Ajouté le: 10 Juin 2011 L'heure: 15:14

Mort, où est ta victoire ? (I Cor. 15, 55) (II)

« Ne vois-tu pas le divin Jésus qui fait ouvrir le tombeau ? C’est le Prince qui fait ouvrir la prison aux misérables captifs. Les corps morts qui sont enfermés dedans entendront un jour sa parole, et ils ressusciteront comme Lazare ; ils ressusciteront mieux que Lazare, parce qu’ils ressusciteront pour ne plus mourir, et que la mort, dit le Saint-Esprit, sera noyée dans l’abîme, pour ne plus jamais paraître : Et mors ultra non erit (La mort ne sera plus) (Apoc. 21, 4). Que crains-tu donc, âme chrétienne, dans l’approche de la mort ? Peut-être qu’en voyant tomber ta maison, tu appréhendes d’être sans retraite ? Mais écoute le divin Apôtre : Nous savons, dit-il (…), nous le savons très assurément et avec une entière certitude, que si cette maison de terre et de boue, dans laquelle nous habitons, est détruite, nous avons une autre maison qui nous est préparée au ciel (2 Cor. 5, 1) »

Bossuet – « Sermon sur la mort » 

Mort, où est ta victoire ? (I Cor. 15, 55) (II)

Dostoïevski (cité dans la première partie de cet article) avait vu juste en mettant sur un pied d’égalité le matérialisme et la mort. En effet, la matière sous toutes ses formes, vivantes ou inanimées, est soumise inexorablement à la dégradation, à la désagrégation, à la destruction, – loi universelle que les scientifiques appellent loi de l’entropie et qui ne connaît aucune exception. Affirmer la toute-puissance de la matière et sa suprématie sur l’esprit, c’est par conséquent affirmer la toute-puissance de la mort. Dans un univers où tout est soumis à l’usure du temps et à la décomposition finale, seule la mort demeure immuable, éternelle et toute puissante, à l’égal d’une divinité. Le matérialisme sous tous ses aspects – scientifique, philosophique, théorique ou pratique, militant ou passif, déclaré ou non, le plus souvent inconscient car inculqué insensiblement par l’éducation, les mœurs et les valeurs des sociétés modernes – est la religion des apparences, de tout ce qui est périssable, illusoire, éphémère et qui sera tôt ou tard anéanti, en d’autres termes, la religion de la mort. La peur de la mort règne dans le cœur de l’homme sans Dieu à la place du Christ ressuscité. Car, selon la vision matérialiste du monde, nous sommes nés dans un camp d’extermination de proportions planétaires, d’où aucun de nous ne sortira vivant ! Comment un Dieu que l’on dit bon, juste et miséricordieux pourrait-il provoquer ou permettre des catastrophes naturelles pouvant détruire en quelques minutes des milliers de vies humaines ? – la dernière en date étant, au moment où j’écris ces lignes, celle qui s’est abattue sur le Japon et a fait, selon les dernières estimations, plus de vingt-cinq mille morts. Et même si nous n’aurons à affronter ni tremblements de terre, ni tsunamis, ni catastrophes nucléaires, la vie de chacun de nous s’achèvera tôt ou tard par un désastre total, qui nous enlèvera tout ce que nous possédons, tout ce que nous aimons, y compris notre vie : « Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste. On jette enfin de la terre sur la tête et en voilà pour jamais » (Pascal – « Pensées »).

Les ennemis de Dieu semblent disposer là d’un argument définitif et inattaquable contre la foi chrétienne : comment peut-on croire à l’amour de Dieu pour ses créatures, à sa sagesse et à sa justice, alors que, avec ou sans catastrophes naturelles ou nucléaires, il nous extermine sans pitié, tous autant que nous sommes, à l’égal des mouches et des fourmis ?... La logique malade qui produit un tel jugement, est celle de l’homme de chair, qui ne connaît et ne veut admettre que les certitudes illusoires que lui procurent ses sens et son intelligence limitée, qui vient du monde et ne peut connaître que ce monde. C’est pourquoi « la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu » ( 1 Cor. 3, 19), et si Dieu nous envoie tout au long de notre existence terrestre toutes sortes d’épreuves et de souffrances, qui augmentent à mesure que nous approchons de la mort, c’est pour nous guérir de notre folie, qui est tout le contraire de la vérité du Christ, dont le royaume n’est pas de ce monde (Jn. 18, 36) : ce que nous appelons vie, n’est pas la vie, et ce que nous appelons mort, n’est pas la mort. En effet, l’existence de l’homme de chair n’est qu’un chemin, plus ou moins long, vers l’échafaud : « Qu’on s’imagine un nombre d’hommes dans les chaînes, et tous condamnés à la mort, dont les uns étant chaque jours égorgés à la vue des autres, ceux qui restent voient leur propre condition dans celle de leurs semblables, et, se regardant les uns les autres avec douleur et sans espérance attendent leur tour. C’est l’image de la condition des hommes » (Pascal – « Pensées »). C’est parce que nous sommes tous semblables à ces condamnés que « nos bonheurs terrestres ont un goût de mort » (Sœur Emmanuelle). Ce monde étant tombé, après la chute d’Adam, sous la domination du père du mensonge, notre vie terrestre est elle-même mensonge. C’est pourquoi « le bonheur que donne le monde est un malheur au point de vue spirituel » (Père Païssios l’Aghiorite).

