Ajouté le: 9 Octobre 2011 L'heure: 15:14

Ta foi t'a sauve (Marc 10, 52) (II)

Le monde est enfoui dans l’ombre du péché, et du sein de cette ombre effrayante, seul le merveilleux Seigneur Jésus a bien voulu dire de lui-même : « Je suis la lumière du monde, celui qui me suit ne marchera pas dans l’ombre, mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8, 12) (…) Sans le merveilleux Seigneur Jésus, le monde est une obscurité peuplée de fantasmes. Les hommes privés du Christ ne nous paraissent-ils pas, quand vous les regardez avec les yeux du Christ, comme de terribles fantasmes ? Et les choses aussi ne vous paraissent-elles pas des ombres fantastiques, parmi lesquelles erre le monstre aveugle de la mort ? (…) Car celui qui marche sans le Christ au milieu de ce théâtre d’ombres qu’on appelle le monde, « ne sait où il va » (Jean 12, 35). Pour savoir où il va et quel est le chemin qui conduit de ce monde à l’autre, il faut que l’homme devienne fils de lumière. Comment ? Par la foi au Christ comme lumière de ce monde, parce que c’est par cette foi que l’homme lui-même est engendré de la lumière, et qu’il devient enfant de lumière, fils de la lumière (cf Jean 12, 36) 

St. Justin Popovitch, « L’homme et le Dieu-homme », Ed. L’Age d’Homme 

Ta foi t'a sauve (Marc 10, 52) (II)

La  foi est cette fonction vitale de l’âme qui permet à l’homme mortel de recevoir la lumière éternelle de Dieu, quels que soient son degré d’intelligence et son niveau d’instruction, fonction spirituelle comparable à cet égard à nos facultés visuelles: « L’œil est la lampe du corps. Si donc ton œil est en bon état, tout ton corps sera illuminé ; mais si ton œil est mauvais, tout ton corps sera dans les ténèbres » (Mt. 6, 22-23).

La lumière du Christ ne peut être vue avec nos yeux de chair, ni avec ceux de notre intelligence humaine, car elle n’est pas une idée, une théorie, une doctrine philosophique ou métaphysique, mais la vie même de notre esprit et de notre âme, qui englobe tous les aspects de notre existence – « Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn. 14, 6) – et qui ne peut être connue que par la foi : « la vie du corps c’est l’âme, et la vie de l’âme, la foi véritable » (St Tikhon de Zadonsk).

La foi réelle, vivante et source de vie, est avant tout une relation d’amour entre l’homme et Dieu et doit plonger ses racines dans notre cœur, car « ce qui n’existe pas dans le cœur, cela n’existe pas du tout » (St. Théophane le Reclus). Or tout au long de la journée, l’esprit et le cœur de l’homme moderne sont occupés par les choses de ce monde. A chaque instant surgit un nouveau souci, un nouveau désir, une nouvelle crainte, un nouvel objet de convoitise, un nouveau motif d’inquiétude, qui se succèdent sans arrêt et prennent entièrement possession de notre esprit et de notre âme : « L’objet qui a attiré notre attention se glisse aussitôt à l’intérieur, il s’empare du trône du Seigneur, il s’empare de notre cœur. (…) Nous sommes enclins à tomber amoureux des choses de ce monde » (Starets Thaddée – « Paix et joie dans le Saint Esprit »).

Ainsi, le mode de vie propre au monde moderne, où l’existence humaine a perdu son caractère sacré, tend à effacer la différence entre croyants et incroyants, qui vivent de la même manière, font les mêmes choses, s’intéressent aux même choses, désirent les mêmes choses, tout aussi attachés les uns que les autres à leur volonté propre et aux biens de ce monde, et tout aussi oublieux de Dieu et du salut de leur âme: « La foi est morte chez ceux qui s’appellent chrétiens mais ne vivent pas chrétiennement. (…)Tu sais que le mort n’entend pas, quoi qu’on lui dise ou qu’on lui ordonne. De même, celui qui est mort spirituellement n’entend pas la parole de Dieu et ne s’en soucie nullement, mais ne fait que la volonté de son cœur désireux de plaisirs. Un tel homme est mort devant Dieu, car il ne vit pas pour Lui, mais pour sa mauvaise volonté, puisqu’ il ne fait pas ce que Dieu veut et lui commande, mais ce que veut sa chair asservie aux passions ; il vit selon la volonté du péché, car il obéit au péché qui réside dans son cœur et auquel il se soumet. (…) Ainsi chaque homme vit soit pour le péché, soit pour Dieu » (St. Tikhon de Zadonsk – « Lettres spirituelles »).

De même que nul ne peut servir deux maîtres à la fois (Mt. 6, 24), « notre cœur ne peut s’attacher en même temps aux choses de ce monde et à Dieu. Quand nous dirigeons notre regard vers la terre, nous le détournons du ciel, quand nous nous dirigeons vers l’est, nous nous éloignons de l’ouest. De même, nous détournons notre cœur de Dieu lorsque nous aimons le monde ; et lorsque nous tournons notre cœur vers Dieu, nous nous éloignons du monde. Chacun de nous doit choisir l’un ou l’autre » (St. Tikhon de Zadonsk, ibid.)

