publicat in Les camps MOREOM pe 12 Septembre 2010, 13:45
On est samedi soir, deuxième jour de colonie.
Valentin, un garçon de 9 ans, vient de se confesser auprès du père spirituel. Il prend place sur un banc, à côté d’un des animateurs et après deux minutes de conversation à propos de la journée qui vient de passer, il dit soudainement:
-Tu sais, je ne cesse pas d’y penser... comment c’est au Paradis?
-Valentin, c’est difficile de dire.
-Je pense que le Paradis est tellement... beau, on ne peut même pas l’imaginer...
Il reste un peu méditatif et puis il demande:
-Mais, en enfer c’est comment? Je prie Dieu que personne n’y aille, mais je ne peux pas m’empêcher de m’interroger... Mon père m’a dit que là-bas il y aurait des endroits sombres et du feu qui brûle...
-Valentin, est-ce que tu t’es déjà retrouvé tout seul à la maison un jour?
-Oui.
-C’était comment?
-Très ennuyeux! Je sentais comme si quelque chose pesait lourd sur moi, j’aurais beaucoup aimé que quelqu’un soit avec moi, j’étais triste d’être tout seul...
-Tu vois, Valentin, le noir de l’enfer c’est comme cet ennui d’être seul et le feu qui brûle est, en quelque sorte, cette tristesse qui t’envahit lorsque tu te retrouves seul.
-Haaa!... je pense avoir compris!
Après un moment de silence il voit le père qui avait fini d’écouter les confessions des enfants et parlait avec les animateurs:
-Voilà le père, je vais lui poser la question. Et s’il n’a pas de réponse à me donner?... J’y vais quand même...
Il courut joindre le père et:
-Père, c’est comment au Paradis?
-Valentin, nous n’en savons pas grand-chose, mais certains gens saints parlent d’une lumière qui nous embrassera entièrement, avec beaucoup d’amour. Non pas une lumière aveuglante, mais une lumière douce, tendre...
Cet été notre Métropole a organisé pour la cinquième année successive la Colonie de Tradition et Spiritualité Orthodoxe, dédiée aux enfants et aux adolescents. Pour la première fois il y a eu deux séries qui se sont déroulées en parallèle, dans des locations différentes: au Centre de vacances et loisirs Saint Nicodème, près du Monastère de Tismana, du 16 au 26 juillet et au Séminaire de Théologie Veniamin Costachi, près du Monastère de Neamţ, du 23 juillet au 02 août.
Apparemment, les deux séries ont été très différentes l’une de l’autre. À Neamţ il y a eu 80 participants, la plupart d’eux rattachés à la Métropole d’Europe Occidentale et Méridionale, dont plus de 50 provenaient des paroisses de Romainville (France) et de Lisbonne (Portugal), en raison du soutien que les deux recteurs de paroisse, respectivement Mircea Filip et Marius Pop, accordent à cette activité missionnaire.
C’est aussi réjouissant que l’équipe d’animateurs formée dans les éditions précédentes soit revenue. En plus nous avons assisté au premier « changement de statut », Benedict, ancien participant aux colonies, en tant qu’enfant, est revenu cette année du côté des animateurs.
À Tismana il y a eu seulement 40 enfants, provenant majoritairement de Roumanie, desquels seulement 15 enfants, malheureusement, des pays rattachés à la Métropole d’Europe Occidentale et Méridionale. Par contre, l’équipe d’animateurs a été inédite, composée de gens très expérimentés, la plupart d’entre eux prenant part pour la première fois à cet événement. L’expérience de Gabriela Pipirig (animatrice pour la cinquième année et le moteur du projet en Roumanie, sans laquelle cet événement n’aurait pas pu être organisé) et le tact du père Iulian Nistea, le directeur de la colonie, ont soudé l’équipe.
Communs aux deux séries ont été l’esprit dans lequel elles se sont déroulées, le programme éducatif spécialement conçu – les enfants ont appris à peindre des icônes, à confectionner différents objets d’artisanat pendant les divers ateliers quotidiens, ils ont mis en valeur leur talent à l’atelier de théâtre, ils ont appris des chants sacrés et des chansons de feu de camp – l’amitié liée entre les enfants et les animateurs, les activités sportives, les excursions et les promenades, les jeux, les questions sur la vie et les discussions très enrichissantes dans les soirées agréables d’été, la joie et le feu de camp.
Le fragment de conversation restitué quelques lignes plus haut n’est qu’un petit exemple parmi beaucoup d’autres à travers lesquels les enfants nous ont fait prendre conscience de leur intérêt, de leur réceptivité et de leur soif de communication, de la lumière de leur âme. Bien sûr, tous les participants n’ont pas posé seulement des questions liées strictement à la foi. Certains adolescents ont souhaité parler de l’amitié, des relations avec les parents ou des relations entre les filles et les garçons. Les animateurs n’ont pas reculé devant de tels sujets et les prêtres présents ont offert, à leur tour, avec discrétion, leurs conseils.
Il est difficile pour quelqu’un qui n’a pas eu de contact personnel avec les participants ou avec les personnes impliquées dans l’organisation, de se rendre compte du rôle extrêmement bénéfique de cette colonie d’été. C’est une occasion pour les enfants d’expérimenter, en plus de la multitude de belles choses qu’ils y apprennent, l’appartenance à l’église d’une manière différente de celle qu’ils expérimentent dans leur paroisse ou dans leur famille.
Tout comme dans les paroisses, où les communautés sont constituées, en général, non pas de saints, mais de gens ordinaires – chacun avec ses propres besoins et avec sa propre quête – dans ces colonies trouvent leur place des enfants venus des familles pratiquantes, mais également des enfants qui n’ont reçu aucune éducation religieuse en famille (mais dont les parents font confiance à l’éducation et à la protection que l’Église leur offre). Venus de pays et de contextes sociaux divers, les enfants vivent dans ces colonies MOREOM une vraie rencontre à travers laquelle ils découvrent ce qui les unit, mais aussi ce qui les rend uniques, ils se découvrent eux-mêmes. Et tout comme ceux qui « vivant en communion et en amitié sont agréables et réjouissent Dieu1 », les enfants font l’expérience de la communion et c’est notamment cette communion qui les fortifie et qui leur ouvre le cœur vers le Seigneur Jésus Christ, Celui qui veut nous compter tous, chacun d’entre nous, parmi Ses amis2.
Bogdan Grecu (animateur), Belfast
Notes :
1. St Jean Chrysostome.
2. Jean 15, 15.