esprit des hommes ? Car là où est Dieu le mal ne peut exister, et comme Dieu est partout – car rien ne saurait subsister ne fût‑ce qu’une fraction de seconde sans la volonté ou la permission de Dieu – il en résulte que le mal n’est nulle part et n’a aucune substance réelle : « Le mal n’est rien d’autre que l’absence du bien, tout comme l’obscurité est l’absence de la lumière. Car le bien est lumière spirituelle, et pareillement, le mal est obscurité spirituelle. (…) Les démons n’ont aucune autorité, aucun pouvoir sur l’homme, sauf si  Dieu le permet, en vue de notre salut, comme dans le cas de Job. (…) Ils ont été autorisés à soumettre l’homme à  la tentation, mais ils n’ont pas le pouvoir de forcer qui que ce soit. Car nous avons la faculté d’accepter la tentation ou de la refuser » (St. Jean Damascène – op. cit.).  

La lumière de Dieu est partout présente et à chaque instant et Sa Parole nous parle à travers toute chose, tout créature et tout événement de notre vie, mais l’homme dispose de la liberté de fermer les yeux devant Sa lumière et de se boucher les oreilles pour ne pas recevoir Sa Parole. Lorsque l’esprit humain demeure aveugle et sourd à la présence de Dieu, le monde nous apparaît dominé par les forces du mal, un lieu de souffrance, d’injustice, de désespoir et de mort, semblable  à un camp d’extermination planétaire d’où personne ne sortira vivant : « Qu’on s’imagine un nombre d’hommes dans les chaînes, et tous condamnés à la mort, dont les uns étant chaque jour égorgés à la vue des autres, ceux qui restent voient leur propre condition dans celle de leurs semblables, et se regardant les uns et les autres avec douleur et sans espérance, attendent leur tour. C’est l’image de la condition des hommes » (Pascal – « Pensées »).      

Mais le même monde, avec ces mêmes souffrances, injustices, malheurs et la même loi implacable de la mort, devient une source d’espoir et de joie, et un moyen de salut, si nous savons entendre et recevoir dans notre esprit et notre cœur la Parole  de Dieu : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ! (…) Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés ! (…) Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux. Heureux serez‑vous, lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera, qu’on répandra sur vous toute sorte de calomnie à cause de moi. Réjouissez‑vous, soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux » (Mt. 5, 4‑12).   

Que les souffrances, les injustices et  les épreuves que nous aurons à subir en ce monde puissent devenir une source d’espoir et de joie, apparaît incompréhensible et insensé aux yeux de la raison naturelle de l’homme, qui ne peut concevoir et admettre ce qui dépasse la nature : « l’homme naturel ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge. (…) Que nul ne s’abuse lui‑même : si quelqu’un parmi vous pense être sage selon ce siècle, qu’il devienne fou, afin de devenir sage. Car la sagesse de ce monde est folie  devant Dieu » (1 Cor. 2, 14 et 3, 18‑19). En effet, une créature mortelle ne peut connaître que les choses mortelles, de sorte que les vérités de la raison humaine deviennent autant de mensonges lorsqu’elles prétendent se substituer à la Vérité de Dieu, qui ne peut être connue que par la foi : « Si quelqu’un m’avait prouvé que le Christ est en dehors de la vérité, et s’il était réellement établi que la vérité est en dehors du Christ, j’eusse préféré être avec le Christ plutôt qu’avec la vérité » (F. M. Dostoïevski – « Correspondance »).  

(A suivre)

Viorel Ştefăneanu, Paris

Le langage de Dieu (I)

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