publicat in Interview pe 12 Avril 2021, 20:42
Comment pouvons‑nous gérer la peur de nous tromper spirituellement ?
Hiéromoine Gheorghe Sas : Je pense que nous apprenons de nos erreurs et c’est normal qu’on se trompe. Je pense que nous avons perdu les aptitudes à nous assumer personnellement, nous ne nous exerçons plus au fait de nous assumer personnellement. Nos anciens ont eu une vie plus difficile que nous, ils ont plus souffert de privations que nous. De nos jours on se permet n’importe quoi. Qu’est‑ce qui nous manque ? Peu importe le niveau de pauvreté où nous vivons, l’homme a de quoi manger. Si nous sommes sincères, nous ne manquons de rien. Mais avant, il y avait des manques qui forgeaient le caractère. Ces manques te formaient, toi en tant que personne et sur le plan spirituel, cela te donnait des forces et te permettait d’assumer les bonnes et les mauvaises choses de la vie. Il n’y avait pas de problème que tu te sois trompé, chacun se trompe. Vous savez, Dieu ne se fâche pas pour nos erreurs. Il se fâche si nous restons au stade du péché, à l’état du vieil homme et si nous ne nous relevons pas. Donc il faut s’assumer davantage et aussi assumer la vie. Si j’assume la vie, alors je l’assume avec tout ce dont elle se compose sur tous les plans, dont celui spirituel. Mais nous sommes tentés de rester dans le domaine de la théorie. Nous savons plus que ce que nos anciens savaient, mais nous accomplissons moins, beaucoup moins que ce qu’ils faisaient. Et nous nous justifions sur le plan théorique.
Comment se rapporter à une peur réelle, par exemple la peur à l’égard de personnes animées de mauvaises intentions, quand nous devons passer par un quartier mal famé, mais que nous ne pouvons pas éviter pour nous rendre dans un certain endroit ?
Hiéromoine Gheorghe Sas : On cherche un autre trajet.
Hiéromoine Pantéléimon Susnea : Tu penses qu’ils sont aussi des hommes. Sachez qu’il a plusieurs mondes dans ce monde. Et regardez comment c’est une ville où il y a toute sorte de mondes, toute sorte d’environnements. Tout environnement ou entourage a son monde à lui. Et il y a des mondes qui vivent dans le même endroit et ne se rencontrent pas. Alors tu marches avec cette pensée en tête. Il est bien aussi de faire attention mais comme je disais, il y a des choses que tu ne peux pas anticiper, mais au‑delà de tout ça, il existe le surcontrôle de Dieu et Il va faire en sorte que les mondes demeurent séparés, que les choses mauvaises restent à l’intérieur du monde qui est le leur. Les hommes de bien avec les hommes de bien. Il est très important de vivre dans la réalité. Je marche et je regarde « est‑ce que je vais rencontrer ou pas une personne animée de mauvaises intentions ? » Pourquoi gâcher ma vie avec toute sorte de projections ? Nous parlons donc des peurs que nous créons par notre pensée. Certaines ne proviennent pas de la réalité. Je ne dis pas qu’il ne peut rien m’arriver, mais il se peut qu’il ne m’arrive rien. Ils sont avec leur monde, nous sommes avec notre monde. Et il faut penser qu’ils ne vont pas se croiser avec notre monde. Comme disait le père Théophile, il y a des choses que Dieu ne permet pas. Par exemple lorsque Dieu a permis la chute de Sodome et Gomorrhe, il y a eu cette discussion sous le Chêne de Mambré, entre Abraham et Dieu qui est apparu sous la forme de trois anges. Et Dieu a dit à Abraham ce qu’Il avait l’intention de faire. Abraham pensait à son neveu Lot. Et il a commencé à supplier et à intercéder pour Lot. Et il a dit : « Mon Dieu, s’il y a 50 justes dans cette cité, perdras‑tu les justes avec les pécheurs ? » Et Dieu a répondu : « S’il y en a 50, alors je ne vais pas les perdre. » Et après, Abraham a commencé à diminuer le chiffre : « S’il y a 10 justes ou 5 justes... » Et il y avait 5 justes dans cette cité, c’était la famille de Lot et Dieu les a fait sortir de la cité avant de la perdre. Devant Dieu, il n’y a pas de victimes collatérales. Quoi qu’il arrive en ce monde, Dieu ne perdra pas les justes avec les pécheurs. Et alors nous devons savoir que nous sommes dans la Main de Dieu, que Dieu nous protège.
