Ta foi t’a sauvé

publicat in Le monde intérieur pe 7 Novembre 2022, 15:39

La science impose sa vision des choses visibles, vérifiables, et m’oblige à l’accepter. Je ne peux pas nier l’existence d’un ver de terre ni d’un virus, mais je peux nier l’existence de Dieu. C’est que « la foi, selon saint Paul (Héb. 11, 1), est la vision des choses qu’on ne voit pas ». Elle transcende l’ordre des nécessités. « Bienheureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru » veut dire ceux qui ont cru sans y être obligés, forcés, contraints. La foi apparaît ainsi comme un dépassement de la raison, commandé par la raison elle-même, dès qu’elle touche à sa limite. La foi dit : « Donne ta petite raison et reçois le Logos ». Elle est une transcendance vers les évidences, vers la réalité cachée qui se révèle. (…) Elle supprime toute démonstration, toute médiation, toute notion abstraite de Dieu et rend immédiatement présent ce Quelqu’un qui est le plus intimement connu.

Pavel Evdokimov, « Les âges de la vie spirituelle »

La foi en Dieu, lorsqu’elle est profondément enracinée dans notre âme, est une énergie vitale qui nous donne en toute circonstance la force, la patience et le courage d’affronter les vicissitudes et les épreuves de la vie : « Ceux qui se confient en l’Éternel / Sont comme la montagne de Sion : / elle ne chancelle point, / Elle est affermie pour toujours » (Ps. 125, 1). 

Si la foi nous donne la force, le courage, la consolation et la promesse de la vie éternelle, l’absence de la foi aura le résultat contraire : faiblesse, peur, détresse et aucun espoir d’une vie après la mort : « Les hommes éloignés de Dieu restent toujours sans consolation et sont doublement tourmentés. Quiconque ne croit pas en Dieu ni en la vie future, non seulement demeure sans consolation mais condamne, de plus, son âme aux tourments éternels. Chacun sera payé par le maître pour lequel il aura travaillé. Celui qui travaille pour le maître de la noirceur, reçoit de lui une vie noire dès ici-bas. (…) Les hommes ne croient pas en Dieu, et c’est pourquoi ils se précipitent avec avidité sur le péché. Tout le mal provient de l’incroyance » (Saint Païssios l’Athonite, « Paroles », T.1). 

De même qu’un malade ne peut se soigner et guérir sans prendre conscience de sa maladie, l’homme doit être conscient de sa déchéance spirituelle et de son malheur existentiel pour s’engager dans la voie du salut et du retour au Royaume des cieux, qu’il a perdu par la chute d’Adam. Ainsi Saint Pierre Damascène exprime la détresse de toute l’humanité déchue lorsqu’il écrit : « Hélas, pécheur, que m’est-il arrivé ? Hélas, qu’étais-je, et qu’ai-je trouvé ? Au lieu du Paradis, ce monde corruptible. Au lieu de la vie angélique, le diable et les démons impurs. Au lieu du repos, la peine. Au lieu de la jouissance et de la joie, l’affliction du monde et la tristesse. Au lieu de la paix et du bonheur, la crainte et les larmes douloureuses. Au lieu des vertus et de la justice, les iniquités et les péchés. (…) Au lieu de la sagesse et de l’intimité de Dieu, l’ignorance et l’exil. Au lieu de l’absence de tout souci et au lieu de la liberté, la vie inquiète et la pire servitude » (« Livre premier » – « La Philocalie »).

L’homme sans Dieu est semblable à un enfant orphelin qui erre sans abri et sans but dans un monde hostile et incompréhensible, où sa vie est menacée à chaque instant. Nous portons tous au fond du cœur le souvenir du Père que nous avons perdu et le désir ardent de Le retrouver. Le simple fait de ressentir Son absence est la preuve que Dieu existe et qu’Il fait partie intégrante de notre propre être. Car « Dieu et l’homme sont corrélatifs, comme le Père et son enfant. (…) Là où il n’y a pas de Dieu, il n’y a pas d’homme non plus. La perte de l’image de Dieu entraîne la disparition de l’image de l’homme tout court, déshumanise le monde, multiplie les « possédés ». À l’absence de Dieu se substitue la pesante présence d’un obsédé de soi-même, d’une auto-idole » (Paul Evdokimov, op. cit.).

