publicat in Parole de l'Évangile pe 2 Octobre 2021, 07:39
Une parabole sur Israël et l’Église (Lc 13, 6‑9)
Pendant Ses trois années d’apostolat, le Christ n’a pas cessé de parler, Lui le Verbe du Père, la « Bouche du Silence », et Il a parlé essentiellement en paraboles parce qu’il s’agissait d’un langage accessible à tous, à l’image des contes et des proverbes, mais qui imposait de faire un effort intérieur pour comprendre la signification spirituelle de leurs symboles. Certaines sont longues, avec parfois plusieurs versions (comme par exemple celle des Talents et sa variante avec les Mines), et d’autres sont courtes, comme c’est le cas ici, mais leur importance spirituelle n’est pas nécessairement liée à leur longueur.
La scène se passe après la délivrance de l’enfant possédé et muet1 (juste après la Transfiguration) et avant la guérison de la femme courbée2 le jour du sabbat : nous sommes donc probablement au début de la 3e année de mission du Christ. Saint Luc est le seul à la rapporter.
Le contexte est déroutant, ce qui est souvent le cas chez Saint Luc, puisque le Seigneur raconte cette parabole après un entretien avec des Galiléens sur des évènements dramatiques récents, qui n’a pas de rapport avec la parabole, et dont le lieu n’est pas précisé. Il semble donc qu’il y ait un hiatus dans le texte évangélique. Par contre la tradition situe la scène en Galilée, versSephet3https://apostolia.eu/index.php/dating-of-fossil-reef-corals/https://apostolia.eu/index.php/spot-fake-profiles-dating-sites/why online dating so hard. Le figuier rappelle aussi que nos premiers parents Adam et Ève, après avoir désobéi à Dieu et vu qu’ils étaient « nus » (c’est-à-dire privés de la lumière divine incréée, dont ils étaient naturellement revêtus) s’étaient cousus des feuilles de figuier pour s’en faire des pagnes : ces feuilles – ce « cache-misère » – représentaient le verbiage de leur auto-justification, signifiant leur refus du repentir7 (Ge 3/7, 10).
Ces symboles nous permettent de comprendre la parabole.
Le propriétaire du domaine est le Père céleste : c’est Lui qui a choisi de planter la vigne et le figuier. La vigne symbolise l’Église. Le fait que le figuier soit planté au milieu de la vigne rappelle le rôle premier d’Israël, dont la vocation était d’engendrer le Messie, pour devenir ensuite l’Église de tous les peuples. Le Vigneron est le Christ. Le fait que le figuier ne produise pas de fruits symbolise le refus d’Israël de recevoir Jésus de Nazareth comme Messie. La synagogue, qui rejette le Christ, ne peut pas porter de fruit. Nous voyons tout au long de l’Évangile les sanhédrites, scribes et Pharisiens, se draper orgueilleusement des feuilles de la Loi – sans la mettre en pratique –, pour rejeter Celui qui en est l’Auteur. « Voicitrois ansque Je viens chercher du fruit et que Je n’en trouve pas… » : cela représente les trois années de mission du Christ et Son rejet par Israël, par la Synagogue, le Sanhédrin. Le Père prononce alors un jugement : « Coupe-le », débite-le en bûches et brûle-les. Cet arbre est inutile puisqu’il ne coopère pas avec Moi, il n’accomplit pas Ma volonté. Il rend la terre « improductive », c’est-à-dire stérile, parce qu’il n’engendre pas le Messie (l’Homme a été tiré de la terre-mère pour ressembler à Dieu et élever le cosmos jusqu’à Dieu, le transfigurer). Le terme « couper » est redoutable : il signifie que l’arbre est séparéde la terre et de ses racines, de sa semence : c’est une mort irrémédiable, l’enfer. Cela rappelle la prophétie de Jean Baptiste : « Déjàla cognéese trouveàla racine des arbres : tout arbre ne produisant pas de bons fruits sera coupéet jetéau feu » (Mt 3/10).
Mais ce qu’il y a de tout à fait étonnant et remarquable, c’est que le vigneron plaide pour le figuier, le Christ plaide pour Son peuple : Père, attends encore un peu, Je n’ai pas achevé Ma mission. Il en est aux 2/3 et n’a pas encore subi Sa Passion, d’où : « laisse-le encore cetteannée » [celle de Ma mort et de Ma résurrection]. Je vais en prendre soin, biner, arroser, « mettre du fumier », c’est-à-dire de l’engrais, symbole ici de la grâce. Saint Ambroise commente : Je vais « défoncer la dureté de leur cœur par la pioche apostolique ». Peut-être Israël se repentira-t-il ? Peut-être Me reconnaîtra-t-il comme son Messie, son Sauveur ? Sinon,que Ta volonté soit faite8 : « Tu le couperas ». Le Fils demeure entièrement obéissant à Son Père, tout en Se faisant notre avocat, notre Paraclet.
En fait, dans cette très courte parabole, en quelques mots, le Christ exprime ce qu’Il fait, Sa propre œuvre actuelle, la raison pour laquelle Il est venu dans le monde. Mais les Apôtres ne comprendront cela qu’après la descente du Saint-Esprit. Et il en est de même pour nous, tandis que la Synagogue reste aveugle et sourde.
Toutefois, la parabole peut s’appliquer aussi in fine à l’Église et à chacun de nous : sommes-nous une vigne produisant un nectar divin ou un figuier stérile ?
P. Noël TANAZACQ, Paris