Que devons‑nous faire pour dépasser la peur de la vie, dans le cas où la vie familiale n’a pas été une réussite et qu’il en a résulté, par exemple, un divorce ?
Hiéromoine Gheorghe Sas : Il faut avoir confiance en Dieu, le plus possible. J’ai remarqué que sur le parcours de la vie nous vivons plusieurs vies. Et l’école est une part de notre vie, chaque étape de l’école est une autre vie et j’ai vu des hommes qui après beaucoup d’années au sein de la famille ont dû recommencer de zéro, recommencer dès le début une nouvelle vie. Mais avec confiance et l’aide de Dieu, cela se peut. Tout dépend de la manière dont tu veux commencer cette vie et ce que tu veux faire. Cela aussi est important. Comment veux‑tu la vivre ?
Hiéromoine Pantéléimon Susnea : Je pense que nous devons orienter notre regard vers ce qui est beau et bon. Si nous adoptons une telle attitude dans notre vie, par exemple, à la suite d’un divorce, alors regardons ce que nous pouvons apprendre de celui‑ci. Regardons où une faute a été commise. Le fait que quelqu’un ait fait des erreurs dans cette vie ne me condamne pas à faire les mêmes erreurs. Et alors je tire profit de cette expérience, je vais de l’avant, je suis content d’avoir appris. Je ne sais pas pourquoi nous avons tendance à regarder que la partie négative des situations, être orientés vers le négatif. De tous les maux, toutes les douleurs, toutes les souffrances, de tous les échecs nous avons quelque chose à apprendre. Et que se passe‑t‑il dans un tel cas ? De tout cela, nous nous en sortons avec des avantages, car tout est pour notre bien (Ro 8, 28). Comme je le disais, par un chemin de foi le problème est résolu, non pas par un changement de la situation, mais par le changement de la position. Je ne peux pas changer la situation de mes parents divorcés, mais je peux changer ma position par rapport à cette situation et ne plus la regarder comme une catastrophe, mais comme une leçon et mon problème est résolu. Le père Théophile nous disait que les problèmes se résolvent, ils ne restent pas non résolus. Donc les problèmes se résolvent par le changement de position.
Hiéromoine Gheorghe Sas : Il existe aussi une loi de la compensation. À chaque fois que je perds quelque chose, sachez que d’une manière automatique je gagne aussi. Mais seulement il faut que je sois capable de voir qu’il y a, en toute certitude, un gain et que vice‑versa, quand je gagne quelque chose je perds autre chose. Même si j’ai perdu quelque chose sur le plan familial, je ne crois pas que Dieu me laisse sans gain. Nous faisons tous des fautes et la faute est toujours quelque part au milieu. Il faut analyser mieux. Quelle est l’erreur que j’ai commise jusqu’à présent ? J’ai vu beaucoup de personnes dont la foi s’est renforcée après et non avant qu’elles aient vécu certaines situations difficiles. Et je pense que, dans ce cas, le gain est plus grand parce qu’elles sont arrivées à gagner Dieu en perdant sur le plan humain. Quand tu as gagné Dieu, tu te rendras compte que tu n’as subi aucune perte.
Hiéromoine Pantéléimon Susnea : Il est dit dans les psaumes que Dieu fait justice à ceux qui sont traités avec injustice. Et Il dit aussi qu’Il va consoler l’orphelin et la veuve. Dieu fait justice à ceux que la vie a désavantagés, à ceux qui sont dans le besoin ou qui sont traités avec injustice, à ceux qui sont traités avec injustice par la vie ou par les hommes. Dieu compense. Alors regardons un peu les choses de manière plus positive, de manière utile. Le Seigneur Jésus‑Christ est venu et a dit : « Pour ceux qui habitent dans l’obscurité et dans l’ombre de la mort, la lumière s’est levée ». Il faut sortir de cette zone obscure, de l’ombre de la mort. Qu’est‑ce que ça veut dire d’être dans l’ombre de la mort ? Cela veut dire d’être terrorisé. Cela veut dire que la mort est puissante et se met entre toi et la lumière et que tu es dans son ombre et que tu habites dans son ombre. Mais la Lumière s’est levée pour tous. La mort n’est plus si effrayante, elle n’est pas si grande, si accablante, elle ne se met plus entre nous et la Lumière.
