Ajouté le: 10 Janvier 2012 L'heure: 15:14

Zachée ou La rencontre personnelle avec le Christ

(Luc 19/1-10)

Zachée ou La rencontre personnelle avec le Christ

Dans l’usage liturgique slave, l’Evangile de Zachée clôt toujours le temps après la Pentecôte, quel que soit le numéro de ce dimanche. C’est une belle tradition, parce que, après avoir parcouru le long cursus spirituel de ce temps liturgique, qui est celui du travail personnel du chrétien avec le Saint-Esprit, on aboutit à une sorte d’apothéose spirituelle avec cette extraordinaire économie  du Christ, qui brise tous les canons, et que l’on pourrait intituler : le triomphe de l’esprit sur la lettre. Cet Evangile est une consolation pour tous les hommes, avant de gravir la montagne spirituelle qui nous conduira à Pâques.

Le Seigneur a entrepris depuis déjà un certain temps Sa « montée vers Jérusalem », en passant par la Pérée (rive gauche du Jourdain), et à l’entrée de Jéricho il guérit l’aveugle Bartimée, qui aussitôt « glorifie Dieu » à haute voix dans la personne et dans les śuvres du rabbi Ieshouah de Nazareth. Puis Il entre dans Jéricho1. L’évènement qui va suivre n’est rapporté que par St Luc.

Le Rabbi est extrêmement célèbre. Il est accompagné des Douze, de beaucoup d’autres disciples probablement, et d’une foule qui est transportée de joie par Son enseignement et les miracles qu’Il accomplit. C’est un véritable cortège triomphal, qui annonce Son entrée messianique à Jérusalem.

A l’écart de cette foule en liesse se trouve un homme de la ville, riche, qui est fort intrigué par ce personnage acclamé par la foule comme un prophète. Cet homme nommé Zachée2 n’est pas n’importe qui : il est le chef des publicains de la ville. Les publicains étaient des Juifs qui collaboraient avec l’occupant romain pour la collecte des impôts indirects : ils avançaient à l’Etat romain le montant des impôts pour un lieu donné et une période donnée, et en échange l’Etat les autorisait à prélever les impôts directement, en leur transférant une charge publique, d’où leur nom de « publicains ». Par le fait qu’ils touchaient les monnaies à l’effigie de l’empereur, qui était adoré comme un Dieu, et donc à de l’argent idolâtre – impur –, ils devenaient « impurs » rituellement selon la Loi d’Israël et personne ne pouvait avoir de contact avec eux (ni leur parler, ni les toucher, ni manger avec eux, ni entrer dans leurs maisons). Comme ils s’efforçaient de récupérer beaucoup plus que ce qu’ils avançaient à l’Etat, ils étaient détestés. A cela s’ajoutait le luxe ostentatoire de leur vie, fortement hellénisée, et notamment de leur apparence extérieure (vêtements, parures, parfums…). Ils étaient méprisés par tous les Juifs pieux3.

Or cet homme, qui pouvait vivre tranquillement dans son milieu aisé à part des autres Juifs, se pose la question du rabbi Ieshouah : qui est cet homme ? Voilà le point-clé de l’histoire. Sa richesse et sa réussite sociale ne lui suffisent pas. « Il cherche à voir qui est Jésus ». Non pas ce qu’est Jésus, ce qu’Il représente ni ce qu’on dit de Lui, mais qui Il est. Et il veut Le voir. C’est la question unique qui obsède l’Homme depuis son exclusion du Jardin d’Eden : voir Dieu. Il n’y a pas de vraie rencontre sans voir la personne face à face. Pour l’Homme, il n’y a qu’un seul Autre : Dieu, qui est son prototype. Dieu est l’unique obsession de l’Homme déchu4. Mais voilà : il y a une foule énorme et il est « de petite taille ». Comment faire ? Il ne se décourage pas, il ne se dit pas « bof… ». Il est petit, certes, mais il est avisé et il a de bonnes jambes. Alors il réfléchit, puis il court en avant, c’est-à-dire qu’il dépasse la foule qui avance lentement. Il repère un arbre aux branches basses, un sycomore5, et il monte dessus. C’est une excellente tactique : il ne peut pas Le rater.

