Ajouté le: 10 Avril 2011 L'heure: 15:14

Ô mort où est ta victoire ? (I Cor. 15, 55) I

« Je l’ai souvent dit : « On doit mourir et ressusciter tous les jours ! Si tu ne sais pas mourir, n’aie aucun espoir en la résurrection. Ce n’est pas possible sans la croix (…) La grande erreur des gens dans le monde c’est de ne pas supporter la souffrance et de ne pas comprendre que c’est là la seule action, la seule activité, la seule expérience de vie pour combattre tout ce qui est mal, sous la domination du diable. Qui fuit l’adversité, fuit Dieu, dit Saint Théodore le Studite. (…) Car comment peux-tu attendre la Résurrection si tu fuis la Croix ? »

(Archimandrite Arsenie Papacioc – « L’Eternité cachée dans l’instant », Ed « Reîntregirea », Alba Iulia (Roumanie), 2008 ) 

Ô mort où est ta victoire ? (I Cor. 15, 55) I

La Résurrection du Christ est la vérité fondamentale sur laquelle repose la foi chrétienne, et notre propre résurrection est le but même de la vie chrétienne. Car « si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés, et ceux qui sont morts en Christ sont perdus. Si c’est dans cette vie seulement que nous espérons en Christ, nous sommes les plus malheureux des hommes. Mais maintenant, le Christ est ressuscité d’entre les morts, il est les prémices de ceux qui sont morts. Car puisque la mort est venue par un homme, c’est aussi par un homme qu’est venue la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, de même aussi, tous revivront en Christ » (I Cor. 15, 16-22).

Le Christ a vaincu la mort, mais il l’a fait en mourant sur la croix. Il nous a montré la voie du salut par sa propre personne – « je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn. 14, 6) –, et quiconque veut suivre son chemin ne peut le faire qu’à moitié et parvenir à la résurrection et à la vie éternelle sans parcourir les mêmes étapes que notre Sauveur : la souffrance, le chemin de croix, la mort : « La voie de Dieu est une croix quotidienne. Nul n’est jamais monté au ciel confortablement » (St. Isaac le Syrien – « Œuvres spirituelles »).

Comment comprendre cette vérité fondamentale – et apparemment paradoxale – de la foi chrétienne, selon laquelle il faut mourir pour vaincre la mort ? Avant d’aborder cette question, précisons tout de suite qu’il s’agit là d’un mystère impénétrable au moyen de la raison humaine, au même titre que Dieu lui-même qui ne peut être connu comme les choses de ce monde : « Dieu n’est pas ceci ou cela. Quand quelqu’un se figure qu’il a connu Dieu, et se représente quelque chose par là, il a sans doute connu quelque chose, seulement ce n’est pas Dieu » (Saint Denis, cité par Maître Eckhart – « Sermons »).

Lorsqu’on connaît – ou l’on croit connaître – parfaitement quelque chose, cette chose-là cesse de nous intéresser et nos rapports avec cet objet ou cette activité deviennent automatiques et impersonnels, de même que les centaines de gestes familiers que nous exécutons tous les jours de manière machinale, en pensant à autre chose: ouvrir un robinet, allumer une lampe, se brosser les dents, prendre le métro… De la même façon, notre esprit demeure indifférent et notre cœur insensible devant le miracle de la vie et de la Création, présent à chaque instant partout autour de nous. Les gens que nous croisons dans la rue, les moineaux, les pigeons, les arbres, les fleurs, les nuages, le soleil, la lune, et les autres éléments du décor habituel de notre vie de tous les jours, tout cela ne présente plus aucun intérêt et aucun mystère à nos yeux, car nous croyons savoir fort bien ce que sont les choses et les êtres qui nous entourent, et ce savoir illusoire nous rend la plupart du temps aveugles à la beauté et au mystère du monde. Toutes nos connaissances et nos sciences terrestres - qui réduisent la réalité à l’échelle de l’intelligence humaine, aussi insignifiante, face à l’infini, que celle d’une mouche ou d’une fourmi - reposent sur une illusion, qui consiste à mettre un trait d’égalité entre la connaissance que nous pouvons avoir d’un objet ou d’un être et l’objet ou l’être lui-même. Car nos moyens humains de connaissance sont aussi limités que notre esprit et nos perceptions, tandis que l’objet de cette connaissance, quel qu’il soit – un choux, un escargot, un chat, un flocon de neige, une galaxie – est illimité et inépuisable, du fait de son réseau de connexions avec l’ensemble de la Création et avec le Créateur lui-même, présent partout où quelque chose existe: « Car toute maison est construite par quelqu’un, mais celui qui a construit toutes choses, c’est Dieu » (Héb. 3, 4).