Hiéromoine Gheorghe Sas : Le père Théophile disait que notre foi est une foi qui soulage, c’est une foi qui donne confiance. Si la foi que je vis ne résout pas ma vie, ne m’aide pas dans la vie, il y a deux raisons pour cela. Soit, ce n’est pas la bonne foi, soit elle n’est pas vécue comme il faut. Le Seigneur Jésus Christ dit aussi : « Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi j’ai bel et bien vaincu le monde ». Alors nous devons oser davantage dans notre relation avec Dieu, dans notre vie. Nous voulons que tout se résolve d’une manière miraculeuse sans que nous ayons à lever pas même un doigt. Mais Dieu attend aussi de moi que je fasse quelque chose, que je me mette en marche. On dit : « tu donnes de la bonne volonté et tu reçois de la force ». Alors nous devons mettre plus de bonne volonté dans l’œuvre de notre vie.
Comment se débarrasser de la peur de bien choisir la bonne personne pour le mariage ? Quand savons‑nous que nous avons choisi la bonne personne ?
Hiéromoine Pantéléimon Susnea : En général, c’est une loterie. Tu ne peux pas savoir d’avance. Il y a à nouveau le désir de l’homme d’amener les choses dans sa sphère de contrôle. Mais tu dois penser que l’homme qui t’accompagne a son individualité. Il ne doit pas rentrer dans ta sphère de contrôle. Tu ne peux pas le contrôler, pour que cette personne soit comme cela t’arrange. Toute relation est un mystère. Tout homme est un mystère. Tout homme a des bons côtés et des mauvais côtés. Il y a des problématiques qui se résolvent tout de suite et d’autres qui prennent du temps à se résoudre. Nous devons prendre l’homme tel qu’il est. Nous ne devons pas le réduire à ce que nous souhaitons qu’il soit. Cela veut dire entrer en lui, écraser sa personnalité, le déformer. Tu dois le laisser libre aussi, venir librement à ta rencontre, tu dois le laisser libre de changer et de ne pas être comme tu le souhaites.
Hiéromoine Gheorghe Sas : Il y a un dicton à la campagne qui dit ceci : « Tant que tu n’as pas mangé un sac de sel avec un homme, tu ne peux pas dire que tu le connais ». Cela veut dire qu’il faut longtemps, toute une vie et, même à ce moment‑là, tu ne connais pas l’autre entièrement. Si j’assume ma vie en ayant conscience de son mystère, alors peu importe qui sera l’homme ou la femme avec qui je me marie et si j’ai ou pas des problèmes. Parce que je vais m’assumer dans le mystère du mariage et dans tout ce que cela implique. Et dans le monachisme c’est pareil. Si tu ne t’assumes pas dans le mystère, tu peux être dans n’importe quel monastère, être entouré par des saints, même, cela ne te suffira pas. Et dans le mariage c’est pareil. Si tu n’as pas compris le mystère du mariage, tu peux te marier avec l’homme parfait ou avec la femme parfaite, mais tu ne verras pas cela et tu auras toujours des commentaires à faire et des insatisfactions à éprouver. Donc je ne pense pas qu’il faut tant regarder avec qui je me marie, mais me poser la question suivante : « Est‑ce que je m’assume dans le mariage avec tout ce que cela comporte, les bonnes et les mauvaises choses ?
Hiéromoine Pantéléimon Susnea : On dit : « Le maître méchant apprend à son voleur de serviteur ». Il se peut que l’homme soit parfait et que tu l’abîmes. Tu veux le faire comme il te convient, tu veux forcer les choses dans une certaine direction, tu veux avoir toujours raison. Alors tu l’abîmes. Ce qui est important est qu’il y ait la foi, au moins d’un côté. Il est bien que les deux aient la foi mais, la foi, pas des pratiques religieuses. Sachez que par la foi se résolvent les problèmes, si c’est une foi profonde et assumée. J’ai vu aussi des personnes croyantes qui se sentaient mal dans la relation, parce qu’elles n’avaient pas une foi qui va jusqu’au bout. En général ce qui provoque des problèmes, c’est le désir du confort et le refus d’assumer la croix. Si je n’assume pas la croix de l’autre, je veux rester dans mon confort et que l’autre soit comme il me convient. Dans ce cas, je mets de la pression sur lui pour qu’il change et je rentre dans la zone où c’est confortable pour moi. Ce qui veut dire que je n’assume pas la part de sa croix. Et cela concerne même les personnes croyantes. Il se peut que la relation ne fonctionne pas comme il faut, parce que c’est la foi sans la croix. Je n’assume pas la part de la croix de la vie, je n’assume pas la part de la croix de l’autre.
(À suivre)
Traduit du Roumain par Alina Gogu