Ajouté le: 10 Mai 2022 L'heure: 15:14

La Résurrection du Seigneur – vérité, joie et l’impératif de l’authenticité

Le Christ est ressuscité ! En vérité Il est ressuscité !

C’est la réponse que nous donnons chacun d’entre nous, presque instinctivement, lorsque nous entendons la proclamation de la Résurrection du Seigneur Jésus. Ces deux expressions : Le Christ est ressuscité – En vérité Il est ressuscité ! ne peuvent exister qu’ensemble, elles participent du même mouvement intérieur de notre être dans la période pascale – tout comme l’inspiration et l’expiration n’existent qu’en tant que mouvement unitaire du processus physiologique fondamental qui nous maintient en vie. Dans un sens mystique, la proclamation de la Résurrection du Seigneur nous maintient en vie, nous aident à oxygéner notre âme.

Pour moi, les paroles que j’associe le plus facilement et naturellement à la Résurrection du Seigneur, qui sont selon moi une aide à la participation spirituelle au mystère et à la grandeur de la fête sont celles que j’ai utilisées dans le titre : joie et vérité. Pourquoi ? Parce que la vérité demande d’être validée par des témoins, et la joie invite à la participation et ne peut être comprise pleinement que par la participation. Les thèmes de la vérité et de la joie de la Résurrection sont le leitmotiv des péricopes lues dans l’Église dans la Semaine Radieuse, tout comme les deux premiers dimanches après Pâques (du Saint Apôtre Thomas et des Myrrhophores). Plus encore, la Résurrection du Seigneur a été, dès le début, proclamée au monde sur ces deux coordonnées : de la vérité et de la joie.

Chaque fois que nous disons Le Christ est ressuscité et que nous répondons En vérité Il est ressuscité, nous rejoignons les Apôtres comme témoins de la Résurrection du Seigneur et nous goûtons un peu à la joie de la Résurrection. Le père Alexandre Schmemann affirmait dans un bref article sur le lien entre Pâques et la dynamique de l’année liturgique, « Easter in the Liturgical Year, que la spiritualité orthodoxe est pascale dans son contenu intérieur profond, et le véritable contenu de la vie dans l’Église est la joie. Nous parlons des fêtes (dans l’Église) ; la fête est l’expression de la joie (intrinsèque) du christianisme »1.

En même temps, chaque fois que nous prononçons la formule pascale, nous nous soumettons à un test d’authenticité : proclamons-nous la Résurrection du Seigneur avec la conviction et la joie de témoins qui ont « vu le Seigneur » ? (Jean 20, 25). J’ai peur que nous, aujourd’hui, sommes des témoins douteux de la Résurrection du Seigneur, car nous en sommes seulement des témoins vocaux à Pâques, mais le reste de l’année nous sommes des témoins timides et muets parce que notre vie quotidienne ne témoigne pas du Christ Ressuscité. Nous savons que « le Christ est ressuscité » mais nous ne quittons pas notre maison – à savoir le confort de nos habitudes qui préfère un engagement sélectif et opportuniste avec Dieu – nous ne sortons pas de la maison pour le chercher au « tombeau » – c’est-à-dire à l’église, ou dans un hôpital, ou dans une prison, ou dans un orphelinat. Nous avons entendu dire que « le Christ est ressuscité » mais nous ne demandons pas, nous ne désirons pas, comme Saint Thomas, avec une sincérité authentique et peut-être une nuance de défi à l’adresse du Christ, « Le voir », Le toucher – à savoir communier à Sa présence de manière directe. Nous nous contentons, la plupart d’entre nous, de croire les autres sur parole, mais nous ne considérons pas comme absolument essentiel, comme une question « de vie ou de mort », ou plutôt « de mort et de résurrection », d’avoir l’expérience directe et personnelle du Christ comme l’ont eue les Apôtres.

C’est pourquoi, d’année en année, nous sentons le contexte séculier qui nous entoure – un contexte auquel nous contribuons et que nous cultivons, nous aussi – nous sentons le contexte séculier former des cercles concentriques de plus en plus serrés et de moins en moins perméables autour de notre identité chrétienne.

