publicat in Parole de l'Évangile pe 8 Mai 2010, 02:34
4e dimanche de Pâques (Jn 5/1-15)
Si les trois premiers dimanches de Pâques sont centrés sur la Résurrection du Christ, comme il est normal, les trois derniers sont centrés sur l’eau1, parce que l’Eglise nous prépare à la Pentecôte, l’eau étant l’un des grands symboles de l’Esprit-Saint.Le miracle d’aujourd’hui est relaté uniquement par St Jean.
Le Seigneur est au début de Sa vie publique et Il « monte à Jérusalem » pour une fête juive, qui est probablement celle de Pâques. Lorsqu’on arrive à Jérusalem par le Nord, en venant de Galilée, la voie qui conduit au Temple passe à côté d’un grand réservoir d’eau appelé « piscine probatique », c’est-à-dire la piscine des brebis2 , qui se trouve juste au Nord du Temple, au lieu dit « Bethesda »3.
Le Christ ne passe jamais dans un lieu par hasard : Il est passé là où il y avait de la souffrance humaine et un désir de guérison. Cette piscine était en effet célèbre parce que ses eaux étaient réputées thérapeutiques et elle était entourée de « 5 portiques », une construction imposante reposant sur des colonnes, qui constituait une immense halle permettant d’abriter du soleil (ou de la pluie) de très nombreuses personnes. Sous cet auvent il y avait une foule de malades qui espéraient être guéris. St Jean nous explique comment cela se passait : de temps en temps, périodiquement, les eaux « bouillonnaient » parce qu’un ange de Dieu y descendait et le premier qui parvenait à se plonger dans cette eau vive était guéri « quelle que fût sa maladie ». C’était un lieu de guérisons miraculeuses, comme il y en avait un certain nombre dans l’Empire romain et dans le monde antique. Il est intéressant de noter que l’explication donnée par St Jean vient évidemment du Christ Lui-même. Le Seigneur nous révèle le travail angélique : les anges, serviteurs et messagers de Dieu, sont à l’œuvre constamment dans le monde. Comme leur Seigneur et Maître, la Divine Trinité, ils ne cessent pas d’œuvrer. Ici, en l’occurrence, leur action est thérapeutique. Le fait est intéressant aussi par rapport à la Pentecôte : de l’eau qui, en principe, est stagnante, puisqu’elle ne se trouve pas dans un fleuve, et qui se met à bouillonner subitement, est une eau agitée par de l’air, c’est-à-dire une eau vive. Ce sont deux symboles du Saint-Esprit, parce que l’air et l’eau sont insaisissables, comme l’Esprit, et qu’ils sont vitaux, comme l’Esprit qui donne la vie. C’est d’ailleurs l’expression même utilisée par le Christ pour annoncer l’Esprit-Saint lorsqu’il parle avec la Samaritaine4. L’Esprit est à l’œuvre dans la Maison de la miséricorde, c’est-à-dire dans l’Eglise. C’est Lui qui nous guérit de toutes nos maladies et infirmités.
Un autre aspect remarquable est le comportement du Seigneur, qui agit d’une façon souverainement libre, en dehors de toutes conventions et stéréotypes. Il se trouve, Lui le créateur de toutes choses, au milieu de cette foule de malades, qui représente l’humanité vouée à la mort. Et dans cette foule, Il a vu un homme. Cet homme est paralysé depuis 38 ans, ce qui est une véritable horreur. La paralysie réduit l’homme à une impuissance totale, à une dépendance complète : c’est une image forte de l’action des démons qui amoindrissent l’homme et le réduisent à rien. Le Christ a vu que cet homme ne pouvait pas, par lui-même, atteindre l’eau salutaire. Alors l’eau va venir jusqu’à lui, dans la personne du Christ. Chaque malade dans le monde peut se dire : peut-être Dieu passera-t-il sur mon chemin : Il me verra et Il aura compassion.
