Pâques

publicat in L’évangile au Monastère pe 5 Avril 2010, 03:42

„Premier jour” de l’eon1 du renouveau

La Résurrection du Christ est le plus grand évènement de l’histoire humaine depuis la création et la chute de l’Homme. Tout est changé parce que la mort n’est plus éternelle : elle a été vaincue par le Christ, dans Sa nature humaine unie à Sa divinité. Adam et Eve, nos premiers père et mère, sont relevés de leur condamnation et réintègrent le Paradis, le Royaume de Dieu.

Pour scruter cet évènement unique, appuyons-nous sur les deux récits de Pâques de la liturgie, celui de la proclamation de la Pâque (Marc 16, 1-8) et celui de la liturgie du Samedi Saint (Mt 28, 1-20) qui était à l’origine la lecture de la nuit pascale2 .

L’Evangile insiste d’abord sur le fait que l’évènement se passe « après le sabbat », le « premier jour de la semaine » et « de grand matin ». Pendant le grand sabbat du Samedi Saint, l’âme humaine du Seigneur Jésus unie à Sa divinité est descendue dans les enfers pour libérer Adam et Eve et tous nos premiers pères. L’Homme n’ayant pas été capable d’aller jusqu’à Dieu et de s’unir à Lui le Septième jour, Dieu est descendu jusqu’à l’Homme dans sa déchéance, c’est-à-dire en compagnie des « porcs spirituels », les démons, en Enfer. Le lendemain, dimanche, était le premier jour de la semaine juive. Mais ce jour devient « premier » parce qu’il ouvre l’ère du salut, premier jour du renouveau de l’humanité et de toute la création. Il fait écho au premier jour de la Genèse où tout commence. Aujourd’hui tout recommence. « Ce jour, le Seigneur l’a fait : soyons dans la joie et dans l’allégresse » chantait prophétiquement le roi David dans les psaumes (Ps. 117 (118), 24). « Premier », parce que fondateur, parce que principe, en analogie avec le Christ qui est le « premier- né », principe de l’Homme parfait, et premier-né d’entre les morts, le premier à être re-né. Ce jour unique et « seigneur des jours »3 est aussi « huitième » parce qu’il arrive après le 7e jour, qui devait être l’accomplissement ultime de l’union de Dieu avec l’Homme. Le huitième jour, Dieu recrée Sa création par la Résurrection de Son Fils, le Christ. D’où le fait que 8 soit au plan symbolique le nombre du monde transfiguré.

L’évènement se passe « à l’aurore » (Mtt), « de grand matin » (Lc), « comme il faisait encore sombre » (Jn) « comme le soleil se levait » (Mc), parce que c’est le début du renouveau, parce qu’on sort de la nuit du péché, parce que le Christ est l’ « Orient », le soleil levant : c’est le début de l’éon* du salut qui ne finira jamais. Les ténèbres sont vaincues pour toujours. Le Christ ressuscite aux premiers instants du « 3e jour », parce qu’Il a hâte d’accomplir le salut de l’Homme et du monde : Il ne tarde pas.

Les trois admirables Myrrhophores se pressent au tombeau avec courage, par amour pur, puisqu’elles vont visiter un mort. Le grand problème est la pierre qui ferme le tombeau et qui est très lourde. Cette grosse pierre ronde a une importance théologique et une signification symbolique très grandes. Elle fermait le tombeau hermétiquement et elle avait été « scellée » (Matt. 27, 66), parce que les prêtres craignaient que les Apôtres ne vinssent prendre le corps pendant la nuit et ne disent au peuple que Jésus était ressuscité. Et non seulement il y a cette énorme pierre, mais il y a en plus une escouade de soldats chargés de garder le sépulcre. Ce Mort est bien gardé !

Le tombeau scellé représente la mort absolue et le désespoir absolu : il est noir, contient la mort, sent mauvais et on ne peut pas en sortir. C’est sans issue .Il est une image terrestre de l’enfer éternel. C’est ce à quoi nous a conduit inéluctablement notre désobéissance. Cette pierre qui pèse une tonne représente le désespoir, qui est le fruit de l’absence de repentir. Elle est aussi la pierre qui scelle le tombeau de mon cœur. Seul le Christ peut me délivrer de cette prison intérieure.

Dans le récit de St Matthieu, il y a un élément très important : c’est l’ « Ange du Seigneur » qui roule la pierre. Au plan théologique, c’est capital. Car l’ange en ouvrant le tombeau devant témoins (les trois Myrrhophores et les soldats) révèle que le tombeau est vide. La résurrection vient juste de se passer, puisqu’on est aux premières lueurs du 3e jour et que le Christ avait annoncé qu’Il ressusciterait « le 3e jour ». Le Christ est donc bien ressuscité et Il est sorti vivant du tombeau avec son corps de gloire, Son corps transfiguré, qui est libre et donc non soumis à la matière.

