publicat in Varia pe 3 Décembre 2021, 19:07
– Oui, j’ai le cancer. Ce n’est pas beau à entendre, mais c’est la réalité. Je peux plus rien faire d’autre que de demander à Dieu de me donner la force de porter cette maladie jusqu’au bout, dit Luc avec résignation.
Luc avait appris la nouvelle de la maladie il y a quelques semaines. Il s’agit d’une forme inopérable. Les médecins lui ont dit qu’il allait vivre encore environ quatre mois, sauf miracle.
– Vous savez, mon père, quand j’ai appris la nouvelle de la maladie j’ai eu un choc. Je suis entré dans la première église que j’ai vue après être sorti de l’hôpital. Elle se trouvait dans la cour même de l’hôpital. Et j’ai regardé le Christ dans les yeux, mais je n’ai pas eu la force de Lui demander la guérison, parce que je savais que cette souffrance m’était donnée pour mes péchés. J’ai pleuré comme je n’ai jamais pleuré devant son icône, mais je n’ai pas demandé la guérison. Je n’en ai pas eu le courage. Je Lui ai seulement dit de faire ce qu’Il savait être mieux pour moi.
Luc n’a pas toujours eu cette sensibilité. Il l’a perdue lorsqu’il a perdu son âme dans une vie qui n’était pas au niveau de la beauté que Dieu avait mise dans son âme. Il était conscient des dons qu’il avait reçus d’en haut, mais il ne se souciait pas de la manière dont il fallait les utiliser pour les multiplier. Il a passé longtemps dans des passions charnelles dont maintenant il n’est pas fier du tout, mais pour lesquelles il demande le pardon et la guérison de tout son cœur.
– J’ai repris le chemin de l’Église. Je me suis senti comme revenu chez moi. Mon âme se sent très bien dans l’église, même si, comme je vous l’ai dit, je n’ose pas demander la guérison corporelle, parce que je ne la mérite pas. Mais au moins si le Seigneur pouvait m’accorder la guérison spirituelle, pendant la dernière ligne droite..., se confesse Luc.
– Il va vous la donner. Ne vous inquiétez pas. Et je l’encourage : surtout que vous vous êtes confessé avec tant de repentir et de désir d’être avec Dieu.
–Père, j’ai un dernier souhait. J’ai entendu dire que c’était bien de mourir un jour de fête. J’ai fait un calcul. Si vraiment il ne me reste plus que quatre mois à vivre, il faudrait que je m’en aille le jour de la Saint Nicolas. Vous pensez que Dieu serait fâché si je lui demandais de m’emporter le jour de la Saint Nicolas ? demande Luc, comme s’il attendait un encouragement.
– Le Seigneur fait attention à notre âme. Je pense qu’Il peut aussi exaucer ce vœu que vous avez, surtout si vous priez aussi Saint Nicolas pour qu’il intercède pour vous, je réponds, profondément ému par l’humilité de cet homme qui ne peut pas demander la guérison, mais qui pense demander la petite faveur de donner son âme entre les mains de Dieu un jour de fête, parce qu’il est convaincu qu’ainsi il aurait une chance de plus au paradis.
Les mois passent avec difficulté. Luc prépare tout, convaincu de partir dans un voyage sans retour. Cette fois, nous nous rencontrons à l’hôpital pour le Saint Sacrement de la Confession et de la Communion.
– Il n’y a pas de meilleure préparation que la Confession et la Communion. Cela m’aide tellement, me donne la paix et la force de garder les bonnes pensées dans mon cœur. Le Seigneur ne me quitte même pas dans ces moments, même si je L’ai quitté pendant si longtemps, dit Luc en soupirant. Je me suis réconcilié avec tous. Je leur ai demandé pardon de tout mon cœur et je me réjouis de l’avoir obtenu. J’ai tout préparé. J’ai donné tout ce que j’avais dans la maison. J’ai résilié le bail. J’ai mis tout en bon ordre. Maintenant, la seule maison sur cette terre est cette chambre d’hôpital.
C’est une chambre simple d’hôpital où règne la paix. Luc est résigné devant la volonté de Dieu. Il l’a reçue dans son cœur et vit seulement en pensant à Sa miséricorde. Ses douleurs passent avec un simple paracétamol.
– C’est un miracle, père. J’ai des douleurs, mais elles sont supportables et passent avec un simple paracétamol. Serait-ce grâce au fait que j’ai accepté la maladie et je me suis laissé porter par la volonté du Seigneur ?
– Certainement, je lui réponds, convaincu que l’homme qui se confie à Dieu sauve beaucoup d’énergie et évite une souffrance encore plus grande.
Nous nous séparons. Nous avons tous les deux le sentiment clair que nous n’allons plus nous revoir sur cette terre. Nous nous serrons la main comme deux amis que Dieu a amenés pour un peu de temps sur la même voie pour être ensemble dans ces moments difficiles.
– Père, je vous remercie de tout cœur pour tout. Je prie Dieu de vous récompenser.
Je n’arrête pas d’être ébloui devant la force de la résignation de cette belle âme. Je n’ai plus de paroles, seule reste l’émotion d’une rencontre tout à fait spéciale. Nous nous séparons dans l’esprit de la paix qui remplit la réserve où Luc est hospitalisé, dernière halte de cette âme sensible sur cette terre.
C’est le jour de la Saint Nicolas. Je commence la journée par les visages remplis de joie de mes enfants qui viennent de trouver dans leurs petites bottes exactement ce qu’ils souhaitaient pour la Saint Nicolas.
– Papa, comment Saint Nicolas sait-il exactement ce que nous souhaitons comme cadeau ? me demandent les enfants, émerveillés par la beauté du Saint.
– Les saints, parce qu’ils ont une âme bonne, sont toujours avertis par Dieu dans leur cœur sur ce dont les autres ont besoin, ainsi que le pouvoir d’exaucer leurs vœux, leur dis-je, et cela semble les contenter.
Je vais ensuite regarder mon téléphone. J’y vois un message non lu qui attend depuis 0h10.
« Cher père Joseph, Saint Nicolas est venu aujourd’hui à 0h05 chez Luc, pour lui apporter la nouvelle joyeuse qu’à partir de maintenant il va être à côté de Dieu dans l’éternité. C’est exactement ce que Luc a souhaité que Saint Nicolas lui donne. Quelle est la bonté des saints de Dieu ! Nous vous remercions pour tout. Frère Jean. »
P. Iosif Cristian Rădulescu