La Femme aux 7 maris

publicat in Parole de l'Évangile pe 2 Janvier 2022, 04:41

Le Christ révèle la résurrection, et la vie dans « le siècle à venir »

(Mt 22, 23-33; Mc 12, 18-27; Lc 20, 27-38)

Cette histoire, qui pourrait sembler presque humoristique, tant elle est caricaturale, mais qui, en fait, est complexe, doit être resituée dans son contexte, pour que nous puissions en comprendre le sens véritable, bien éloigné du mariage humain. Nous sommes entre les Rameaux – l’Entrée messianique du Christ à Jérusalem – et la Sainte-Cène, qui est le prélude à sa Passion. Ces quelques jours étranges sont un moment d’une extrême tension entre les tenants du Judaïsme officiel – le Sanhédrin – et Jésus, qui Se trouve attaqué constamment par ses ennemis, qui voudraient à tout prix Le « surprendre en parole », Le prendre en flagrant délit de propos contraires à la Loi de Moïse, ce qui leur permettrait de mettre un terme à sa notoriété et de Le condamner pour blasphème.

Le Seigneur affronte ses contradicteurs avec un courage exceptionnel, enseignant constamment dans le Temple1. Cette courte période est extrêmement éprouvante pour le Christ, et elle a été une forme de Passion morale avant sa Passion physique. Il ne trouvait un peu de repos et de consolation que le soir, chez ses amis de Béthanie, où Il était en sécurité.

La « Loi de Moïse »2 qui était le socle de la foi juive, était d’une grande complexité, que seuls les prêtres et les scribes étaient capables de maîtriser. Et elle ne se présentait pas comme un traité de théologie systématique : il fallait être capable de relier entre eux les passages significatifs et complémentaires. Ceux qui s’estimaient en être les dépositaires officiels et exclusifs vont donc tendre des pièges au Rabbi de Nazareth pour essayer de Le « coincer ». Deux groupes vont se succéder pour interroger Jésus sans relâche : les Sadducéens, qui représentaient le parti des grands-prêtres, et les Pharisiens, au sein desquels se trouvaient en général les scribes, les maîtres en Écriture sainte. Entre deux attaques, le Christ va raconter des paraboles d’une extrême importance et qui sont toutes des jugements de Dieu, préfigures du Jugement dernier.

La plupart de ces joutes verbales et des paraboles prononcées entre deux sont rapportées par les trois Synoptiques, Saints Matthieu, Marc et Luc. Et les trois indiquent le même contexte : le Seigneur vient de raconter la parabole des Vignerons homicides3blur dating sitehttps://apostolia.eu/index.php/dom-sub-speed-dating/free dating apps for over 50matchmaking menu.

Si Dieu Se nomme Lui-même le Dieu de ces trois personnes, c’est qu’elles sont vivantes devant Luiet non pas des souvenirs appartenant à l’histoire. Comme le dit Saint Jean Chrysostome : « Dieu ne peut être le Dieu de ceux qui ne sont plus et qui, étant dans le néant, ne ressusciteront jamais [comme le pensent les Sadducéens]. Car Il ne dit pas : J’étais le Dieu de … mais Je suis le Dieu de ..., c’est-à-dire de ceux qui sont encore, qui vivent ». Et le Christ commente ainsi la parole de son Père céleste : « Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ».

Le Seigneur est très concret dans ses démonstrations. Il ne fait jamais de théologie abstraite : Il parle toujours au cœur des hommes. Il a  clos la bouche de ses contradicteurs qui ne savent plus quoi dire et s’en vont. Tandis que « la foule était frappée de son enseignement ». Les Sadducéens ne L’écouteront pas : ils Le condamneront à mort quelques jours plus tard et Le feront torturer et tuer par les Romains. Mais ce clergé disparaîtra à jamais : la prêtrise juive disparaîtra avec la ruine du Temple en 70 après J-C8, car ils n’étaient plus dignes d’être prêtres. Ils seront remplacés par les prêtres chrétiens.

Le premier enseignement important de cet Évangile est que le Christ nous révèle ce qu’est la vie « du siècle à venir »9, c’est-à-dire la vie dans le Royaume de Dieu, où la mort aura définitivement disparu, et où nous serons « comme des anges », c’est-à-dire intimes et proches de Dieu [Dieu est esprit, et les anges sont des esprits célestes] mais avec un corps et une âme déifiés, car l’homme n’a pas une nature angélique, ni le même destin que les anges.

Il y a néanmoins deux autres enseignements, qui ont trait au mariage (terrestre), bien que ce ne fût pas réellement le sujet de la discussion.

