publicat in Homélies et sermons pe 8 Janvier 2021, 05:02
Archimandrite Aimilianos de Simonos Petra
(Souhaits formulés au Monastère d’Ormylia, le 1er janvier 1984)
Chaque heure et chaque instant, tout événement et signe sont un don de Dieu. Dieu nous fait don du temps, mais dans la réalité le temps n’existe pas. Le temps fuit. Un oiseau en plein vol laisse-t-il des traces ? Assurément non ! Il en est de même pour le temps. Seule l’éternité existe. Elle est le propre de Dieu. Le seul qui soit éternel, le seul bon et le seul saint, c’est Dieu.
Le temps, au sens physique s’écoule et disparait, il est inexistant. Le passé ? Il n’existe pas de citerne où nous puissions le cacher. Tout tombe dans l’oubli, la mort recouvre tout. Le présent n’existe pas non plus, car dès que nous prononçons le mot « présent », celui-ci s’est déjà enfuit. L’avenir ? Nous ne pouvons le tenir entre nos mains. Serons-nous encore en vie dans l’heure qui suit ? Et même si nous vivons, notre vie est un passage, quelque chose qui, en soi, n’a pas d’existence.
Le temps est une ombre mouvante de l’éternité. L’éternité est une propriété de Dieu, une des caractéristiques de la divinité. Tous les siècles rassemblés ne sont donc qu’un moment. Le temps ne nous appartient pas, il sort des entrailles de la divinité, il est rayonnement, création, produit de la divinité.
Le temps est l’ombre d’un rayon qui part du sein paternel et qui nous prouve que nous vivons devant Dieu. De même que nous ne sommes pas pleinement des êtres humains si nous ne possédons pas le souffle du Saint-Esprit, ainsi le temps n’existe pas s’il n’y a pas d’éternité. Nous pouvons dire aussi qu’il n’y aurait pas d’ombre s’il n’y avait pas de lumière ou de soleil. La même chose se produit avec le temps : il jaillit de Dieu et parvient jusqu’à nous. Mais si quelque obstacle survient : mort, maladie, peine, douleur, difficultés, etc. une ombre se profile immédiatement. Pour le dire autrement : Dieu disparaît de notre pensée. Oubliant Dieu, nous vivons douloureusement le temps, nous vivons l’anxiété, la lutte ; tout est ténébreux, parce qu’un événement empêche le rayon divin de parvenir jusqu’à nous.
Sur cette terre ténébreuse, c’est uniquement lorsque l’homme se souvient de Dieu, qu’il peut dire : « Je retourne vers mon Père1 ». Alors, immédiatement sa vie change, le mur defortification qui s’élevait entre son âme et Dieu s’écroule. Le temps qui fuit montre que Dieu n’a pas permis que quelque chose de sérieux se glisse entre nous et Lui. Dieu continue à luire dans nos cœurs et dans notre existence. Le temps est donc un signe de la présence de Dieu.
Quelqu’un peut demander à Dieu de se manifester à lui, de l’illuminer, de lui parler. Il peut Lui dire par exemple : « Mon Dieu, où es-tu caché ? » Mais il ne comprend pas comment il respire à l’instant présent. Il ne saisit pas que le temps est changeant :les jours, les mois, les siècles se succèdent et manifestent par là-même que Dieu est ici avec nous et qu’Il nous regarde. Le regard de Dieu nous donne la sensation du temps.
Le temps n’existe pas. Il y a seulement l’éternité. Il y a Dieu. Mais il arrive cependant que je me rappelle mes expériences spirituelles avec Dieu : un jour Il adoucit mon cœur, une autre fois Dieu m’a donné un soufflet pour me ramener vers Lui, ou encore Il m’a révélé la voie que je devais suivre ou bien Il m’a parlé sur le chemin de Damas2 de mon propre « Damas » ; Il a regardé mon cœur, Il m’a fortifié, et je suis devenu moine. Alors que notre vie est une, nous, nous y plaçons des limites temporelles. Dans notre éternité, nous séparons le quotidien d’avec les moments de communion avec Dieu.
Nous avons fait quelque chose de semblable aujourd’hui, premier janvier, en disant que nous avons changé d’année. Le temps ne change pas ! Le changement est purement conventionnel. Notre Église entre dans une nouvelle année au mois de septembre qui est le commencement de l’Indiction3 ; elle suit un autre cycle. Nous, nous nous tenons devant Dieu, devant sa Mère toute sainte, dans le Paradis oùla royauté et l’éternité de Dieu sont manifestes. Là, le changement est aboli, tout est stable. Notre regard est sans cesse fixé sur le Christ qui nous inonde tous de sa lumière. Voilà ce qu’est l’éternité.
Les icônes de la Pentecôte représentent la gloire du Christ qui descend sur les apôtres comme les rayons du soleil. Dans ces rayons se trouvent tous les saints, tous les peuples, le monde entier. Tout est sous le regard de Dieu et nous, nous confessons notre foi, nous confessons que Dieu existe. Seule la présence de Dieu peut créer et laisser des signes partout. Devant ces signes nous nous exclamons : « Gloire à toi, ô Dieu ! », parce que nous croyons que notre Père, tandis qu’Il est dans les cieux, est en même temps sur terre, à l’endroit même où nous nous trouvons. Nous croyons non seulement que nous avons un Père, mais aussi que nous sommes fils et filles de Dieu desquels les prophètes disent qu’ils naîtront quand le souffle du Saint-Esprit remplira l’Église4.
Chaque premier de l’an doit nous amener à sentir, à vivre que Dieu existe et qu’Il est « mon Père et moi son enfant » ; je peux donc attirer sa bénédiction. Ceci est la seule réalité.
Chaque cœur sait combien de bénédictions il a reçu de Dieu, et quelle sagesse et force spirituelle il en a tiré. Et tout cela dépend de notre capacité de réception. L’un est susceptible d’une grande bénédiction, un autre seulement d’une petite ; un autre recevra la malédiction. Plus la vie d’un homme est tournée vers Dieu, plus il reçoit de bénédictions – de nos jours nous employons le mot « bonheur ». Ce qu’est cette bénédiction, puisqu’elle est invisible, elle n’est connue que du Saint-Esprit et de notre propre esprit qui connaît ce que nous celons en nous.
Mais que signifie être heureux ? Selon la conception du monde, est heureux celui pour lequel tout va bien, qui réussit en toutes choses, qui vit dans le bonheur. Cependant, le bonheur vrai et réel signifie « rencontre », félicité, bien-être. Être heureux, signifie s’entretenir avec Dieu, le rencontrer. Plus nous serons en relation avec Dieu, plus nous serons heureux. C’est tellement vrai !
Extrait du livre « Prairie Spirituelle – Les fêtes, reflet de la gloire de Dieu ».
Monastère de l’Annonciation Ormylia - Chalcidique - Grèce. P24 à 27 Chapitre 2
« Une nouvelle année plus proche du Christ »
Notes :