Ajouté le: 12 Octobre 2010 L'heure: 15:14

Sur le mariage et les enfants

Iere partie de l’interview de Sœur Magdalen de la Communauté Saint Jean Baptiste, en Essex, Grande Bretagne, Dublin, 24 janvier 2010, à la fin du congrès de Nepsis en Irlande

 

Sur le mariage et  les enfants

Sr Magdalen,  nous venons d’avoir cette rencontre de jeunes à Dublin sur le sujet « Le jeune Chrétien aujourd’hui ». Nous avons parlé des divers aspects de la vie des jeunes dans l’Eglise, en commençant par l’enfance jusqu’à la maturité. Pensez-vous qu’il soit important pour un jeune d’être à l’Eglise ?

L’Eglise Orthodoxe traite chacun de ses membres, quel que soit son âge, comme membre à part entière de l’Eglise. Les jeunes ne sont pas le futur de l’Eglise ; ils sont dans l’Eglise maintenant. Même bébés ils ont une contribution à donner, comme d’un autre côté, ils   reçoivent à leur profit, dès leur jeune âge. Une fois que quelqu’un est baptisé, sa présence à la Liturgie est une part essentielle de la Liturgie ; il y a quelque chose de faux lorsque tous les  membres de la communauté ne participent pas à l’office communautaire. Les seuls excusés sont ceux qui, comme la Liturgie de St.Basile le dit : « sont absents pour des motifs raisonnables ». Ainsi, la réponse à votre question est claire : « oui ».

Mais que faire alors, quand les enfants font des dégâts pendant les offices, courent alentour et crient ? Devons-nous les isoler ou devons-nous mettre les familles avec enfants dans un lieu à part et les laisser rejoindre l’assemblée des fidèles seulement au moment de la Communion ?

Je pense que la Liturgie est pour chacun et je ne pense pas que ce soit une bonne idée d’avoir des Liturgies pour enfants. La Liturgie est pour les baptisés, quelle que soit leur habilité ou inhabilité. La Liturgie est pour la personne dans son entier, ainsi, si quelqu’un est sourd, il ne peut rien entendre mais il peut voir et sentir (odorat) et goûter et toucher. Les enfants ne peuvent comprendre et suivre toute la Liturgie intellectuellement ou verbalement, mais ils peuvent bénéficier de leur présence à l’église, et recevoir les impressions au travers des diverses parties de leur être, sauf en ce qui concerne l’entendement encore non développé, et nous ne devrions pas les en priver. D’autre part, nous ne devrions pas sacrifier en permanence la prière des autres en faveur de ceux qui sont bruyants, et donc, il est normal que nous demandions aux parents de sortir avec les bébés quand ceux-ci le sont jusqu’à ce qu’ils se soient calmés, et alors de les ramener ; ou de ne pas imposer à de petits enfants remuants de rester tranquilles pendant trois heures. Quelquefois dans notre monastère, ils arrivent même un peu en retard à l’église avec les petits enfants. Je pense que chaque communauté se doit de décider sur le principe. Si on se met d’accord, alors on peut se partager la garde d’enfant de manière à ce que les parents d’enfants bruyants ne doivent pas manquer tous les services pendant des années, et que chacun soit en paix quant à ce que la communauté fait, que ce soit un arrangement qui permette aux enfants bruyants d’être à l’église, ou , comme celui que nous avons au monastère, qui demande aux parents de sortir de l’église avec leurs enfants. L’avantage du second arrangement est que, lorsque les enfants sont plus grands, les parents auront un culte sans interruption.

Pensez-vous que ce soit une bonne idée, afin de maintenir les enfants tranquilles, de leur donner un livre à colorier ou de quoi dessiner pendant la Liturgie jusqu’au moment où ils recevront la Communion ?

