publicat in Le monde intérieur pe 10 Mars 2022, 16:34
Que ton âme soit unie à Dieu par une foi profonde, et tout te deviendra possible. Des ennemis puissants, invisibles, toujours en alerte, te font la guerre ? Tu les vaincras. Ce sont des ennemis visibles, extérieurs ? Tu les vaincras également. Les passions te déchirent ? Tu les dompteras. Tu es accablé de peines ? Tu les surmonteras. Tu es tombé dans le découragement ? Tu reprendras courage. Avec la foi, tu peux tout vaincre, le Royaume des cieux même t’appartient. La foi est le but suprême de la vie ; elle unit l’homme à Dieu, en Dieu elle le rend fort et victorieux. « Celui qui s’unit au Seigneur est un seul esprit avec lui » (1 Cor. 6,17).
Saint Jean de Cronstadt, « Ma vie en Christ »
Nous traversons depuis deux ans l’une des périodes les plus sombres de l’histoire récente, une pandémie mondiale et une dictature sanitaire où, comme le constate le professeur Didier Raoult, « le vaccin est devenu une religion ». Mais la véritable pandémie qui sévit à la surface de la planète est la perte de la foi en Dieu, sans laquelle, aucun vaccin, aucun médicament, aucun traitement humain ne pourront nous guérir du virus de la mort qui nous a été transmis par nos parents en même temps que la vie, comme nous le fait comprendre saint Nicodème l’Athonite, lorsqu’il écrit : « l’homme commence à mourir quand il commence à vivre » (« La garde des cinq sens »).
La foi, c’est se soumettre entièrement, inconditionnellement, à la volonté de Dieu, en toute circonstance et quoi qu’il arrive, de manière à effacer toute différence entre notre volonté et la volonté de Dieu. La foi c’est croire que Dieu est le Bien absolu et éternel et que rien de mal ne peut venir de Lui, même si notre raison humaine est trop limitée et imparfaite pour comprendre l’effet bénéfique des épreuves qu’Il nous envoie. Mais notre foi est loin d’être parfaite et lorsque les tourments et les adversités de la vie nous accablent, l’angoisse, le doute, la détresse s’emparent de notre cœur : « Il n’est jamais si difficile de dire du fond du cœur : « Père, que Ta volonté soit faite », que lorsqu’on est accablé par une profonde détresse ou une grave maladie, et surtout lorsqu’on est exposé à l’injustice des hommes, aux attaques ou aux perfidies de l’ennemi. (…) Il est donc difficile, dans le malheur de dire : « Que Ta volonté soit faite ». Nous pensons : « Est-il possible que ce soit la volonté de Dieu ? Pourquoi Dieu nous martyrise-t-il ? Pourquoi les autres sont-ils tranquilles et heureux ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Y aura-t-il un terme à ma souffrance ? » et ainsi de suite. Mais c’est justement quand il est difficile à notre nature déchue de reconnaître la volonté de Dieu sur nous, cette volonté sans laquelle rien n’arrive, (…) c’est alors même que nous devons nous soumettre humblement à cette volonté, offrir au Seigneur le plus précieux des sacrifices : le don total, plein d’amour, de nous-mêmes, (…) c’est alors que nous devons soumettre notre vaine sagesse dévoyée à la sagesse incomparable de Dieu, car « autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre », autant nos pensées sont éloignées des pensées de Dieu (cf. Esaïe 55,9) » (Saint Jean de Cronstadt, op. cit.).
La raison humaine – divinisée pendant la révolution française – est devenue l’idole des temps modernes et a été érigée au rang de juge suprême de toute chose, à la place de Dieu, comme l’a proclamé le père de la psychanalyse : « Il n’y a aucune instance au-dessus de la raison » (Sigmund Freud, « L’avenir d’une illusion »).
Au XVIIe siècle, Pascal avait déjà dénoncé l’orgueil insensé de l’homme qui ne croit à aucune autorité supérieure à la raison humaine : « Qui voudrait ne suivre que la raison serait fou prouvé ». Car « la dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent. Elle n’est que faible si elle ne va jusqu’à connaître cela.
