Ajouté le: 10 Octobre 2011 L'heure: 15:14

Les pèlerins AXIOS – 2011 (II)

Nous poursuivons dans ce numéro de la revue la présentation du pèlerinage AXIOS 2011, selon les témoignages des participants. La communion et la joie de la rencontre vécue lors du premier jour durant la Divine Liturgie du Skite Darvari, au cœur de Bucarest, a accompagné le groupe durant tout le voyage. Des moments et des images bénis: l’icône de la Mère de Dieu du Monastère Dintr-un Lemn; le récit de mère Veronica de Surpatele, témoignage vivant de la vocation monastique que n’ont réussi à briser ni la maladie, ni les persécutions du régime communiste; la rencontre du pasteur protestant Jack, fasciné par l’iconographie orthodoxe, avec les moines du Monastère Antim; les ateliers d’icônes de Hurezi et Bistriţa; la paix du monastère d’ Arnota, qui invitait à prolonger le séjour; le „jeu” de reconnaissance des saints représentés sur les murs du monastère de Topolniţa...

 

Les pèlerins AXIOS – 2011 (II)

Rendez-vous avec la beauté

Le pèlerinage d’AXIOS est beau de la beauté des sites visités et des êtres rencontrés, bon de la saveur des mets servis avec amour aux pèlerins; bien préparé, encadré et guidé; j’apprécie particulièrement l’équilibre entre cette organisation d’une part, et de l’autre, l’ouverture du guide à l’imprévu et aux demandes des pèlerins.

C’est ainsi qu’à l’invitation de Monseigneur Joseph, nous avons au matin du 6 juillet fait une expédition en 4X4 sur les hauteurs boisées qui entourent le monastère de Tismana, pour célébrer la divine liturgie au petit skite de l’Annonciation et de la Protection de la Mère de Dieu, qui appartient à notre métropole. De là, après les agapes sous un grand arbre, le gros de la troupe est monté à pied, par un sentier qui ressemble à celui qui grimpe de la Malvialle à la Roche Tuilière, à la rencontre de Maica Bartholoméa, ermite de 73 ans, pour un entretien qui fut très émouvant. C’est aussi ainsi qu’à la demande de père Noël, nous avons le 7 juillet visité à Drobeta-Turnu Severin les vestiges du Pont de Trajan, le plus grand pont de l’Antiquité, achevé en 105 ap. JC, par lequel les Romains envahirent la Dacie en traversant le Danube ; l’évêque du lieu, Monseigneur Nicodim, qui nous avait accueillis avec l’higoumène au monastère de Topolniţa et venait de nous recevoir à l’évêché pour prendre le café, était encore avec nous.

La visite qui m’a le plus marquée a été celle du monastère de Stavropoleos, dans la vieille ville de Bucarest, dès le soir de notre arrivée le 1er juillet : deux jeunes moniales toutes souriantes nous ont accueillis, Maica Atanasia et Maica Iustina, et nous ont fait visiter non seulement l’église mais le monastère. Dans les années 80, l’ignare « Génie des Carpathes » (Ceauşescu) a fait démolir le plus beau quartier de la ville pour construire son palais, si démesuré qu’il est visible de la Lune. Les moniales restaurent icônes, fresques, vestiges des églises détruites lors de ce chantier et les exposent dans un petit musée et dans le cloître du monastère ; elles restaurent aussi des codex et des volumes, et les exposent dans la bibliothèque ; elles nous ont avec fierté montré un rouleau éthiopien calligraphié en ghèze dans son étui, ainsi que des livres de psaltique d’abord calligraphiés, puis imprimés, et maintenant réalisés par ordinateur. Ce petit monastère me touche par sa vocation studieuse, restauratrice, et par la joie des moniales.

Par un hasard providentiel, le 5 juillet, au monastère de Hurezi, nous avons rencontré leur père spirituel, père Iustin Marchiş, et je lui ai exprimé combien j’avais été sensible à leur joie ; son visage s’est illuminé d’un grand sourire et il m’a dit la sienne : elles ne sont pas passées par le noviciat d’un grand monastère traditionnel, mais ont été formées par lui, sur place ; elles sont cinq, toutes ont des diplômes universitaires, et utilisent leurs compétences au service de Dieu et de l’Eglise ; leur équilibre, leur joie rayonnante est sa fierté.