Je ne désire pas entrer en polémique à ce sujet si les gens pensent autrement. Je connais des parents qui donnent de quoi dessiner à leurs enfants mais je préfère l’idée d’un livre à regarder touchant à l’Eglise : par exemple, des reproductions d’icônes ou des évènements propres à l’office ; et même s’ils lisent un livre d’histoires, que ce soit quelque chose en rapport avec la Bible ou la vie des Saints. S’ils dessinent, ils sont actifs mais d’une manière qui n’est pas vraiment liturgique ; s’ils lisent ou regardent, ils peuvent l’être d’une manière qui ne distraie pas pour autant leur attention de ce qui se passe. C’est mon avis ; je ne donnerais pas de quoi dessiner à un enfant.

Pour continuer avec l’âge le plus problématique…ce n’est pas toujours facile d’amener des adolescents à l’Eglise. Les parents le sentent mais aussi les jeunes dans leur vingtaine et trentaine, qui sont membres de l’Eglise, qui ont dépassé les difficultés de cet âge et qui travaillent maintenant avec des ados. Ils se sentent quelque part impuissants quand ils essaient de conduire les ados à la conviction que c’est important pour eux d’être à l’Eglise, de faire partie du Corps du Christ. Y-a-t-il une barrière que vous connaissiez pour leurs âmes et que nous pourrions tenter d’ouvrir avec délicatesse ?

Je pense qu’une partie du problème devrait être envisagée avant que ces questions ne surgissent. Je discute avec les enfants de 10-11 ans du fait que les adolescents sont tentés et de quelles tentations il s’agit ; de ce que signifie de ne pas avoir envie d’aller à l’église, ou de dire ses prières, mais que pourtant on continue à les dire. Je pense aussi qu’il est important que les ados aient déjà la compréhension que, quels que nous soyons, nous allons vers le Christ. Nous ne mettons pas un masque de piété pour aller vers le Christ. Ce qui signifie que la leçon au sujet d’aller à l’église soit donnée seulement si la semence tombe dans de la bonne terre. Si vous dites à un adolescent rebelle qui ne s’identifie pas comme Orthodoxe que c’est essentiel pour sa relation à Dieu de fréquenter l’Eglise, il pensera : « Bon, si c’est ainsi que Dieu est, alors je ne sens pas que je Lui appartiens et je fais tout aussi bien de renoncer à Dieu tout à fait. » Parfois, dans de tels cas, la chose la plus importante est de rassurer cet enfant, de lui dire qu’il est toujours aimé, qu’il est toujours membre de l’Eglise, qu’il peut prier sincèrement tel qu’il est, que sa prière est toujours acceptable par Dieu et nécessaire au monde. Parfois je me surprends à dire aux enfants : ‘’Parfois nous n’avons pas envie d’aller à l’église et nous y allons et disons : « O Seigneur, je m’ennuie à l’église, mais je désire vraiment Te connaître », et d’autre choses semblables, pour qu’ils puissent sentir qu’ils sont capables d’être eux-mêmes, même la part d’eux-mêmes qui n’est pas très pieuse, parce qu’il arrive que les adultes et même les catéchètes, aient en vue un adolescent idéal dans lequel ils essaient de façonner cet adolescent – qui‑ne‑l’-est-pas. Alors la question de l’identité personnelle fait obstacle à la foi tandis qu’en réalité, la question d’identité personnelle devrait être enseignée comme quelque chose qui se développe par la foi ; c’est l’approche que j’essaie d’avoir avec les ados. Naturellement, je n’entre pas en contact avec les adolescents qui ne viennent pas à l’église, mais j’encourage vraiment ceux qui sont en contact avec eux à les encourager mais non à les forcer. C’est mieux même d’attendre des années pour que ce soit volontaire, parce que si c’est forcé, il peut arriver qu’ils viennent avec un cœur plus fermé, et trouvent  plus de raisons encore de justifier leur absence, et aussitôt qu’il sont indépendants – disons, vont au collège dans une autre ville – arrêtent complètement d’aller à l’église d’une manière encore plus déterminée.

Parfois, nous rencontrons des adolescents qui disent : « Je sais que Dieu m’aime parce que c’est un bon type, mais aller à l’église n’est pas drôle, et j’aime mieux faire autre chose ».

