Deux anniversaires le 21 octobre 2021 !

publicat in Anniversaire pe 2 Octobre 2021, 05:08

Faire mémoire

Un anniversaire n’est pas seulement un acte de mémoire : il est le renouvellement de la conscience. Pâques, par exemple, fête la sortie du Peuple de Dieu de la captivité pharaonique. L’Annonciation est l’anniversaire de la conception immaculée du Verbe divin. Toute l’année liturgique est structurée comme mémorial des actes divins, et l’ensemble de la Bible est la mémoire des interventions miséricordieuses dans l’humanité du Seigneur de gloire. Chaque acte de mémoire est, non seulement un mécanisme de souvenir, mais une actualisation du présent même de l’évènement et un moment ou la grâce divine correspondante est renouvelée. L’expérience humaine en général, et l’expérience biblique en particulier, gagnent contre l’oubli, contre la dévaluation du réel et la disqualification de la vie, contre la perte du sens des mots et des gestes, et, en fait, contre la mort.

Notre affection filiale

Le 21 octobre prochain nous célèbrerons le 20è  anniversaire de l’élévation de l’Archevêché Orthodoxe Roumain d’Europe Occidentale au rang de métropole, et de son titulaire à la dignité de métropolite ; nous fêterons également la promotion de notre père en Dieu le hiéromoine Silouane à l’ordre de l’épiscopat. Nos deux hiérarques, Son Éminence le métropolite Joseph et Son Excellence l’évêque Silouane, ces deux moines apostoliques, irradient depuis vingt ans la lumière de l’épiscopat sur la vie de l’Église et du monde. Leur rayonnement ecclésial et social marque une génération de fidèles orthodoxes et non orthodoxes, de croyants et de non encore croyants, de Roumains, de Français et d’hommes de toutes les nations. Confesser cela n’appartient pas au registre du compliment affectueux qui revient naturellement à nos bienfaiteurs et pasteurs. Cette affirmation relève de la théologie même de l’Église et du monde.

Le sens de l’épiscopat

Un anniversaire comme celui-ci comporte l’invitation à méditer profondément sur la réalité de l’épiscopat donné par le Christ Dieu à travers le ministère primordial des saints Apôtres. L’Évêque est dans l’Église, et l’Église est dans l’Évêque, dit un adage patristique ; là où est l’Évêque, là est l’Église dit une autre parole patristique, celle de saint Ignace d’Antioche, l’évêque martyr. Honorer l’épiscopat, c’est encore plus qu’honorer les personnes qui en sont revêtues. Nous remercions celles-ci du sacrifice qu’elles font d’elles-mêmes : merci Monseigneur Joseph ; merci Monseigneur Silouane d’avoir bien voulu, de bien vouloir encore monter sur la Croix avec le Christ pour le Salut de nos âmes et pour celui du monde entier. Notre gratitude va, bien entendu, aux personnes de nos hiérarques, de nos prêtres et diacres, et de tout homme ou femme qui, dans l’Église, accomplit pour sa part le sacrifice saint et non sanglant du Christ, en servant avec joie les frères et le prochain.

Le charisme apostolique

Mais nous honorons la grâce du ministère apostolique. C’est devant elle, véritable présence invisible du Christ Pasteur par le saint Esprit, que nous nous prosternons en toute occasion, comme nous nous prosternons, du reste, devant la grâce du saint Baptême qui habite dans nos Frères. La grâce apostolique que porte en plénitude chaque évêque confesseur de la vraie foi en ce monde est une puissance extraordinaire. Comme le dit Dieu le Verbe, elle est une puissance contre la mort, dégradation de l’âme ou décomposition du corps ; elle est une souveraineté divine devant tout ce qui déshumanise l’homme ; elle est la garantie du Salut de la Création tout entière. Ces charismes, et bien d’autres, ne dépendent pas de la culture, de l’instruction, de la nationalité, ou même d’une doctrine chrétienne : ils sont bien nommés « charismes », c’est-à-dire grâces et énergies incréées agissant dans la Création, dans la société civile et premièrement dans l’Église de façon créatrice. La grâce épiscopale, pour nous résumer, donne la vie, parce qu’elle procède du Donateur et Créateur de vie qui est l’Esprit Seigneur. Approchons nos hiérarques avec une crainte religieuse, qui n’est pas la peur qu’inspirent les hommes de pouvoir en ce monde, et qui est cette révérence pleine de conscience et de foi qu’éprouvent les saints dans la présence du Christ. En vérité, comme dans la profondeur invisible des saints icônes, le Christ Pasteur est invisiblement présent par la grâce de l’épiscopat, ce que montre de façon éloquente la célébration de la divine liturgie épiscopale, mère de toute forme liturgique.

