Mon Dieu viens à mon aide, hâte toi, Seigneur, de me secourir (Ps. 70, 2)

publicat in Le monde intérieur pe 7 Octobre 2021, 10:13

Afin de vous tenir toujours dans la pensée de Dieu, vous devez continuellement vous proposer cette formule de piété : « Mon Dieu, viens à mon aide ; hâte-toi, Seigneur de me secourir ». (…) La colère, la cupidité, la tristesse me harcèlent et me troublent (…).  De peur que le trouble de la colère n’engendre en moi l’amertume et le fiel, je gémirai du fond de l’âme : « Mon Dieu, viens à mon aide ; hâte-toi, Seigneur, de me secourir ». (…) Mon âme ressemble à un désert aride, et je me sens incapable de produire la moindre pensée spirituelle. Pour être délivré de cette désolation, d’où ni larmes ni soupirs n’ont pu me faire sortir, je pousserai nécessairement ce cri : « Mon Dieu, viens à mon aide ; hâte-toi, Seigneur, de me secourir ». (…) Ainsi, ce verset doit être notre constante prière : dans l’adversité, pour en être délivrés, et dans la prospérité, pour y être maintenus, et préservés de l’orgueil  

Saint Jean Cassien, « La vie spirituelle à l’école des Pères du désert »

Le Christ définit en quelques mots la relation entre l’homme et Dieu, entre la créature et son Créateur,  lorsqu’il dit : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jean 15, 5) : « Si l’Eternel ne bâtit la maison, / Ceux qui la bâtissent travaillent en vain ; / Si l’Eternel ne garde la ville, / Celui qui la garde veille en vain » (Ps. 127, 1).

Saint Paul met en lumière lui aussi la dépendance totale de l’homme à l’égard de Dieu : « Qu’as-tu que n’aies reçu ? » (1Cor. 4, 7).

Dieu est l’existence même de tout ce qui existe et on Le connaît par notre propre existence. « Il n’est pas loin de chacun de nous, car en lui nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Actes 17, 27-28).

Léon Tolstoï, qui dans sa jeunesse avait perdu la foi, finit par comprendre que le lien profond de son être avec Dieu est la vie elle-même : « Il est ce dont l’absence nous prive de vie. Connaître Dieu et vivre, c’était la même chose. Dieu était la vie. (…) Tout s’éclaira en moi et autour de moi plus clairement que jamais, et cette lumière ne me quitta plus jamais » (Léon Tolstoï, « Confession »).

Dieu est partout présent, ici et maintenant, en nous et au-dehors de nous, et il nous parle à chaque instant, par tout ce qui existe : « Dieu est vraiment notre prochain et nous pouvons continuellement dialoguer avec Lui. Car Dieu est dans ton regard, dans ton esprit, dans ta parole, dans ta respiration, dans ta nourriture ; où que tu regardes, Dieu est partout. (…) Tu l’appelles : « Mon Dieu, où es-tu ? ». Il répond : « Je suis là, mon enfant ! Je suis toujours à tes côtés ». Dedans et dehors, au-dessus et en dessous, où que tu te tournes, tout crie et appelle Dieu. (…) Toute la Création est un appel. Toute chose, inanimée ou animée, parle merveilleusement et glorifie le Créateur » (Joseph l’Hésychaste, « Lettres spirituelles »). 

Le fait même de ressentir l’absence de Dieu, de se sentir faible, seul, abandonné, d’être conscient de son impuissance et de ses imperfections, est une preuve que sans Dieu notre vie est incomplète, imparfaite et malheureuse. L’homme est éternellement insatisfait de lui-même et de son existence sur terre, car il porte dans son cœur le désir d’absolu, de perfection, d’infini, d’immortalité, qui vient de Dieu. C’est là un argument fondamental sur lequel s’appuie Descartes pour prouver l’existence de Dieu : « Car comment serait-il possible que je pusse connaître que je doute, et que je désire, c’est-à-dire qu’il me manque quelque chose, et que je ne suis pas tout parfait, si je n’avais en moi aucune idée d’un être plus parfait que moi par la comparaison duquel je connaîtrais les défauts de ma nature ? » (Descartes, « Méditations »).  