Oui, je rencontre cela et l’idée que c’est ennuyeux d’aller à l’église. Je dis : « Oui, c’est ennuyeux si tu ne pries pas. Si tu pries, même à ta manière, il y a un intérêt parce que cette prière est unique, personne d’autre que toi peut avoir l’expérience que tu as, comme quand je dis que manger est ennuyeux si tu n’as  pas d’appétit ou sortir avec tes amis est embêtant si ton cœur est froid. » Ainsi nous devons nous regarder nous-mêmes et décider si j’ai perdu mon appétit spirituel et si c’est un manque chez moi et non un signe de plus grand accomplissement et liberté, mais un signe que la dimension spirituelle en moi est gelée.

Une autre raison invoquée par les jeunes pour ne pas aller à l’église est qu’on va toujours leur dire « Ne fais pas ci, ne fais pas ça », quand il est si excitant d’aller aux concerts, d’essayer la drogue, et d’explorer sa sexualité. Ils disent « la vie doit être vécue, on doit en jouir et l’Eglise semble y mettre des obstacles ».

Oui, il est vrai, je rencontre cela et je pense à nouveau qu’il s’agit d’un domaine où la  prévention est meilleure que le remède : comment la vie ecclésiale a-t-elle été vécue à la maison ? Comment les loisirs mondains ont-ils été approchés depuis l’enfance ? Comment le catéchisme a-t-il expliqué l’amusement ? Comment les questions morales ont-elles été présentées ? Parce que le message le plus important de la Chrétienté est un message positif, et que simplement interdire quelques amusements dangereux ne va pas faire croître la relation de l’enfant avec Dieu, et peut même l’affaiblir. Pour des raisons pastorales ou, comme nous pourrions le dire, « par eikonomia », il peut même y avoir des temps où il vaut mieux ne pas empêcher activement un enfant de faire de mauvaises expériences, afin qu’il puisse expérimenter sa liberté, et en attendant, nous continuons à prier. C’est, bien sûr, plutôt une chose risquée, mais c’est aussi bien hasardeux de présenter le Christ comme un policier négatif. En ce qui concerne les choses qui sont dangereuses, telles la promiscuité et les drogues, rendre un culte dans une mosquée et autres choses semblables, c’est l’expérience qui a montré combien elles le sont. Avez-vous besoin d’essayer de sauter dans le feu pour trouver par vous-même qu’il vous brûle ? Mais à nouveau, c’est beaucoup plus facile d’expliquer ces dangers avant que l’enfant ne soit tenté. J’explique aux enfants de onze ans, les risques éventuels d’une relation avec l’autre sexe. J’explique aux enfants de dix ans les différentes religions, je leur montre comme la liberté personnelle signifie tenir pour quelque chose et non juste céder à tout, et que l’on est plus adulte et indépendant si l’on est capable de dire « non » à ses amis, plutôt que de faire semblant d’être adulte en se battant contre ses parents et de faire juste ce que ses amis désirent pour avoir l’air décontracté devant eux. Ce n’est pas un signe de maturité. Mais à nouveau, ces choses sont plus faciles à dire avant que la tentation n’ait déjà embrouillé la personne. Une fois qu’ils sont pris dans une relation ou qu’ils s’y sentent pris, c’est difficile…

Pourriez-vous dire quelque chose sur la manière de parler aux jeunes du mariage, spécialement de la pureté avant le mariage ?

C’est important de parler de l’amour conjugal d’une manière positive et orthodoxe. Il s’agit de personnes qui veulent être unies, et le lien de la relation sexuelle est si fort qu’ils deviennent « une seule chair ». Ils partagent tout ensemble. Cela implique une relation unique : non une suite de relations, mais un engagement pour la vie, pour partager même toutes les difficultés quelles qu’elles puissent arriver. Autrement c’est comme un feu en dehors de la cheminée, si vous vous lancez dans une relation à part entière alors que votre engagement n’est que temporaire. Les  Pères orthodoxes, au contraire d’Augustin, reconnaissent que l’amour conjugal n’est pas simplement pour la procréation (après tout , il n’aboutit pas toujours à la conception d’un enfant et il y a des couples qui n’ont pas d’enfants), mais sert aussi à unir le mari et la femme. Mais cela n’implique pas que les gens non mariés peuvent avoir une pleine relation sexuelle juste parce que tous deux la désirent.