Ce choix, qui engage l’ensemble de notre existence, nous devons le faire à chaque instant, car chacune de nos pensées, de nos décisions, de nos actions, nous est inspirée soit par l’esprit de ce monde – ma volonté propre, mes convoitises, mon égoïsme, mon orgueil, mes ambitions –, soit par l’Esprit de Dieu – la parole et le chemin du Christ. Celui qui choisit comme maître l’esprit de ce monde, sera perdant sur tous les plans: il n’aura ni les biens de ce monde – puisque tout ce qu’il possède lui sera ôté au moment de la mort –, ni les trésors du royaume des cieux (cf. Mt. 6, 20). Autrement dit, son véritable maître n’est ni lui-même, ni Dieu, ni l’homme de chair, ni l’homme spirituel, mais « celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne » (Mt. 10, 28). Bien au contraire, lorsqu’on choisit de suivre le chemin du Christ, on se met au service à la fois de Dieu et de l’homme, on travaille en même temps pour ce monde-ci et pour le royaume éternel, à la fois pour nos semblables et pour notre propre personne, car le Christ est venu dans ce monde pour sauver le monde, et Dieu s’est fait homme pour le salut de tous les hommes. Le monde n’est pas un but en soi, mais un moyen pour atteindre le seul but réel de notre existence terrestre, la vie éternelle : « Pour nous chrétiens, cette vie sur terre est une école où nous apprenons à nous assurer l’immortalité et la vie éternelle. Car de quelle utilité sera pour nous cette vie, si nous ne pouvons par elle acquérir la vie éternelle ? » (St. Justin Popovitch op. cit.).

Avoir la foi, c’est se souvenir à chaque instant, en toute circonstance et tout au long de notre existence que « le salut de l’âme, qui consiste en la vie éternelle, est plus précieux que le monde entier, et par conséquent la seule chose qui nous soit réellement nécessaire. C’est cette chose unique que nous devons rechercher sans trêve, et pour la chercher et la trouver, nous ne devons pas nous attacher aux biens de ce monde et à ses vanités. (…) Car l’homme n’a qu’un seul cœur, et lorsqu’il cherche les choses périssables, il oublie les éternelles ; (…) et lorsqu’il se tourne vers la vie éternelle, il ne se soucie plus des vanités de ce monde : l’une ou l’autre de ces deux tendances sera prédominante dans le cœur de l’homme » (St. Tikhon de Zadonsk op. cit.)

Ce n’est pas le monde qu’il nous faut quitter, mais notre attachement aux choses périssables de ce monde : « Nous devons coûte que coûte sortir du monde, non pas avec les jambes, mais avec notre cœur et nos pensées » (St. Tikhon de Zadonsk, ibid.)

Avoir la foi c’est placer au centre de notre cœur, de nos pensées et de notre existence la personne du Christ, de manière à rétablir le lien entre l’homme et Dieu, entre la terre et le ciel, entre ma volonté propre et la volonté de Dieu, qui sait mieux que moi ce qui est bon pour moi et utile pour le salut de mon âme : « C’est pourquoi dis toujours à ton âme : Celui qui me garde veille sur moi, et nulle créature ne peut venir devant moi que si elle en a reçu l’ordre d’en haut. (…) Dis-toi encore : Si c’est la volonté de mon Maître que les démons aient pouvoir sur sa créature, je ne puis que l’accepter, comme quelqu’un qui ne veut abolir la volonté de son Seigneur. Tu seras ainsi empli de joie jusque dans tes tentations, car tu sais et sens précisément que l’ordre du Maître te gouverne et te dirige. Porte donc dans ton cœur à te confier dans le Seigneur, et ne crains ni la terreur nocturne, ni la flèche qui vole le jour. Car il est dit que la foi du juste, la foi en Dieu, apprivoise les bêtes sauvages et les rends comme des brebis » (St. Isaac le Syrien – « Discours ascétiques »).

Lorsque « la présence de Dieu est un état constant de notre conscience » (Archimandrite Arsenie Papacioc), et que la foi nous accompagne partout et en toute circonstance, au même titre que la respiration et les battements du cœur, à ce moment-là, toutes nos pensées, nos activités, nos actions, même nos transgressions et nos péchés, seront sanctifiés, car nous auront confié à Dieu l’ensemble de notre personne et de notre existence : « Lorsque notre cœur est avec le Christ, alors tout ce que nous faisons est sanctifié ; il s’établit également un état permanent de calme intérieur, et un tel homme éprouve une véritable joie » (Païssios l’Agiorite – « Propos (I) »). Ainsi, toute chose bonne ou mauvaise qui nous arrive, nous devons savoir « la valoriser sur le plan spirituel », faute de quoi « c’est le diable qui s’en servira » (Païssios l’Agiorite, ibid.).

De même qu’un seul soleil éclaire tous les hommes et tout ce qui existe à la surface de la terre, de la même manière la foi illumine la totalité de l’existence humaine et constitue la réponse unique à toutes nos questions, nos incertitudes, nos inquiétudes, et à toutes les épreuves que nous serons amenés à traverser sur terre: « Vous aurez de l’affliction dans le monde; mais prenez courage, moi, j’ai vaincu le monde ». (Jean 16, 33).

Viorel Ştefăneanu, Paris

Ta foi t'a sauve (Marc 10, 52) (II)

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