Ainsi une simple chaise, si on sait la regarder avec les yeux de notre esprit et de notre cœur, peut constituer une ouverture sur l’infini et un moyen de communiquer avec Dieu, au même titre qu’un objet sacré. En effet, le bois de cette chaise vient d’un arbre, qui a été produit par la terre, l’eau et le soleil, et façonné par la main de l’homme, en fonction d’un projet conçu par son esprit, qui est le reflet de l’Esprit de Dieu. Cette chaise contient par conséquent l’univers tout entier, à la fois matériel et spirituel, et il en est ainsi de toute chose qui existe, depuis les particules subatomiques jusqu’aux galaxies. L’Esprit de Dieu est présent partout et à chaque instant, de sorte que l’univers matériel tout entier est le temple de Dieu, de même que notre corps de chair : « Ne savez-vous pas que votre corps est le Temple du Saint Esprit, qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ? » (I Cor. 6, 19).

L’illusion de la connaissance – conséquence inévitable du péché d’Adam, qui a voulu égaler la sagesse de Dieu – entraîne la banalisation, l’indifférence, la routine et une relation machinale, robotisée, toute extérieure, avec le monde, avec nos semblables et même avec notre propre personne. C’est le moyen le plus aisé et le plus couramment employé par le malin pour tuer l’âme des choses et des êtres, ruse d’autant plus efficace et redoutable qu’elle passe inaperçue et revêt l’apparence du bien. Qui oserait, en effet, affirmer que dans le monde d’aujourd’hui, où la raison humaine et la science prétendent tout contrôler, tout régir, tout expliquer, tout résoudre, le savoir est devenu un instrument des forces du mal ? Jamais l’homme n’a été aussi instruit et savant qu’aujourd’hui, et jamais il n’a été aussi aveugle et égaré, mettant en danger la nature, la planète et sa propre espèce, quelquefois soucieux – il est vrai - de la sauvegarde des baleines ou des ours polaires, mais sans se soucier le moins du monde du salut de son âme.

Nous vivons dans le monde désacralisé, déshumanisé, sans espoir et sans âme, des vérités dites « scientifiques » – terme devenu de nos jours, dans la mentalité collective, synonyme de vérité absolue – , qui ne pouvant connaître que l’apparence matérielle des choses, ont érigé la matière au rang d’une divinité : « Qu’est-ce donc au fond que cette matière toute puissante ? C’est encore un Dieu créateur, mais dépouillé cette fois de son anthropomorphisme » (C.-G. Jung – « L’homme à la découverte de son âme »).

L’idolâtrie de la matière et de ses serviteurs – dont la vérité suprême est la mort – constitue un moyen privilégié des forces du mal – camouflé sous l’apparence séduisante des avantages matériels et techniques que cela nous procure –, pour détruire l’âme de l’homme – qui réside dans son cœur : « on pourrait dire que le cœur est un être à l’intérieur de l’être » (Arsenie Papacioc, op. cit.) –, et briser son lien vivant avec Dieu et avec la Vie elle-même, puisque Dieu est la source de toute vie : « La science, telle que nous l’entendons aujourd’hui, est la science mathématique de la nature qui fait abstraction de la sensibilité. Mais la science ne peut faire abstraction de la sensibilité que parce qu’elle fait d’abord abstraction de la vie, c’est celle-ci qu’elle rejette de sa thématique et que, procédant de la sorte, elle méconnaît totalement » (Michel Henry – « La Barbarie » – Ed. Grasset).

Conformément aux lois scientifiques, la Résurrection n’existe pas et ne saurait exister d’aucune façon, pour la simple raison qu’aux yeux de la science, l’âme humaine elle-même est inexistante, car on ne peut la mesurer, ni la peser, ni l’observer au microscope, ni la disséquer comme une grenouille…

Toutes les sciences matérialistes et les doctrines qui s’en inspirent, sont forcément réductionnistes – donc fausses –, dans la mesure où l’étude de la matière inerte et morte – détachées de leur principe spirituel et privées d’âme, même les créatures vivantes sont mortes aux yeux de la science – ne peut et ne pourra jamais fournir l’explication et la signification de la vie et de l’univers, de même que le fait d’observer au microscope la structure du papier et des caractères typographiques, ne pourra jamais nous livrer la signification et la nature réelle d’un livre : aux yeux des sciences de la matière, « Mein Kampf » et la Bible sont deux objets strictement identiques – sauf en ce qui concerne le nombre de pages…

L’idéologie matérialiste nous ment lorsqu’elle prétend être scientifique, car aucune science réelle ne peut être fondée uniquement sur l’étude de la matière, détachée de son principe spirituel, de même que la nature réelle d’un être humain ne peut être connue par la dissection d’un cadavre. Le matérialisme n’est en somme qu’une croyance de type religieux ; qui se place sous le signe satanique de la réduction de tout et de tous à leur apparence matérielle, derrière laquelle se cache – tel un dieu unique, tout puissant et éternel – la mort : « La doctrine des matérialistes : inertie universelle et mécanisme de la matière, c’est la mort » (F.M. Dostoïveski).

(A suivre)

Viorel Ştefăneanu

Ô mort où est ta victoire ? (I Cor. 15, 55) I

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