De même que la vie de l’homme sans Dieu, n’est pas la vraie vie, puisqu’elle le conduit inexorablement à la mort, pour celui qui croit à la résurrection du Christ et suit Sa voie, la mort n’est pas la mort, mais bien au contraire, la naissance à la vraie vie, indestructible et immortelle, car elle ne vient pas de nos parents de chair, mais du Christ ressuscité et de notre Père éternel : « Mourir, ce n’est pas triste. Mourir, pour un chrétien, devrait être le plus beau jour de la vie. Lorsqu’on meurt, on tombe comme un enfant dans les bras de son père » (Sœur Emmanuelle).

Aussi, un chrétien qui craint la mort, n’est pas un véritable chrétien – et nous sommes tous, sans doute, à des degrés variables, ce chrétien imparfait ! Si notre foi en la Résurrection du Christ et la vie éternelle était totale, la mort serait définitivement vaincue et n’aurait plus aucun pouvoir sur nous. La peur de la mort est toujours le signe d’une foi imparfaite et nous fait connaître, au cas où nous les aurions oubliés, les liens, plus ou moins forts, qui nous attachent encore à ce monde, à notre corps mortel et à nos possessions et passions terrestres. Ainsi, la peur de la mort nous donne la mesure exacte de nos péchés, car « tout ce qui ne résulte pas de la foi est péché » (Rom. 14, 23), et constitue ainsi le péché suprême, qui englobe toutes nos autres transgressions, puisque la Résurrection du Christ est la vérité fondamentale sur laquelle repose l’ensemble de la foi et de la vie chrétienne : « Le Christ est mort, notre péché a été tué lui aussi. Le Christ a été enseveli : notre péché a été enterré aussi. Le Christ est ressuscité des morts : notre mort a été tuée elle aussi, comme le chante l’Eglise le jour des Saintes Pâques, lorsque nous célébrons la mort de la mort » (St. Tikhon de Zadonsk – « Sur les devoirs du chrétien envers lui-même »).

Si Dieu permet la disparition de milliers de vies humaines dans une catastrophe naturelle, et en fin de compte, la mort de tous les hommes, c’est pour la simple raison que la mort n’existe pas, puisque ce que nous appelons vie n’est pas la vie. Toute personne humaine est dotée d’une âme éternelle qu’aucun tremblement de terre, aucun tsunami, aucune catastrophe nucléaire ne peut détruire : « Qu’est-ce qui est fondamental chez l’homme, le corps ou l’âme ? C’est l’âme. Si l’âme est vivante, l’homme est vivant ; et lorsque les hommes meurent, qu’est-ce qui meurt, l’âme ou le corps ? Le corps, tandis que l’âme demeure vivante. Par conséquent ceux qui sont morts sont vivants » (St. Théophane le Reclus – « Sur la maladie et la mort »).

Le seul danger mortel qui menace notre âme ce sont nos péchés et notre alliance avec l’ennemi de Dieu : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne. Ne vend-on pas deux moineaux pour un sou ? Cependant il n’en tombe pas un à terre sans la volonté de votre Père. Et même les cheveux de votre tête sont comptés. Soyez sans crainte, vous valez plus que beaucoup de moineaux » (Mt. 10, 28-31).

L’esprit de ce monde, qui vient de l’homme de chair et se trouve, depuis la chute d’Adam, sous l’influence du malin, nous trompe lorsqu’il nous fait croire à la réalité de la mort. De même que les yeux d’une mouche voient le monde à la manière d’une mouche, les yeux de l’homme mortel, ne peuvent voir que les choses mortelles, et son esprit ne peut rien connaître au-delà de ses limites naturelles. La faible lueur de l’intelligence humaine ne pourra jamais égaler la lumière éternelle de la sagesse de Dieu, de sorte que la foi est le seul moyen de rétablir le lien vivant et permanent entre l’esprit de l’homme et l’Esprit de Dieu : « Autre est l’éclat du soleil, autre l’éclat de la lune, et autre l’éclat des étoiles (…) Ainsi en est-il de la résurrection des morts. Semé corruptible, on ressuscite incorruptible. Semé méprisable, on ressuscite glorieux. Semé plein de faiblesse, on ressuscite plein de force. Semé corps naturel, on ressuscite corps spirituel. (…) Voici, je vous dis un mystère : nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés (…) Il faut en effet que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité et que ce corps mortel revête l’immortalité » (1 Cor. 15, 41-55). Celui qui croit à la Résurrection du Christ et suit Sa voie, a déjà vaincu la mort et n’a plus à redouter quoi que ce soit : « Sois sans crainte, crois seulement » (Marc 5, 36).

Viorel Ştefăneanu, Paris

Mort, où est ta victoire ? (I Cor. 15, 55) (II)

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