publicat in Varia pe 7 Décembre 2010, 11:07
J’essaie de me rappeler quand est‑ce que j’ai appris pour la première fois l’existence de Saint Nicolas, mais je n’y arrive pas...J’étais trop jeune, une petite fille, je sais seulement que je lui écrivais des lettres sur des feuilles plus colorées les unes que les autres, avec des crayons et des feutres et je dessinais son visage tel que je l’imaginais à cette époque‑là. Je crois ne l’avoir jamais vu, en revanche il passait chez moi tous les ans, qu’il soit riche ou pauvre, que je fusse plus ou moins sage, il passait. L’émotion extraordinaire avec laquelle je nettoyais mes bottes, la douceur de mes demandes secrètes la nuit de Saint Nicolas, mon impatience d’enfant, mes pensées un peu coupables, l’aveu devant son icône de péchés sans péché, fait par une petite fille innocente et naïve, le frissonnement de mes apprêts quand de tous mes souhaits j’en faisais un seul pour ne l’avouer qu’à lui, sincèrement tout cela me manque... Et il venait... Il venait chaque année, mais sans trop me gâter avec ses cadeaux.
Vous vous demandez peut être pourquoi je n’avais pas choisi le Père Noël pour lui demander des tas de cadeaux, il était peut‑être plus riche lui. Je ne voyais pas les choses comme cela à cette époque‑là, mais maintenant il m’apparaît clairement que l’on est en train de laisser remplacer un Saint, protecteur des enfants et du monde, par une image fabriquée dans les laboratoires américains de Coca‑Cola, par un vieux bonhomme tout habillé de rouge qui savoure la boisson fraîche dans des verres de la marque coca‑cola et qui nous le montre de manière ostentatoire dans des pubs très profitables. On n’est plus enfants, on grandit et nos attentes s’accroissent elles aussi; on n’attend plus un Saint Nicolas des bonbons et des joujoux, on ne lui écris plus comme on le faisait jadis; en grandissant, on a tendance à ne plus croire en lui...Maintenant c’est le Père Noël que l’on attend, en espérant qu’il soit plus généreux. Nous oublions trop vite l’enfance et, une fois adultes, nous voudrions pouvoir être à nouveau enfants, nous nous oublions nous mêmes, nous ne sommes pas sages et nous ne voulions que recevoir sans rien faire à notre tour. Nous exigeons désespérément et nous pleurons pour avoir ce qui est à nous! Nous en avons marre de nous mêmes, nous voulons être des grands, nous voulons faire de l’argent, nous tombons malades en l’essayant et puis nous demandons à Dieu qu’Il nous rende notre santé. Nous levons nos yeux vers le Ciel mais ce n’est que pour savoir s’il faut prévoir un parapluie ce jour‑là... Nous travaillons tous, mais seulement physiquement, et la récompense est la même.
« Père » Nicolas, lui, n’a besoin de rien, ni de vos promesses, ni de vos poèmes appris par cœur; il suffit que vous pensiez à lui, que vous fassiez un vœu et que vous fassiez le signe de la croix devant son icône. Il est plus vivant et plus réel que n’importe quel vieux bonhomme qui descend par la cheminée ou qui est téléporté dans son traineau tiré par des rennes. Sa fête est bien simple et sans prétention, elle ne se mesure pas en quantités de cadeaux, en jouets sophistiqués ou en vêtements de marque, il suffit d’un geste, d’un câlin, d’une part de cozonac tout chaud... On ne voit pas le saint, il ne se montre pas, il agit secrètement, il est le protecteur de la maison, de tout ce qui est beau et innocent. Il n’a nullement besoin de promos dans les grandes surfaces, son nom n’est pas utilisé dans des marchés profitables. Il est bien là où il est, discret et à l’abri sur le mur d’une église d’où il illumine le monde entier, toujours présent sans se soucier des âges et des temps. Pourquoi le Père Noël ne continue‑t‑il pas son business en été? Sur les bouteilles de Coca‑Cola? Ou au printemps, ou bien en automne? Il vient seulement en hiver, lors des promotions de Noël, pour un jour… Je l’appellerais l’administrateur des bonheurs d’un jour…
C’est tout à fait évident que nous avons tous au plus profond de nous mêmes une âme d’enfant. Finalement l’âge est sans importance, ce n’est qu’un chiffre sur un papier d’identité, ce qui compte réellement c’est qui on choisit comme protecteur de notre âme d’enfant. Il faudra donc apprendre non seulement à nettoyer nos petites bottes mais aussi à purifier nos âmes, car le cadeau de Saint Nicolas est avant tout un rayon d’espoir, de joie et de foi en Dieu.
Dieu, bénis nous tous et notamment aujourd’hui tous ceux qui portent le nom de saint Nicolas!