Mais le Seigneur nous donne un autre enseignement dans Son rapport avec ce malade, cette personne souffrante. Il lui dit cette parole étonnante : « veux-tu être guéri ? » Qu’on ne s’y méprenne pas : il ne s’agit pas d’une formule polie ou convenue. Tous les malades rassemblés autour de cette piscine désiraient être guéris. Mais la parole du Christ a une toute autre dimension. Elle est théologique : parole du Créateur à Sa créature, parole qui sort de la bouche du Verbe de Dieu. Tu as introduit librement dans le monde la maladie, la souffrance et la mort. Maintenant que tu as fait cette expérience terrible, veux-tu changer ? Veux-tu ressembler à ton Créateur ou continuer ta descente vers l’abîme ? Le Christ met l’homme devant sa responsabilité. La guérison n’est pas seulement un état de fait, une circonstance, elle suppose un changement complet de l’être, un retournement des valeurs. Dans le rituel occidental de l’onction des malades, le prêtre commence par demander au patient : que veux-tu ? Et s’il répond : « une onction », le prêtre ajoute : « si le Seigneur t’accorde la guérison, la conserveras-tu ? ». Beaucoup de gens voudraient bien être guéris, mais sans rien changer à leur vie, à leur comportement, à leur être. Dans ce cas, la guérison ne peut être que superficielle et de courte durée. D’ailleurs le Christ dira un peu plus tard à l’homme guéri : « Ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pire ».
Le Paralytique explique l’impossibilité dans laquelle il se trouve. Le Seigneur a compassion et Il le guérit aussitôt. Ce n’est plus seulement l’image symbolique du Saint Esprit qu’est l’eau mise en mouvement par l’ange qui guérit le paralytique, mais c’est le Saint-Esprit Lui-même par la personne du Christ, le Saint-Esprit qui remplit et sanctifie la nature humaine de Jésus. En un clin d’œil ce malade a reçu plus que tous les malades guéris à Béthesda depuis les origines : la guérison extérieure et intérieure, donnée par Dieu Lui-même et non par le ministère d’un ange.
Le reste de l’histoire n’est pas à l’honneur de l’humanité. Les juifs puristes et formalistes, « gardiens du Temple », au lieu de bondir de joie qu’un homme ait été guéri miraculeusement d’une maladie incurable, au lieu de rendre grâce à la Bonté divine avec larmes et gémissements, reprochent au paralytique guéri de porter son grabat un jour de sabbat ! Quelle honte pour l’humanité ! Quelle indignité ! Combien les hommes qui prétendent être religieux sont souvent éloignés du cœur de Dieu ! Heureusement, l’homme guéri leur a fait une réponse avisée : « Celui qui m’a guéri m’a dit : prends ton grabat et marche ». Car le Seigneur avait disparu. C’est un autre enseignement remarquable : le Christ vient d’accomplir un grand miracle, gratuitement, mais Il ne s’impose pas. Il n’a même pas dit à l’homme qui Il était (mais ce dernier ne le Lui a pas demandé…). Dieu ne s’impose jamais : Il se propose. Même dans le don de la grâce, Il nous laisse libre. C’est après seulement que l’homme guéri retrouve Jésus, dans le Temple (qui est tout à côté de Bethesda) et que le Seigneur lui donne un enseignement spirituel (« ne pèche plus ») en Se révélant à lui. La grâce lui donne la liberté : il a le courage d’aller dire aux juifs : c’est Jésus qui m’a guéri. Ceux-ci sont fous de rage et veulent Le tuer (« les Juifs cherchaient encore plus à le faire mourir », au verset 18).
Quelle merveilleuse préparation à la venue du Saint-Esprit ! La liberté du Christ fait écho à celle de l’Esprit5. Le Christ nous a libérés du caractère inexorable de la mort : Il a changé le cours de l’histoire humaine. Mais l’Esprit nous libère intérieurement : Il nous libère de tous nos conditionnements intérieurs, Il nous permet de réunir, en nous, l’innocence et la sagesse, c’est-à-dire de devenir des hommes parfaits, à la « stature du Christ », comme le dit Saint Paul6.