publicat in Fragments neptiques pe 8 Décembre 2009, 22:12
Une fois, un fidèle pensa apporter en don à Saint Macaire d’Alexandrie une grappe de raisin. Celui-ci reçut le présent et remercia. Mais par la suite il se dit: “Je ne mangerai pas ce raisin. Je le donnerai plutôt à un frère souffrant ”. Arrivé à la porte du monastère, Saint Macaire remit le fruit et retourna dans sa cellule. Le frère remercia pour le raisin. Mais par la suite il se dit: „Je le donnerai à quelqu’un d’autres pour qu’il trouve un peu de réconfort”. Et le frère qui le reçut fit de même... C’est ainsi que, avant la fin de la journée, la grappe de raisin fit le tour du monastère, et finit par revenir chez St. Macaire. Alors, le Saint dit: “Grand est l’amour de ces frères, car personne n’a pensé à lui-même mais chacun à son prochain ”.
Apophtegmes des Pères du désert
L’œil est la lampe du corps. Si ton oeil est en bon état, tout ton corps sera éclairé; mais si ton oeil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres.
Evangile selon saint Matthieu VI, 22-33
Dostoïevsky a consacré à l’enfer un petit chapitre des Frères Karamazov; pour lui, l’enfer est le moment ou l’état dans lequel l’homme se dit: „C’est trop tard! Je suis passé à côté de tout... La seule chose digne d’être faite, pour laquelle cela valait la peine de vivre, je ne peux plus l’accomplir; elle ne profiterait plus à personne. Il fut un temps où je pouvais aimer de tout mon cœur, d’un amour créateur, maintenant cela n’est plus possible.... Beaucoup tenaient à mon attention, à ce que je les regarde d’un œil profond et perçant; de leur prêter l’oreille et d’entendre non seulement des sons creux, des mots, mais aussi ce qui se cache derrière ces mots: le cri, les pleurs, la joie ou la peur de l’âme vivante pour sa vie”.
L’image que nous offre Dostoïevsky est bien réelle: un moment viendra où le temps aura déjà passé; le moment où il n’y aura plus de temps pour la compassion, pour la création, pour l’amour... Voilà pourquoi, une année après l’autre, nous nous retrouvons pour le jeûne, pendant que tout ce qui nous entoure nous dit: „Réveille-toi! Ressaisis-toi tant qu’il n’est pas trop tard; commence à vivre tant que c’est encore possible, tant que le temps ne s’est pas arrêté, tant que tu peux encore créer!”
Antoine de Souroge, La joie du repentir
(dans les Homélies du Carême de la Nativité de Notre Seigneur, 31 déc. 1983)
La difficulté de communiquer avec notre prochain provient toujours d’un manque de prière et d’amour. Comme le disait le „starets” Silouane, il peut arriver que, malgré les prières les plus ardentes, le progrès soit difficile. Et pourtant, lorsqu’on arrive, par la prière de Jésus, à vivre en paix avec une personne, on devient capable de vivre avec des millions d’autres personnes qui lui ressemblent. Prier pour notre prochain c’est de l’aider, grâce à une bonne disposition de notre cœur envers lui, à résister aux pensées mauvaises qu’il peut avoir, non sans raison, envers nous. En revanche, ne pas prier pour notre prochain, c’est justifier, par notre manque d’amour, les mauvaises pensées qu’il peut avoir contre nous. Gardons l’unité dans la prière autour du calice du Christ, et nous verrons qu’il est facile d’aimer.
Archimandrite Sophrony, De vie et d’esprit
Par le Christ nous arrivons à considérer le prochain comme nous-mêmes, comme le Père ne sépare plus le Fils et l’Esprit de Soi-Même, et Ceux-ci ne se considèrent pas non plus séparés entre Eux ni du Père.
Voilà l’expérience de l’amour qui unit, mais ne confond pas. Chacun voit l’autre en lui-même, plus encore, il est préoccupé plus de celui-là que de soi-même. En ayant en estime plus le prochain que soi-même, on ne vit pas séparé, ni par rapport à lui ni en soi-même, car on trouve dans ce vécu de l’autre envers soi la plus grande joie qui soit.
P. Dumitru Stăniloae, La Sainte Trinité /
Au commencement, c’était l’Amour

La vérité peut être pillée ou simplement volée,
Peut être inventée, rencontrée ou gagnée,
Peut être devinée ou peut être donnée,
Mais ne sauve que lorsqu’elle est incarnée.
P. Daniil Sandu Tudor, L’octave de la vérité
Le fruit défendu est l’image du monde qui est aimé simplement pour lui-même; et sa consommation, c’est l’image de la vie comprise comme but en soi. L’homme a aimé le monde non pas comme une transparence envers Dieu. Et il l’a fait d’une façon si conséquente, que c’est devenu quelque chose qui est «dans l’air». Aujourd’hui, il semble naturel de vivre une vie étrangère à tout remerciement pour le don de Dieu qu’est le monde. Cela semble naturel de ne pas être eucharistique.
Le monde est tombé parce qu’il s’est éloigné de la conscience que Dieu est tout en tout... Mais la bonne nouvelle apportée par le christianisme est que Dieu n’a pas quitté l’homme dans son exil, dans l’état dangereux d’une aspiration dépourvue de sens. Il a créé l’homme „selon Son cœur” et pour Soi, et l’homme s’est débattu dans sa liberté pour trouver une réponse à sa mystérieuse faim de Lui. Dans l’obscurité où l’homme tâtonnait en cherchant son Paradis perdu, Dieu a envoyé la Lumière, Son Fils Unique.
En tant que chrétiens, nous croyons que Lui, Qui est la vérité, aussi bien sur Dieu que sur l’homme, Il offre des avant-goûts de Son Incarnation dans toute vérité, même fragmentaire. Nous croyons, aussi, que le Christ est présent dans tout homme qui cherche la Vérité. Simone Weil disait: une personne qui fuit le Christ, si elle se redresse et cherche ce qui est vrai, court en fait directement dans Ses bras.
P. Alexander Schmemann, Pour la vie du monde.