Tout dans la nature, dans  la vie, dans notre cœur, nous parle de Dieu, appelle Dieu, demande l’aide de Dieu, si bien que tout ce que nous voyons, ressentons et vivons, peut devenir un moyen de dissiper l’apathie coutumière de notre âme et de raviver notre  foi : « Il n’est personne qui ne rencontre une infinité d’occasions de sortir de sa torpeur, moyennant la grâce de Dieu, et de secouer sa somnolence » (Saint Jean Cassien, op. cit.). 

C’est la présence de l’Esprit de Dieu en nous (cf. 1 Cor. 3, 16) qui nous fait connaître les faiblesses, les impuretés et les infirmités de notre âme, si bien qu’il faut demander à Dieu en toute circonstance : « Mon Dieu, viens à mon aide ; hâte-toi, Seigneur, de me secourir », même sans savoir en quoi pourrait consister son aide. Là encore « l’Esprit vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu’il convient de demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables ; et Celui qui sonde les cœurs connaît quelle est l’intention de l’Esprit » (Rom. 8, 26-27).

Sans Dieu nous ne pouvons rien faire et nous ne sommes rien : « que chacun sache qu’il est un zéro ». « Tout bien tient son principe de Dieu. (…) Tout ce que tu as pu penser, dire, réaliser de bon, tout est un don de Dieu (…), par nous-mêmes nous ne possédons rien » (Joseph l’Hésychaste, op. cit. ). 

Si Dieu ne réside pas dans notre cœur, c’est son ennemi qui prendra sa place : « Nous n’avons pas à redouter un adversaire extérieur : l’ennemi est enclos en nous-mêmes, il mène quotidiennement contre nous une guerre intestine » (Saint Jean Cassien, op. cit.). 

La stratégie du démon est la même que celle du serpent qui a causé la chute d’Adam et de sa femme en leur faisant croire qu’ils pourraient acquérir la sagesse et le pouvoir de Dieu – « vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal » (Gen. 3, 5).

C’est le malin qui parle par la bouche de ceux qui nous disent de croire en l’homme, à son intelligence, à son génie, à sa science, à son pouvoir sur la nature et sur la vie : « On a remplacé la religion de Dieu par la religion de l’Homme » (Bertrand Vergély, « Le silence de Dieu).

La pandémie qui sévit depuis un an et demi à la surface du globe, nous rappelle les véritables dimensions de l’homme : il est plus insignifiant et plus impuissant qu’un organisme microscopique qui a pris possession de toute la planète, ce qu’aucun chef militaire – ni Alexandre le Grand, ni Jules César, ni Napoléon, ni Hitler – n’a pu faire.  Malgré tous les vaccins, les masques, les confinements, les passeports sanitaires, sans l’aide de Dieu, l’homme ne pourra jamais vaincre ce virus, ni la mort elle-même, qui avec ou sans virus, surviendra tôt ou tard pour chacun de nous. Car « le secours de l’homme n’est que vanité » (Ps. 60, 13). « Oui, vanité les fils de l’homme ! / Mensonge les fils de l’homme ! / Dans une balance ils monteraient / Tous ensemble, plus légers qu’un souffle » (Ps. 61, 10). 

C’est pourquoi, par les temps sombres que nous vivons, nous ne devons pas compter sur l’aide des hommes, mais demander avant tout le secours de  Dieu en disant : « Mon Dieu, viens à notre aide ; hâte-toi, Seigneur, de nous secourir ».

Avoir la foi c’est conserver en toute circonstance la présence vivante de Dieu dans notre esprit et dans notre cœur, et nous confier entièrement à Lui comme un enfant se confie à ses parents : « Puisque Dieu est continuellement présent, pourquoi s’inquiéter ? Nous sommes portés par Ses bras, nous respirons Dieu ; nous sommes entourés par Dieu ; nous touchons Dieu ; nous mangeons Dieu lors du sacrement de la communion. Où que l’on se tourne, où que l’on regarde, partout Se trouve Dieu ; aux Cieux, sur terre, dans les abysses, dans les arbres, dans les pierres, dans ton esprit, dans ton cœur. Ainsi, ne voit-Il pas tes souffrances ? Ce que tu endures ? Dis-lui tes plaintes et tu verras la consolation, tu verras la guérison qui guérira non seulement ton corps, mais surtout les passions de ton âme » (Joseph l’Hésychaste, op. cit.).