publicat in Le monde intérieur pe 16 Décembre 2022, 14:48
Moi aussi je proclamerai la grandeur de cette journée : l’immatériel s’incarne, le Verbe se fait chair ; l’invisible se fait voir, l’impalpable peut être touché, l’intemporel commence, le Fils de Dieu devient le Fils de l’homme : c’est Jésus-Christ, toujours le même, hier, aujourd’hui et dans les siècles. (…) Voilà la solennité que nous célébrons aujourd’hui : l’arrivée de Dieu chez les hommes, pour que nous allions à Dieu ou plutôt – ce qui est plus exact – pour que nous revenions à lui ; afin que dépouillant le vieil homme, nous revêtions le nouveau, et que, de même que nous sommes morts en Adam, ainsi nous vivions dans le Christ, nous naissions avec lui, nous ressuscitions avec lui. (…) Révère la Nativité qui te délivre des liens du mal.
Saint Grégoire de Nazianze, « Discours 38, pour la Noël »
La naissance d’un être vivant est un miracle et un mystère. Comment deux cellules microscopiques savent-elle construire un cœur, un cerveau, des yeux, des muscles, et les autres milliers d’éléments qui constituent un organisme vivant ? D’où leur vient ce savoir, cette intelligence et cette mémoire, sans lesquelles il serait impossible de réaliser une œuvre aussi complexe et admirable que la création d’un être vivant ?
Toute création prouve l’existence d’un créateur. De même tout nouveau-né qui vient au monde est une preuve de l’existence de Dieu. Car « ce qui existe dépend de Celui qui existe et rien ne peut exister qui ne possède l’existence dans le sein de Celui qui est. Si donc tout est en lui, et s’il est dans tout, pourquoi rougir de la foi qui nous enseigne que Dieu a pris un jour naissance dans la condition humaine, lui qui, même aujourd’hui, existe en l’homme ? » (Saint Grégoire de Nysse, « Grande Catéchèse »).
La naissance du Christ sur terre et dans un corps humain réalise sous une nouvelle forme la création initiale de Dieu : l’unité parfaite entre le ciel et la terre, entre le Créateur et ses créatures, autrement dit, le chemin du retour au jardin d’Eden : « L’incarnation reste avant tout l’accomplissement du dessein originel de Dieu, la synthèse en Christ, du divin, de l’humain et du cosmique » (Olivier Clément, « Sources – Les mystiques chrétiens des origines »). L’adversaire de Dieu a semé la division entre l’homme et son Créateur, et entre la nature terrestre de l’homme, attachée au monde des choses mortelles, et sa nature divine, qui constitue son être réel, car il a été fait à l’image et à la ressemblance de Dieu. En se séparant de Dieu, l’homme renie sa propre nature, et devient son propre ennemi, en se donnant lui-même la mort. Car « l’homme n’est vraiment homme qu’en Dieu » (O. Clément op. cit.).
La naissance du Christ sur terre nous révèle le visage divin de l’homme et le visage humain de Dieu. L’enfant Jésus incarne et rétablit l’unité entre l’homme et Dieu, et entre le monde terrestre et le Royaume des cieux, apportant la paix entre toutes les parties constitutives de la Création : « On est en paix parce que l’on vit une unité avec soi, avec le monde et avec Dieu » (Bertrand Vergely, « Le silence de Dieu »).
Tant que nous vivons sur cette terre, notre paix intérieure n’est jamais parfaite ni durable, car notre âme est sans cesse troublée par une succession interminable de soucis, inquiétudes, désirs, déceptions, espoirs, regrets etc., une foule de pensées qui viennent de ce monde et nous éloignent de Dieu et de notre propre être. La paix que nous donnent quelquefois les choses terrestres est toujours incomplète, fragile et éphémère. Tout autre est la paix que nous donne le Christ, car elle vient de Dieu et non de ce monde : « Il apporte la paix aux hommes. « La paix soit avec vous », dira-t-Il plus d’une fois à Ses disciples. « Je vous donne Ma paix, je vous laisse Ma paix » leur dit-Il lors de la Cène mystique. « Je ne vous la donne pas comme le monde donne » (…) En Christ, soyez réconciliés avec Dieu. (…) Vous trouverez cette paix intérieure et vous découvrirez qu’il n’y a rien de plus désirable sur la terre. L’âme ressentira une paix et une joie qui ne sont pas de ce monde. » (Saint Jean Maximovitch de Shangaï, « Épître de Noël »).
La paix du Christ nous est d’autant plus nécessaire que nous traversons une époque de discorde, de haine et de guerre, qui risque de prendre des proportions mondiales. Pour les chrétiens il n’y a pas de guerre « sainte ». Car ceux qui sèment la terreur, la destruction et la mort ne peuvent pas être des disciples du Christ, qui a dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Matthieu 22, 39), mais sont les serviteurs de celui « qui a été meurtrier dès le commencement » et qui « est menteur et père du mensonge » (Jean 8, 44).
Mais le meurtre et le mensonge qui viennent de l’ennemi de Dieu, n’ont aucun fondement ontologique car ils n’ont pas été créés par Celui qui Est, sans Lequel rien ne peut être. De même que le massacre des innocents n’a pas permis au roi Hérode d’ôter la vie de l’enfant Jésus, de la même façon, malgré les crimes, les destructions, les guerres et tous les autres malheurs de l’existence terrestre, l’esprit du mal ne peut porter atteinte à la paix éternelle qui vient de Dieu et qu’aucune chose ou personne de ce monde ne peut nous donner. C’est de cette paix parfaite et immuable que parle le Christ lorsqu’il dit à ses disciples : « Je vous laisse la paix, je vous donne la paix qui est la mienne. Moi, je ne vous donne pas comme le monde donne » (Jean 14, 27).
L’enfant Jésus est né dans le temps et l’espace du monde terrestre, mais puisqu’il apporte aux hommes la paix éternelle de Dieu et la vie immortelle, sa naissance est éternelle, sans début ni fin, de la même nature que l’Esprit de Dieu : « Père, tu es en moi, et moi en toi » (Jean 17, 21). « Lorsque nous disons que le Fils existe de toute éternité, nous affirmons que Sa naissance est hors du temps et sans commencement. (…) Le Père existe en même temps que Son Fils unique. (…) Tout comme le feu existe en même temps que sa lumière et non pas d’abord le feu et ensuite la lumière, mais en même temps. (…) Le Fils est l’image du Père, et l’Esprit l’image du Fils, par laquelle le Christ habite en l’homme et lui donne sa ressemblance avec Dieu » (Saint Jean Damascène, « La dogmatique »).
La naissance de l’enfant Jésus est à la fois un événement terrestre, qui ouvre une nouvelle ère dans l’histoire de l’humanité, et une naissance spirituelle qui restitue à l’homme sa ressemblance avec Dieu et qui doit avoir lieu dans le cœur de chacun de nous : « L’œuvre que le Seigneur Qui est né a forgée, touche chacun d’entre nous. Ceux qui entrent en communion avec Lui reçoivent de Lui la liberté, la guérison et la paix » (Saint Théophane le Reclus, op. cit.).