publicat in Homélies et sermons pe 8 Décembre 2020, 15:56
Homélie pour la Nativité
Pour être capable de pénétrer dans le mystère de la Nativité du Sauveur et pour accueillir dans nos cœurs Jésus petit enfant, il faut certainement être ou redevenir soi-même enfant. Car c’est aux enfants que sont révélés les mystères du Royaume. Jésus le dit Lui-même. Lorsque les disciples reviennent de la prédication et sont émerveillés de la puissance que Dieu leur a donnée, Jésus prie, tressaillant dans l’Esprit-Saint : « Je Te loue, Père, Seigneur du Ciel et de la terre, d’avoir caché ces choses aux sages et aux intelligents et de les avoir révélées aux tout-petits » (Luc X, 21).
Lorsqu’aujourd’hui nous nous trouvons dans le mystère indicible de la venue sur terre, du devenir « petit enfant » du Fils éternel, de Dieu, nous sommes frappés par le contraste entre l’ignorance ou le refus des sages, des grands et des puissants et l’ouverture du cœur des petits, des bergers, qui s’associent aux anges pour louer Dieu et Lui rendre gloire au plus haut des cieux. Ce contraste, nous le vivons nous-mêmes tous les jours : d’un côté la présence lumineuse de Dieu dans l’Église, dans nos cœurs, dans nos familles ; et de l’autre côté ceux qui ne L’ont pas reçu.
Jésus naît sous la seule protection de Sa Mère et de Son Père nourricier, Joseph. Marie entoure son Enfant de toute sa tendresse maternelle, elle Le protègera, elle Le portera dans ses bras, elle Le nourrira et Lui donnera tout ce qui est nécessaire pour grandir humainement, en force dans Son corps, en sagesse et en grâce dans Son âme. Elle enveloppera Jésus de son amour jusqu’au jour où l’Esprit-Saint arrachera Jésus au confort du foyer familial et Le fera entrer dans Sa vie publique, jusqu’au jour où l’Esprit Le conduira au baptême, pour prendre sur Lui le péché du monde, jusqu’au jour où l’Esprit Le poussera au désert pour affronter Satan, inaugurant la série des tentations et des combats qui ne cesseront qu’avec Sa mort. Marie suivra Jésus en silence, dans l’effacement, derrière le groupe de disciples, parmi les autres femmes.
Nous aussi, aujourd’hui, et chaque jour de notre vie, chaque fois que nous vivons cette fête de Noël, nous sommes appelés tout d’abord à imiter Marie et à la suivre. Comme elle, nous sommes appelés à porter Jésus en nous et à Le faire naître véritablement dans nos cœurs. Comme elle, nous sommes appelés à L’enfanter, à Le protéger. Cela peut paraître paradoxal à première vue : le Créateur du ciel et de la terre, Jésus, a-t-Il besoin d’être protégé ? Lui, « par Qui tout a été fait » dit le Prologue de Jean, Lui Qui porte l’univers dans Sa main puissante, coopérant avec le Père et l’Esprit à la création du monde, à la Providence, au maintien du monde dans l’être et dans le bien, Lui, le Seigneur Jésus, nous demande de Le protéger, de Le garder précieusement en nous, de ne pas dilapider Sa présence. II veut grandir en chacun de nous.
Jésus garde gravé dans Son cœur et dans Sa mémoire pour toute éternité le souvenir de l’amour maternel de Marie. Comme Il gardera le souvenir du moindre geste d’amour que nous Lui prodiguons, que ce soit dans le seul à seul de la prière ou dans le service du frère. L’âge adulte de Jésus n’efface pas le mystère de Son enfance. Celle-ci ne tombera jamais dans l’oubli d’un passé révolu, périmé ou négligeable. Il n’est jamais périmé que Jésus ait été un petit enfant. Dans la mémoire aimante et priante de l’Église, tous les âges du Christ sont célébrés et se rassemblent, s’unifiant dans la mémoire de Dieu.
C’est pourquoi, aujourd’hui nous devons véritablement redécouvrir, réapprendre et revivre ce que Jésus a vécu : le Fils de Dieu, éternel et tout-puissant, est devenu un faible petit enfant pour que nous puissions Le porter dans nos cœurs. Demain, en nous faisant participer à Sa Passion et à sa Résurrection, Jésus nous associera à Sa mort et à Sa victoire. C’est Lui Qui nous portera alors dans Ses mains étendues en offrande au Père. C’est Lui Qui nous ressuscitera et remplira nos corps charnels de la puissance de la Résurrection. Mais aujourd’hui, c’est à nous d’accueillir Jésus l’Enfant nouveau-né, l’Enfant divin de Bethléem.
Bulletin de « La Voix de l’Orthodoxie », Éditorial n° 35, hiver 2006-2007