Avons-nous peur que, si nous demandons et nous cherchons vraiment la présence du Christ dans notre vie, avec une sorte d’audace naïve (et peut-être mêlée de méfiance ou de doute), le Christ démasquera notre bluff comme pour Thomas ? Pensons-nous que l’expérience directe de témoins du Christ Ressuscité qu’ont eue les Apôtres est irrépétable et ne nous est pas disponible, et que nous pouvons espérer tout au plus croire sincèrement les autres sur parole ? Il n’en est pas ainsi. N’oublions pas les paroles du Saint Apôtre Paul qui, même s’il n’était pas parmi les Apôtres le soir du dimanche de la Résurrection lorsque le Seigneur est venu chez eux à travers les portes closes, dit clairement : « N’ai-je pas vu le Christ, notre Seigneur ? » (1 Corinthiens 9,  1)

Avez-vous jamais pensé que, de même qu’il était essentiel pour les Apôtres de voir le Christ ressuscité, de manger à nouveau avec Lui, de Lui parler, d’être à nouveau dans le même espace physique que Lui, de même il était essentiel aussi pour le Christ Seigneur de les voir, de Se montrer aux Apôtres ? Ils L’aimaient, mais Lui aussi les aimait – Il le leur avait dit à la Cène. Si on aime quelqu’un, on veut le voir et on veut être vu de lui.

Nous avons pris la mauvaise habitude, dans notre sous-conscient théologique et spirituel, de croire que la vérité et la joie de la Résurrection sont en quelque sorte à sens unique, de nous au Christ – ou de nous au monde – que c’est à nous de lui rendre témoignage en vérité et de nous réjouir de cette vérité dans l’Église et devant le monde. Je crois que la vérité et la joie de la Résurrection est au moins comme une route à deux sens (même si pas vraiment comme une autoroute) où sont connectées d’autres routes secondaires – qui font le lien avec le « monde ». Il est évident des Évangiles pascales que le Christ Seigneur Ressuscité se réjouissait de la joie de Ses Apôtres de Le savoir ressuscité, de Le voir, d’être avec Lui. Il est clair que le Seigneur Lui-même souhaitait y participer – il mange avec eux (du miel et du poisson), Il vient les voir en toute circonstance (dans la maison, sur la route, à la pèche), et leur apparaît d’innombrables fois. Le Seigneur veut la même chose aujourd’hui, partager Sa Pâque avec nous, Sa présence véritable qui apporte la joie.

Le défi, cependant, pour nous chrétiens du 21e siècle, est d’incorporer pratiquement dans l’expérience de notre vie la réalité et la joie authentique de la proclamation de la Résurrection du Seigneur – et ne pas perpétuer de manière « traditionnelle » la formule de salut pascale. Notre proclamation de la Résurrection dans une note véridique et avec une joie authentique ne peut pas se faire seulement dans la « période de Pâques », – elle est le résultat de la proclamation de la Résurrection du Seigneur chaque jour de notre vie, comme résultat de notre participation à Sa vie par la garde de Ses commandements, par l’amour pour Lui (Jean 14, 15 / Jean 14, 21). Il y a une grande différence entre proclamer la Résurrection comme quelqu’un qui habite « dans la maison du Seigneur » (Jean 14, 23) et la proclamer comme une sorte d’»hôte itinérant», qui vient seulement pour les jours de fête. Dans les Actes des Apôtres 4, 20, les Saints Pierre et Jean témoignent : « nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu » – non seulement à Pâques, mais par toute leur vie avec le Christ sur terre.

L’expression « le Christ est ressuscité, En vérité Il est ressuscité ! », d’une part distille, en neuf mots, toute l’expérience pascale de l’Église – la rendant accessible à tous, à ceux qui sont arrivés à la 11e heure et à ceux qui ont « œuvré depuis la première heure ». C’est là que réside la généreuse joie de Pâques. Mais d’autre part, la formule pascale « le Christ est ressuscité, En vérité Il est ressuscité ! » représente le sommet cataphatique d’un iceberg apophatique de théologie et de spiritualité pratique qui s’étend chronologiquement jusqu’au jour de la Résurrection du Seigneur d’il y a presque 2000 ans, et qui descend, mystiquement et sacramentellement jusqu’aux portes de l’enfer dont le Christ a triomphé. C’est dans la connexion à cette profondeur que réside la vérité et la véridicité de notre proclamation d’aujourd’hui.

Le Christ est ressuscité ! En vérité Il est ressuscité !

P. Dragoș Herescu, Recteur de la paroisse « Saint Jean l’Évangéliste » de Cambridge, Grande Bretagne,
Directeur de l’Institut d’Études Chrétiennes Orthodoxes de Cambridge (IOCS)

Notes :

1. https://www.schmemann.org/byhim/easterinliturgicalyear.html (« Orthodox spirituality is paschal in its inner content, and the real content of the Church life is joy. We speak of feasts; the feast is the expression of joyfulness of Christianity. »)

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