Ajouté le: 13 Mars 2011 L'heure: 15:14

Le lieu de spiritualité des roumains au Mont Athos le skite Prodromos (II)

Interview avec le Très-révérend Père Petroniu Tănase

Le lieu de spiritualité des roumains au Mont Athos le skite Prodromos (II)

‑ Père Petroniu, qu’est-ce que cela veut dire ne pas juger autrui?

‑ Les Saints Pères et toute l’Église considèrent le jugement d’autrui comme un grand péché. Pendant le saint Carême, aux offices, on dit la prière de Saint Éphrem le Syrien et cela durant toute la période du Carême, sauf le samedi et le dimanche. On la fait 8 à 9 fois et il est écrit dans nos Canons que le prêtre doit la prononcer en levant les mains et en faisant des métanies et des signes de croix. Cette prière s’achève avec les mots suivants: « Donne-moi, Seigneur, de connaître mes propres péchés et de ne pas juger mon frère ». On fait cette prière constamment tout au long du Carême. On dirait que Dieu nous garde des péchés lorsqu’on prie avec ardeur et que l’on nomme dans la prière les péchés les plus graves, c’est-à-dire le crime, la luxure, ceux que nous considérons comme très lourds. Pourtant Saint Éphrem ne mentionne pas ceux-là, mais il dit: « Donne-moi de connaître mes propres péchés et de ne pas juger mon frère ». Le jugement du prochain est un très grand péché. Les Saints Pères disent que l’on fait une grande erreur lorsque l’on juge les péchés, car à ce moment-là nous nous arrogeons le droit d’agir en tant que juge de notre frère, suivant nos propres critères. Or nous ne sommes pas à même de le faire et nous n’en avons pas non plus le droit. Ce n’est que Dieu, le Créateur de l’homme, qui a ce droit. C’est lui qui doit juger l’homme, et nous, en jugeant notre prochain, nous ne faisons qu’empiéter sur le droit de Dieu, qui est le juste Juge. Chaque être humain est fait à l’image de Dieu, chaque être humain est une entité unique dans ce monde depuis le début de l’humanité et jusqu’à la fin des temps. Jamais il n’y aura deux êtres humains tout à fait semblables. Les hommes ne peuvent pas créer des choses identiques. Par exemple, moi je reconnais un tableau de Grigorescu ou Tonitza grâce à certains traits, grâce au style personnel.

Nous avons le devoir de nous honorer et nous respecter les uns les autres

L’être humain est limité, ses actes sont limités également. Dieu est un Être infini, et son pouvoir créateur n’a pas de fin. Dieu crée dans l’unicité, et non pas dans la répétition; chaque être humain est une nouvelle création qui reflète quelque chose de la brillance et de l’infinité de Dieu. C’est pour cela que les Saints Pères disaient: « Tu as vu l’homme, tu as vu Dieu ». Voilà pourquoi dans les saintes icônes nous vénérons non pas le bois et les couleurs, mais celui qui y est représenté. De même, dans la rencontre avec un être humain, qui est l’image de Dieu, le respect que l’on montre à l’égard de l’être humain est renvoyé aussitôt à son Créateur. Nous devons nous honorer et nous respecter les uns les autres et nous n’avons aucun droit de juger notre prochain. Et quand on est en haut d’une hiérarchie et que l’on a des subalternes qui ne font pas parfois leur travail comme il faut, quelle est l’attitude à adopter? Le jugement implique une condamnation de l’autre. Si on attire l’attention poliment et respectueusement, comme un père qui guide son enfant, cela ne signifie pas juger, mais au contraire c’est quelque chose de nécessaire, d’utile et de naturel: c’est aimer l’homme et lui faire comprendre qu’il est en train de faire une erreur.

Soyons en quête du bonheur éternel

‑ À votre âge et à la lumière de votre expérience, quel serait le message que vous transmettriez aux jeunes d’aujourd’hui?  

‑ Il ne faut pas dire ça... Je n’ai aucun message, qui suis-je pour faire cela? Nous parlons entre nous et s’il y a des frères qui viennent chez nous et qui nous demandent des conseils, nous leur disons qu’il faut se souvenir toujours d’une chose: Dieu nous a fait le grand honneur de nous créer à Son image, en tant que créatures intelligentes, nobles et Il nous a destinés au bonheur éternel. Nous devons nous appliquer – c’est dans notre intérêt! – pour hériter du bonheur éternel de Dieu. Dans cette vie nous nous efforçons d’avoir une famille tranquille, de bonnes conditions de vie et la santé de notre corps et nous avons tendance à dire que nous avons trouvé le bonheur dans cette vie. Mais je me pose la question: est-ce que ceci est bien le bonheur absolu? Pas du tout! Dans la vie, on se heurte aux maladies, aux problèmes de toute sorte et puis, inévitablement, la mort arrive. Ainsi tout le bonheur terrestre arrive à sa fin. Si pour cet état de bonheur qui ne dure que quelques années, le temps de notre courte vie sur la terre, nous nous soucions à tel point, que fait-on pour notre bonheur éternel? Car nous savons que Dieu a fait en sorte que, une fois finie notre vie sur terre, nous commencions à vivre dans l’éternité. Et l’éternité peut être heureuse ou malheureuse, selon ce qu’on aura fait pour cela.  

Chacun se présentera devant Dieu avec la richesse de son âme

Saint Nicodème l’Hagiorite disait: « Dieu m’a destiné au royaume éternel et je dois me préparer tout au long de ma vie pour y entrer ». Qu’est-ce que je fais pour y entrer, car c’est là où je veux être, là où Dieu m’a préparé une place? Les saints étaient très soucieux: ils pensaient tout le temps à acquérir le royaume du Dieu et ce souci s’avérait parfois fatiguant car il leur brûlait le cœur.

Saint Pimène, sur son lit de mort, n’était pas rassuré et les disciples lui ont demandé: « Tu es toujours inquiet, père, après tout ce que tu as fait ? ». « J’ai fait ce que j’ai pu, mais comment est-ce que je peux être sur d’aller à Dieu ? » se souciait père Pimène. Les diables tentaient Saint Sisoès le Grand en lui disant: « Tu t’es débarrassé de nous ! ». Et il leur répondait: « Pas encore, je ne serai à l’abri qu’une fois arrivé au ciel ». Écoutons les Saints Pères qui nous rassurent: « Un peu d’effort et le repos sera éternel ». C’est ce que je dirais aux jeunes: ne cessez pas de penser au bonheur éternel! Il y a deux possibilités, tertium non datur (la troisième n’existe pas) : soit la vie éternelle pour ceux qui auront accompli la volonté de Dieu, soit le châtiment éternelle pour ceux qui n’auront pas fait la volonté de Dieu mais celle de l’ennemi. Ceux-ci seront accueillis par le diable, selon les écritures: « Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges » (Matthieu 25, 41). Chacun ira à Dieu, après la mort, avec ce qu’il a accumulé dans sa vie, avec les trésors de son âme, ses pensées, ses sentiments et ses actes.

‑ Merci infiniment, Père Petroniu, pour votre amour et votre compréhension

Stelian Gomboş

Le lieu de spiritualité des roumains au Mont Athos le skite Prodromos (II)

Les dernières Nouvelles
mises-à-jour deux fois par semaine

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale

Le site internet www.apostolia.eu est financé par le gouvernement roumain, par le Departement pour les roumains à l'étranger