Le peuple sacerdotal

Ce double vingtième anniversaire est également celui de notre peuple. Par cette célébration, nous sommes appelés à renouveler dans notre cœur la conscience de la dignité sacerdotale qui est celle de tout baptisé. Faut-il le rappeler ? – tous sont, par la grâce du saint baptême, de la sainte chrismation et par celle de la célébration de la communion eucharistique, membres, hommes et femmes, du sacerdoce du Christ le Dieu Homme. En ce jour, nous nous inclinons devant cette grâce sacerdotale que portent depuis vingt ans et bien davantage les fidèles, humbles et saints, de nos paroisses : vingt ans de prière, de témoignage de la foi, d’éducation religieuse des enfants, de victoire sur la mort et sur l’incroyance ; vingt ans de joie d’être chrétiens et orthodoxes ; vingt ans de sainteté cachée ou manifeste. Les prêtres confesseurs savent combien les fidèles sont saints... En ce jour anniversaire, nous rendons hommage au peuple modeste et royal, discret et prophétique de nos saintes paroisses. Des centaines de communautés paroissiales et monastiques composent la Métropole Orthodoxe Roumaine d’Europe Occidentale et le Diocèse Orthodoxe Roumain d’Italie. À chaque célébration de la divine Liturgie – que ceux qui le nient soient écartés ! – descend de façon vertigineuse et impalpable le feu de l’Esprit en réponse gracieuse à l’épiclèse que le peuple par la voix de son évêque ou de son prêtre élève vers le Père céleste. Vingt ans d’épiclèse ! Vingt ans de sanctification, d’absolution des péchés, de repentir et de joie !

Les gestionnaires de la Maison

Dans l’élan de notre gratitude qui monte vers Dieu, nous n’oublions pas les formes concrètes qu’a prises cette continuelle et fidèle effusion de l’Esprit sur nous, pécheurs et indignes membres de l’Église du Christ. Nous savons nommer les fondations, les constructions, les institutions, les publications, les nombreuses ordinations presbytérales et diaconales, les innombrables baptêmes et couronnements. Nous savons la fatigue de nos hiérarques, non seulement par d’incessants voyages, des réunions, des discussions, des conférences, mais surtout par le fardeau de la Croix portée pour le Peuple. Nous remercions nos saints pasteurs pour le discernement, la patience, la bienveillance, la créativité dont ils ont fait montre au long de ces vingt ans. Nous les remercions non seulement d’administrer la Maison de Dieu avec justice et miséricorde, mais d’être ces pasteurs charismatiques dont notre époque a besoin.

L’avenir apostolique

La seule défense d’une institution religieuse et cléricale, le maintien de formes de pouvoir héritées de l’époque constantinienne, la vitrine socio politique de la chrétienté, n’intéressent pas grand monde, à part ceux qui espèrent en tirer un pouvoir. Ce qu’attendent nos contemporains, ce sont les fruits apostoliques fondamentaux, les flammes descendues sur le chef des apôtres, la polyphonie et l’harmonie des cultures réunies en flambeau pour confesser la vraie foi – et surtout, la manifestation de la miséricorde divine dans le monde. Nos contemporains, chercheurs de Dieu, ou éloignés de Dieu, ou déçus par nos faiblesses sub-humaines, guettent le feu de la charité divine. Quand ils le perçoivent, ils se massent autour de leur pasteur. En vingt ans, combien de personnes, de brebis égarées, ont été sauvées du désespoir par nos saints hiérarques. Ni Monseigneur Joseph, ni Monseigneur Silouane, n’ont compté les heures passées à écouter, à consoler et à absoudre les plus souffrants d’entre nous. Et ils n’ont pas été avares non plus de leur joie et de leur enthousiasme ! Toujours, ils raniment en nos cœurs fatigués la joie de la Résurrection… 

Dans ces derniers mots, nous incluons une vision de l’avenir de l’Église et du monde. Les épreuves extrêmes qui peuvent surgir à l’horizon de nos civilisations seront accueillies par des cœurs préparés par la foi et guidés par leurs évêques. Nous n’avons pas à avoir peur des épreuves et de la mort ; ayons peur plutôt pour le salut de nos âmes ; ou plutôt, ayons une confiance inébranlable en la présence du Christ dans son Église et dans son monde.

Archiprêtre doyen Marc-Antoine Costa de Beauregard