La nécessité vitale de retrouver Dieu se manifeste même chez les incroyants, qui remplacent Dieu par des idoles terrestres. L’instinct religieux indissociable de la nature humaine peut tout transformer en idole, une belle femme, une voiture de luxe, un acteur de cinéma, un chanteur, un footballeur, un dictateur, et par-dessus tout, notre propre personne. Mais comme toutes les idoles forgées par les hommes sont mortelles, le seul dieu réel et éternel de l’homme sans Dieu est la mort. Malgré l’abondance des produits, des services et des plaisirs qu’elles nous offrent, nos sociétés de consommation ne pourront jamais assouvir la soif fondamentale de l’homme, inséparable de son être, la soif de Dieu et de la vie éternelle : « Une soif spirituelle inassouvie : tel est l’événement véritablement tragique de notre époque. Beaucoup d’êtres humains se trouvent au bord du désespoir. Chacun, dans les profondeurs de son âme, souffre à sa propre mesure du non-sens de la vie contemporaine. Les hommes restent sans consolation dans leur affliction : leurs efforts individuels sont insuffisants pour les libérer de la confusion qui s’est emparée du monde et pour arrêter leur esprit sur l’essentiel » (Saint Sophrony, « La prière, expérience de l’éternité »).

La foi en Dieu est une forme de connaissance infiniment plus haute que la connaissance scientifique, dont le champ d’investigation se limite à l’apparence matérielle et visible de ce monde-ci et ne peut accéder aux vérités spirituelles qui dépassent les limites naturelles de l’intelligence humaine : « Je dis „je crois” uniquement à propos de ce que je ne peux pas voir avec mes yeux, entendre avec mes oreilles, toucher avec mes mains, de ce qui n’a aucun rapport avec deux et deux font quatre, et qui renvoie à ce que je connais grâce à cette foi. (…).

Pour les croyants, la foi se distingue de tout le reste, car elle est dirigée essentiellement vers ce qui est impossible de démontrer, de connaître „aisément”. En ce sens, la foi peut être appelée un miracle et un mystère » (Père Alexandre Schmemann, « Le symbole de la foi »). Étant donné que « ce qu’on voit ne provient pas de ce qui est visible » (Hébreux 11, 3), le croyant vit dans un monde miraculeux où l’Esprit de Dieu est partout présent et confère une dimension spirituelle et surnaturelle à tout ce qui existe. La notion pseudo-scientifique de « lois de la nature » est une absurdité, car une nature dénuée d’intelligence et d’esprit ne saurait inventer aucune loi. Ce ne sont pas les lois de la matière mais les lois de Dieu qui gouvernent l’univers, car Son Esprit donne l’être et la vie à tout ce qui existe. À cet égard, la foi est plus « scientifique » que les sciences fondées sur l’étude de la matière : « Conscient de lui-même, notre esprit transcende le mode d’existence sensoriel. Il n’y a pas un temps, aussi long soit-il, qui puisse satisfaire notre esprit. Il n’y a pas d’espaces, aussi vastes soient-ils, dans lesquels nous ne nous sentions pas à l’étroit. C’est le propre de l’homme de vouloir briser le cercle étroit de l’existence matérielle, dépasser la spatialité et la temporalité, et parvenir à la connaissance de Celui qui est. Notre esprit ne trouve pas de repos tant que n’est pas étanchée sa soif de connaître tout ce qui a trait à notre destinée, et même à celle de tout l’univers. Tendu vers une connaissance intégrale et parfaite, notre esprit se dirige naturellement, avant tout, vers l’Être principiel, vers Celui qui réellement est » (Saint Sophrony, op. cit.). 

L’incroyant vit dans un monde irréel, inventé par son propre esprit, qui se trouve sous l’influence de l’ennemi de Dieu, de la vérité et de la vie. Car « celui qui ne soumet pas à Dieu sa propre volonté se soumet à son adversaire » (St. Isaac le Syrien, « Discours ascétiques »). 

Il n’y a qu’un seul moyen de vivre dans la vérité et de sauver nos âmes : raffermir notre foi. 

À nos moments de détresse, d’angoisse, de souffrance, rappelons-nous les paroles du Christ et gardons-les en toute circonstance au fond de notre cœur : « Vous aurez des afflictions dans le monde, mais prenez courage, moi, j’ai vaincu le monde » (Jean 16, 33). « Sois sans crainte, crois seulement » (Marc 5, 36).