De retour à Bucarest à la fin du pèlerinage, j’y suis retournée avec P. Noël, P. Yves et P. Gérard, nous y avons vénéré les reliques du saint martyr Justin le Philosophe et j’y ai acheté un merveilleux disque de « colind ortodox » chanté par des enfants et des jeunes de familles qui fréquentent le monastère, avec les paroles et la musique en psaltique.

Une chose pourtant m’a manqué durant ce pèlerinage : des temps d’enseignement spirituel. J’aurais aimé une homélie, même concise, à chaque liturgie… En barque sur le Danube, autour de notre archevêque, j’ai rêvé d’un instant de grâce où le petit troupeau recueillerait de son pasteur l’enseignement du Christ, comme les disciples au lac de Galilée.

Je rêve maintenant d’une œuvre commune qui serait un carnet de voyage fait de toutes nos notes, nos photos et nos souvenirs…  

Sylvie Petureau, Clermont‑Ferrand, France

Une après-midi béni au skite de la Transfiguration de Mère Bartholoméa

Après le déjeuner au skite de la Métropole, nous sommes partis, une dizaine vers le skite de Mère Bartholoméa. Nos guides, cette femme en noir menue au beau visage grave et  ses deux petits-enfants qu’elle tenait par la main.

A l’entrée du chemin se dressaient, de chaque côté, de belles fleurs jaunes, hautes, droites comme des chandeliers, une haie d’honneur, une haie d’amour, un message d’amour, une annonce d’amour.

Nous avons commencé à grimper dans la joie. Nous bavardions puis le silence s’est installé au fur et à mesure de l’ascension qui devenait plus ardue. Le groupe s’est étiré. Chacun, à son rythme, dans le bruissement doux de la forêt, nous grimpions derrière la femme et les 2 enfants. Bogdan veillait et fermait le groupe. Plus nous montions, plus nous nous creusions chacun dans le silence. Je percevais notre recueillement, notre effort, tendus vers le sommet de la colline. Nous ressentions tous la signification symbolique de cette montée vers une rencontre que nous allions partager ensemble et vivre chacun.

Nous passions du chemin tapissé de feuilles mortes à la roche nue, escarpée. Je glissais. Je regrettais de n’avoir pas de chaussures plus appropriées. Je pestais un peu de n’avoir pas prévu une paire de chaussures tous terrains dans ma valise.

La femme en noir veillait. Elle s’est approchée de moi, s’est déchaussée et m’a offert ses sandales. Je les pris et lui donnai les miennes. Je tentais quelques pas mais glissais plus encore. Je les lui rendis émue de son attention. Nous ne parlions pas.  Son regard droit et tendre me disait sa sollicitude et sa déception.

Nous avons continué l’ascension.

Enfin, nous avons atteint le haut de la colline. Devant nous s’ouvrait un plateau étroit, déboisé, sur lequel se dressait, sous le soleil, une chapelle de murs blancs. Un peu plus bas, la cabane de Mère Bartholoméa et son potager en terrasse.

Un groupe de jeunes gens conduits par un jeune prêtre que nous avions croisés le matin se trouvait déjà là.

Nous nous sommes assis sous une tonnelle en bois, attendant le reste de notre groupe. Heureux. Je ne sais plus qui a lancé le chant de la Mère de Dieu, nous nous mîmes à chanter.

Petit à petit, nos compagnons arrivaient. Je regardais les visages illuminés par l’effort accompli. Nous parlions peu, nous étions heureux d’être là.

Le groupe de jeunes est parti. Derrière Bogdan, la femme en noir et les 2 enfants, nous nous sommes avancés vers Mère Bartholomea…

J’entrais dans la chapelle, la prière qui avait accompagné toute mon ascension se déployait.  

Un peu plus tard, assis devant Mère Bartholoméa, nous l’avons écoutée. Le bruissement doux de la végétation nous enserrait tendrement. Nous apercevions la vallée, le ciel était d’un bleu lumineux, papillons et insectes dansaient autour de nos visages attentifs. Douceur, paix.

Mère Bartholoméa évoquait le don précieux de la vie, le Christ/la Vie, la Foi, la prière, l’Amour infini pour nous du Père, la patience, le jeûne, l’Eglise… Elle nous a donné à chacun  une reproduction d’une icône de la Mère de Dieu et 5 bonbons : trois pour la Trinité, une pour la Mère de Dieu et une pour tous les saints. Nous avons tous accepté son offrande, simplement. Elle nous en a remerciés. Communion de cœurs …. « Béni le Seigneur ô mon âme »....