Que si les choses naturelles la surpassent, que dira-t-on des surnaturelles ? » (Pascal, « Pensées »). La raison ne peut connaître que les vérités limitées et relatives de ce monde, alors qu’« au-delà des frontières de la connaissance relative il existe une succession infinie de connaissances dont nous n’avons pas la moindre idée » (Saint Sophrony – « L’ascèse de la connaissance de Dieu »). La vérité de Dieu ne peut être connue par la raison, telle une démonstration mathématique, mais seulement par le cœur et par l’expérience personnelle de chacun de nous, de même que toutes les choses de la vie. On ne peut connaître le goût du miel sans y avoir goûté, on ne peut connaître l’amour sans avoir aimé, de la même façon, on ne peut connaître Dieu sans avoir senti sa présence vivante – ou son absence douloureuse – dans notre cœur. Car « c’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi. Dieu sensible au cœur, non à la raison » (Pascal, op. cit.).
La connaissance rationnelle ne peut nous conduire qu’au désespoir, car la seule vérité absolue que peut connaître notre intelligence c’est la mort et la destruction finale de tout ce qui existe. C’est pourquoi « la connaissance est suivie de la peur. Mais la foi est suivie de l’espérance ». Car « dans ses œuvres la foi chemine plus haut que la nature » (Saint Isaac le Syrien, « Discours ascétiques »).
Une foi forte « se caractérise par l’espoir ferme, inébranlable, dans la miséricorde de Dieu, quoi qu’il nous arrive, quelle que soit la tentation qui nous trouble, même si la terre s’ouvrait sous nos pieds, même si le monde entier et l’enfer tout entier se dressaient contre nous » (Saint Sophrony, op. cit.).
Le découragement, la détresse, le désespoir sont la conséquence d’un obscurcissement spirituel qui nous fait croire que les forces des ténèbres sont plus puissantes que la lumière de Dieu. Autrement dit, le mal devient une idole qui prend la place de Dieu dans notre cœur.
C’est pourquoi l’apôtre Paul dit la vérité en affirmant que « tout ce qui ne résulte pas de la foi est péché » (op. cit.)
Nous pouvons facilement mesurer la force de notre foi en observant ce qui se passe dans notre cœur : quand « les mauvaises pensées, les mauvaises pulsions du cœur s’éveillent en toi, tu te sens mal à l’aise et oppressé ; quand tu es troublé intérieurement, c’est l’esprit du mal, l’esprit rusé qui est en toi. (…) L’esprit mauvais est un esprit de doute, d’incrédulité, de passion, d’oppression, de tristesse et de trouble ; tandis que le bon esprit est un esprit de foi ferme, de vertu, de liberté spirituelle et d’épanouissement, un esprit de paix et de joie. Reconnais à ces signes si c’est l’esprit de Dieu ou l’esprit du mal qui est en toi » (Saint Jean de Cronstadt, op. cit.).
Avoir la foi c’est croire que tout ce que Dieu nous envoie est bon pour nous. Car « toutes les tentations que nous rencontrons nous sont d’une grande utilité, nous apprennent le combat spirituel, nous donnent la possibilité de nous connaître. On peut même dire qu’une âme courageuse aime les tentations, car en les surmontant, elle devient plus forte, plus ferme, plus avisée, plus sage, elle devient capable de s’élever vers la contemplation » (Saint Sophrony op. cit.). Sans l’aide de Dieu notre foi n’est jamais assez forte pour affronter et vaincre les vicissitudes et les adversités de la vie. Même la foi des apôtres de Jésus n’était pas parfaite, c’est pourquoi ils ont demandé au Christ de raffermir leur foi. À nos moments de doute, de découragement, de détresse nous devons suivre leur exemple et demander au Seigneur : « Augmente en nous la foi » (Luc 17,5).