Mais ils peuvent dire, comme la plupart des bonnes personnes qui croient dans les valeurs humaines : « oui, nous nous sommes engagés à vivre toute notre vie  ensemble, dans la fidélité l’un à l’autre. Pourquoi avons-nous besoin de nous marier à l’église ? »…

La manière dont le Christ Lui-même a parlé de cette relation, et aussi St Paul, est claire : cette relation unit deux vies en une, ainsi avoir cette relation avec une personne est certainement, même en dehors du mariage, moins dangereuse que d’avoir beaucoup de partenaires. Parce que si, comme nous le disons en Anglais, vous « couchez à droite et à gauche », vous devenez un avec beaucoup de gens et vous perdez votre intégrité. Il est bon d’expliquer la chasteté en termes d’intégrité, comme le mot russe et grec le montrent : tselomudrie, sophrosyne,  « intégrité d’esprit et de conscience ». Relativement parlant, il est moins dangereux d’être déjà engagé à partager sa vie entière avec une seule personne, même hors mariage. Mais l’Eglise ne considère le mariage pas seulement comme un acte d’engagement humain mais comme un sacrement, et à nouveau, nous avons à enseigner ce sacrement d’une manière orthodoxe et non d’une manière chrétienne occidentale : ce n’est pas simplement un engagement que le couple veut être béni par Dieu, c’est une union par Dieu. le Seigneur dit : « Que l’homme ne sépare pas ceux que Dieu a unis », et ils sont unis par Dieu seulement s’ils participent au sacrement du mariage. De cette manière, les enfants à naître commencent leur vie sous la bénédiction de Dieu et non d’une manière qui les privent de cette grâce. Donc, les jeunes couples ne devraient pas jouer avec leurs vies et penser qu’ils peuvent faire sans Dieu, et plus encore, ils n’ont pas le droit de priver un enfant de commencer sa vie en étant issu de parents qui ont été couronnés par la grâce de Dieu.

Ceci, dans le cas d’un couple qui veut vivre ensemble et désire des enfants. Mais il y a des couples de nos jours qui ne désirent pas d’enfants et qui pourraient très bien dire : « Si nous privons quelqu’un de la grâce que vous dites que l’Eglise donne, alors nous n’en privons que nous-mêmes. Et nous sommes libres de le faire. »

Je préfère ne pas parler de cette question de contraception et ainsi de suite. Ceux qui prennent le chemin que vous décrivez sont comme des gens qui nient qu’ils sont malades  et se sentent satisfaits de ne pas avoir de médicament. Nous ne pouvons les forcer à se marier à l’Eglise, mais ils se privent en réalité eux-mêmes d’une manière dramatique. Et la seule chose à laquelle je puisse penser pour encourager à se marier, est bien enseigner au sujet du  mariage et montrer  les bons exemples de mariage heureux.

D’autre part, il y a des gens dans l’Eglise qui considèrent le mariage religieux comme une espèce de « bénédiction du sexe » : totale abstinence avant, tout permis après. Et alors, l’aspect physique du mariage de la relation prend le dessus, comme un volcan, et cela conduit à de sérieux déséquilibres, même à la désintégration du couple…

La solution est de ne pas avoir de pratique sexuelle avant le mariage. La solution est de se marier d’une manière orthodoxe et de vivre une vie mariée orthodoxe, dans laquelle, même s’il y a un risque de passion, il y a aussi chez les couples mariés, de l’abstinence, et une conduite spirituelle, et une vie spirituelle vécue ensemble qui devraient accroître la part de l’amour au prix de toute concupiscence destructive.

Interview de Bogdan Grecu,
traduction d’Anne Monney

Sur le mariage et les enfants

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