Cet ange, qui est un séraphin, est probablement St Michel, le chef des armées célestes, présent lors de tous les grands évènements du salut4. Il est en vêtement « blanc comme la neige » (Mtt), « éclatant » (Lc), « son aspect est comme l’éclair » (Mtt) : les anges sont  porteurs des énergies divines incréées et nous les transmettent. L’ange s’assied sur la pierre (chez St Matthieu) pour bien montrer qu’elle est vaincue et que la porte du Ciel est réouverte et il révèle aux Myrrhophores le message de Dieu, ce que le Saint- Esprit lui a ordonné de dire5. Il annonce aux Femmes la résurrection du Christ et transmet les ordres du Christ aux Apôtres (se rendre sur une montagne de Galilée « où Il vous précède »).

Mais il y a chez St marc une précision intéressante : les Myrrhophores entrent dans le tombeau, dont la pierre a été roulée, et voient l’ange dans le tombeau, qui est irradié de la lumière dont l’ange est porteur. Le tombeau contient non plus un mort, mais une personne vivante (l’ange) et il n’est plus ténébreux : il est illuminé. C’est un symbole très fort de la Résurrection du Christ. L’apparition de l’ange aux saintes femmes a certainement un caractère pédagogique, car elles n’auraient peut-être pas pu supporter de voir subitement le Christ ressuscité, dans Sa gloire incréée. Elles ont été préparées à cette rencontre sublime par l’ange du Seigneur.

Il faut remarquer que l’ange de la résurrection n’est pas apparu aux Apôtres (de même que le Seigneur, qui ne les visitera que le soir de Pâques), parce qu’ils ne s’étaient pas montrés dignes de leur Maître : ils L’avaient abandonné et se barricadaient dans le Cénacle. Il est d’ailleurs bien étrange, et triste, qu’aucun d’entre eux ne soit allé au sépulcre le 3e jour après la mort du Christ, car l’enseignement du Seigneur avait été précis (« le 3e jour, Il ressuscitera »).

Enfin il nous faut dire un mot des soldats et du Sanhédrin. Les soldats ont été  témoins de la résurrection : s’ils n’ont pas vu le Christ sortir du tombeau, bien évidemment, car il s’agit d’un secret divin6, ils ont vu l’ange rouler la pierre et le tombeau vide. Or les soldats sont des gens solides, aguerris, qui ne se laissent pas impressionner facilement et ne croient pas aux « ragots de bonnes femmes »7. Leur témoignage a donc un poids exceptionnel, quasiment juridique. Les soldats, catastrophés, vont raconter les évènements aux grands prêtres qui rassemblent le Sanhédrin. Les chefs de la religion juive, les disciples de Moïse, ne veulent rien savoir. Il leur est donné un témoignage irréfutable que le rabbi Ieshouah de Nazareth, qu’ils ont fait tuer par les Romains, est ressuscité des morts, et donc qu’Il est bien le Messie. Mais ils disent  « non » et soudoient les soldats. Ils refusent sciemment la vérité.

L’homme demeure libre en toutes circonstances parce que sa liberté est à l’image de celle de Dieu. Le Christ avait demandé à Son Père le pardon pour les soldats parce qu’ « ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient » (les soldats en effet ne savaient pas qu’ils crucifiaient le Fils de Dieu, le Messie : ils faisaient leur travail). Mais lorsqu’Il fut attaqué vivement par les scribes, les Pharisiens et les prêtres, Il leur a prédit la mort éternelle (« vous mourrez dans votre péché », Jn 8/21). Notre responsabilité est grande face à la vérité. Lorsque Dieu s’est révélé à nous, on ne peut plus dire : je ne savais pas. A partir de la Résurrection du Christ, tout est redevenu possible. Mais rien n’est imposé.

Avec les Saintes femmes myrrhophores, crions à l’univers entier : Christ est Ressuscité ! Hristos a înviat !

Père Noël TANAZACQ (Paris)

Notes :

1. « éon »[aiôn en grec]a été traduit en latin par « saeculum » [siècle].Mais il représente beaucoup plus qu’une durée quantitative de temps :il s’agit d’un temps « qualitatif », biblique, un cycle temporel.
2. La péricope actuelle de la liturgie de la nuit pascale (Jean 1, 1-17) est en fait une lecture baptismale (Prologue de St Jean), qui était celle de la liturgie du Samedi Saint au soir, au cours de laquelle on célébrait les baptêmes, mais qui est célébrée maintenant le samedi matin, malgré son caractère vespéral.
3. Hirmos de la 8e Ode du Canon pascal de St Jean Damascène.
4. Chez St Luc, les Séraphins sont deux, probablement Michel et Gabriel.
5. Les anges, contrairement aux hommes, n’enseignent pas : ils transmettent la grâce et les ordres de Dieu.
6. La résurrection est l’œuvre de la Trinité : le Père l’a décidée, le Fils l’a acceptée et l’Esprit Saint l’a accomplie : c’est Lui qui a ressuscité la nature humaine du Christ.
7. C’est ce que disent les Apôtres lorsque les Myrrhophores leur annoncent que Jésus est ressuscité.