Au départ de chaque visiteur, Mère Bartholoméa sonne une cloche qui l’accompagne dans sa descente, son retour dans le monde.  

Un pèlerin 

Un voyage interieur

J’ai connu l’existence de ce pèlerinage par mon amie orthodoxe montpelliéraine George Louisia.

Ce pèlerinage fut pour moi l’occasion d’un voyage intérieur inespéré dans la profondeur presque mystique du lien de ce pays avec ma petite enfance. Celle d’une petite fille française, née en 1941 à Athènes, dont le papa avait été transféré professeur à l’institut français de Bucarest de 1941 à 1946, période difficile avec bombardements fréquents sur le pays, entre autres celui de l’opéra sous ses yeux, devenu depuis le Novotel à Bucarest. La petite fille que j’étais parlait roumain quand elle est revenue à Sète, la ville d’origine de son père en France, mais elle avait effacé toutes les images de ses souvenirs d’enfant certainement trop terribles pour être conservées.

Seulement deux jours passés à Bucarest: le 3 juillet et le 11/12 juillet, mais assez  pour retrouver les émotions de cette période d’histoire qui allait une fois de plus traumatiser ce peuple Roumain, qui a su rester malgré tout si attachant, parce qu’il a gardé son âme et sa culture!

Je ne pouvais trouver meilleur groupe pour m’accompagner dans cette découverte. Un merveilleux guide de 37 ans, Bogdan Grecu, avec deux autres membres d’AXIOS, avait programmé et organisé ce voyage pèlerinage. Il est roumain, très attache à son pays, attentif aux besoins de chacun, enthousiaste et véritable médiateur dans la diversité de notre groupe. 23 participants, tous orthodoxes sauf  3. Je suis moi-même catholique. La contagion amicale a opéré dès le 1er jour. Des liens forts se sont créés entre nous par la qualité d’attention portée par chacun d’entre nous aux autres. Le métropolite, Monseigneur Joseph était parmi nous, ainsi que l’archevêque français orthodoxe, Monseigneur Marc. Une véritable chance pour tous, avec aussi 5 prêtres et diacres mariés accompagnes par leurs femmes. J’ai été  frappée de la ferveur de ce groupe, sa foi, sa confiance en l’avenir. L’Irlande du Nord, les USA, et la France étaient représentés parmi les laïcs.

Dans un bus confortable et en toute sécurité, très confiants dans la compétence et le sérieux de notre chauffeur  roumain, nous avons fait une boucle de Bucarest à Drobeta avec croisière sur le Danube, en traversant le Nord de l’Olténie, reçus magnifiquement dans 11 monastères pour y coucher, y manger et y prier. Je me souviendrai toujours de la qualité de l’accueil reçu, des sourires resplendissants des moniales et des moines, d’une cuisine préparée avec amour, dans laquelle j’ai retrouvé avec délice les saveurs d’enfance: caviar fumé d’aubergines, salade de pommes de terre chaudes aux oignons, choux et poivrons farcis, purée de haricots blancs et toujours petite fine fruitée en début de repas si appréciée par le père Georges. Mon cœur a vibré à la beauté des divines Liturgies accompagnées de chants qui donnaient vie aux belles fresques et aux multiples icônes. Voir surgir les monastères et leurs chapelles, véritables bijoux fleuris, disséminés à travers les beaux paysages de forêts ou au bord du Danube tenait de l’émerveillement.

Autre point fort: les randonnées à pied ou en 4x4 pour atteindre les skites dans  la forêt près du monastère de Tismana. Et un moment de grâce : le repas si chaleureux en pleine forêt près du skite en construction de la Métropole, préparé par une famille roumaine et ses trois beaux enfants si attachants.

Un autre souvenir inoubliable, celui de la visite de la maison natale de Brancusi et de  la découverte de trois de ses sculptures a Târgu-Jiu: la table du silence, la porte du baiser, et sa colonne sans fin. L’exposition du Centre Pompidou que je viens de visiter à Paris complète l’hommage qu’on doit rendre a ce génie créateur.

J’ai surtout fait la rencontre de roumains et  de roumaines qui demeureront chers à mon cœur... Des enfants qui chantent et qui dansent... Et les lucioles qui étincellent...

Mireille Barlet, Montpellier, France

Les pèlerins AXIOS – 2011 (II)

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