Le Christ rappelle à ses contradicteurs juifs qu’il faut lire l’Écriture d’une façon spirituelle et non formelle. La prescription que Dieu avait donnée à Moïse en Dt 25/5-6 était liée au destin spirituel d’Israël, qui était d’engendrer le Messie, sinon du moins y coopérer. C’était un devoir sacré. Et lorsque la « chaîne » vivante s’interrompait en raison de la stérilité ou de la mort, il fallait pallier cette déficience. Souvenons-nous de l’immense tristesse de Joachim et Anne qui étaient affligés de leur stérilité parce qu’ils ne pouvaient pas être agréables à Dieu, coopérer à l’incarnation du Verbe. C’était la sublime mission d’Israël. Or, lorsque les Sadducéens viennent « attaquer » Jésus sur ce sujet, le Messie était là devant eux, ce qui signifiait que la prescription donnée à Moïse n’avait plus de raison d’être : elle était accomplie. Mais, au lieu de s’attacher à l’esprit, ils s’attachaient à la forme. La reprise du Christ vaut aussi pour nous les Chrétiens, car nous reproduisons souvent les péchés d’Israël.

Et enfin, le Christ nous donne aussi un enseignement important sur le mariage. Le mariage, qui est exclusivement l’union amoureuse et sacrée d’un homme et d’une femme, est probablement la plus haute forme d’amour qui existe sur terre, parce qu’elle est la seule à concerner le corps – la vie physique et charnelle – l’âme psychique – les sentiments amoureux – et la vie spirituelle. Mais le mariage terrestre n’est ni absolu, ni éternel, comme le dit clairement le Christ. Et il n’est pas non plus un mariage « unique ». Nous le voyons dans la prescription donnée par Moïse. Cela vaut aussi pour le remariage des veufs et des veuves, ainsi que pour tous les cas où un mariage se révèle impossible ou un échec10 (le Christ Lui-même donne une règle de séparation en Mt 5/31 et 19/31). En faire un absolu, comme le font certaines confessions chrétiennes du 2è millénaire est une erreur dangereuse et contre-productive, car elle peut fausser la perspective du mariage chrétien et en éloigner des personnes de bonne volonté. Le véritable mariage éternel et unique, est celui de l’Homme avec Dieu, mariage spirituel. Saint Paul l’exprime bien lorsqu’il s’adresse aux Corinthiens en leur disant : « je vous ai fiancés à un seul Époux pour vous présenter au Christ comme une vierge pure » (2 Co 11/2). Et dans son Épître aux Éphésiens, il montre que le mariage terrestre est une image prophétique du mariage entre le Christ et l’Église (« ce mystère est grand par rapport au Christ et à l’Église » Éph 5/32).

Ne faisons pas comme les Sadducéens : ne confondons pas la vie terrestre dans le monde déchu et la vie éternelle dans le Royaume de Dieu.

Père Noël TANAZACQ. Paris

Notes :

1. C’est-à-dire dans l’enceinte du Temple, lieu de prière, d’enseignement et de rencontre, le plus sacré de Jérusalem.
2. La loi de Moïse, la Torah, est le « Pentateuque » des Chrétiens, dont le texte « canonique » fut proclamé par Esdras, au retour de l’exil, vers 400 av. J-C. Elle est complétée par les Prophètes, qui annoncent clairement la venue du Messie. Quant aux Psaumes et aux autres textes poétiques, ils étaient surtout utilisés pour le Culte du Temple. C’est, à quelques variantes près, notre « Ancien Testament ».
3. Cf. Apostolian° 28-29 de juillet-août 2010. Saint Matthieu rapporte en plus la parabole du Banquet céleste, dans sa version « dure », avec deux jugements, un collectif et l’autre personnel.
4. Cf. Apostolian° 163 d’octobre 2021. 
5. « Saduccéen »vient de Sadoq, qui fut établi par Salomon à la tête des prêtres de Jérusalem, après la construction du 1er Temple (10e s. av. J-C). Ce sont des familles riches et puissantes, assez fortement hellénisées, regroupant les grands-prêtres et les prêtres de haut rang.
6. Commentaire sur l’Évangile selon Saint Matthieu,homélie n° 7, p. 428-430, Éd. Artège.
7. Sur Matthieu, II, p. 159. Sources chrétiennes n° 258.
8. Àla fin de la 1re guerre juive, que les Juifs perdront : le temple sera détruit, les sacrifices et le culte disparaîtront, et le clergéavec. Le Temple avait été construit pour accueillir le Messie : comme les gardiens du Temple ont rejeté Jésus, ce temple était devenu inutile, de même que son clergé.
9. Cela correspond au texte grec. L’expression sera reprise dans le Symbole de foi de Nicée-Constantinople.
10. Sans parler des innombrables mariages forcés, imposés par les parents ou la famille, fondés sur l’intérêt, depuis 2000 ans, mais que toutes les Églises ont bénis…