Et effectivement le Seigneur passe tout à côté du Sycomore et Zachée le voit en chair et en os. L’histoire pourrait s’arrêter là. Mais la bonté indicible de Dieu va au-devant du moindre mouvement de notre être vers Lui. Admirable synergie ! Le Seigneur lève aussitôt les yeux et le voit. « C’est une merveille à nos yeux6 » : chaque être humain peut se dire, comme Zachée : « Dieu m’a vu », ou même simplement : « peut-être me verra-t-Il ? ». Le regard de Dieu sur nous change tout : nous sommes transformés. Non seulement le rabbi Ieshouah le voit, mais Il lui parle en l’appelant par son nom, en le nommant en tant que personne, alors qu’Il n’est pas censé le connaître : « Zachée, hâte-toi de descendre… ». Mets-toi au niveau de Dieu qui est humble, fais le chemin de la repentance, abandonne l’élévation extérieure pour devenir grand intérieurement, «… car il faut que Je demeure aujourd’hui dans ta maison ». Quel choc ! Le plus célèbre rabbi d’Israël demande à être reçu dans la maison d’un publicain ! Quel renversement des valeurs ! Zachée ne tergiverse pas : il « se hâte de descendre » et reçoit Dieu dans sa maison « avec joie ». C’est la rencontre de sa vie : il ne la rate pas. Mais aussitôt la foule murmure, les juifs pieux sont scandalisés : pourtant on croyait que c’était un vrai prophète, et Il ne respecte même pas la Loi… On entend souvent des réflexions similaires dans l’Eglise, 2000 ans après : le clergé préfère souvent les règles à la Vie.

Zachée se rend bien compte du trouble qu’Il provoque. Alors il fait une magnifique confession publique en s’adressant au Christ, le Maître de sa maison : « Voici, Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens…. ». Je fais comme Toi, je me dépouille de mes richesses, pour faire du bien aux autres, j’imite Ta bonté. Et il ajoute : « si j’ai fait du tort à quelqu’un en quoi que ce soit, je lui rends quatre fois plus ». Il est fort possible que je me sois mal conduit, que j’aie été malhonnête, que j’aie escroqué de braves gens, je leur demande pardon et je répare mes torts. Cela signifie : si j’ai volé 100 €, j’en rends 400. Nos Etats modernes et nos sociétés sont rarement aussi exacts ! Zachée a changé. Le regard de Dieu l’a changé. L’habitation de Dieu dans sa maison, c’est-à-dire en lui, l’a transformé : il est un homme renouvelé, sauvé. Le Christ prononce alors ce logion sublîme : « le salut est entré aujourd’hui dans cette maison… », c’est-à-dire dans le cśur de cet homme, «… parce que celui-ci est aussi un fils d’Abraham ». C’est vrai qu’il avait chuté, comme vous tous, mais Mon image demeurait en lui : Je suis venu la restaurer. Personne n’est perdu pour toujours. C’est le sens du second logion, qui est à caractère universel : « Car le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ». Cela rejoint ce que le Christ disait aux Scribes et aux Pharisiens qui Lui reprochaient Sa bienveillance et qui murmuraient parce qu’Il était allé à un grand festin dans la maison du publicain Lévi (le futur St Matthieu) après l’appel de ce dernier : « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecins, mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs pour qu’ils se convertissent »7. Gloire à Toi, Seigneur Jésus-Christ, gloire à Toi !

Père Noël TANAZACQ, Paris

Notes :

1. Jéricho, qui est proche du Jourdain et de la Mer morte, est en-dessous du niveau de la mer. Jérusalem y apparaît comme une haute montagne (il y a une dénivellation de près de 1000m sur 23 km de distance). Elle symbolise le monde déchu. C’est « vers Jéricho » que le Christ situe la parabole du Bon Samaritain, parce qu’elle symbolise la chute de l’Homme, du haut des Cieux (Jérusalem).
2. Zachée : en hébreu « Zakkay » = pur, juste. Sa conversion va lui faire accomplir son nom.
3. Ces publicains-là étaient de petits collecteurs d’impôts, des péagers. Jéricho étant un important centre routier proche de la Pérée et sur la route de Jérusalem, il y avait de nombreux publicains, dont Zachée était le chef (on dirait maintenant : le président de leur corporation).
4. L’évêque Jean de Saint-Denis disait souvent dans ses homélies : Dieu est l’unique obsession légitime de l’Homme. C’est un véritable apophtegme.
5. Sycomore : appartient au genre des figuiers. C’est un arbre du bas pays appelé « figuier des Pharaons ». Ses branches inférieures poussent près du sol. Le figuier symbolise la Loi. Ici ce n’est pas un vrai figuier, parce que Zachée est un juif décadent. Mais Il a dû monter quand même sur un figuier pour voir qui était Jésus : c’est la Loi qui révèle le Christ. Jésus le fait « descendre » : Zachée tombe du figuier comme un fruit mûr. Ce figuier-là n’a pas été stérile : il a porté du fruit, contrairement au figuier des Scribes et des Pharisiens, qui lui n’a porté aucun fruit et que le Seigneur maudira, lorsqu’ Il dût quitter  Jérusalem, rejeté par le clergé juif, le soir de son entrée messianique.
6. Ps.117 [H.118], 23.
7. Lc 5, 31‑32.

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