publicat in Varia pe 7 Décembre 2020, 15:54
Nika s’assoit à un coin de rue où le soleil couche ses doux rayons. Les gens s’empressent de faire leurs derniers achats parce que demain, c’est Noël. Les grands yeux de Nika, baignés par le jeu des rayons de soleil, deviennent un écran de projection pour le film muet de la foule pressée qui fourmille sans cesse. Grisée par tout ce va-et-vient, mais reposée par la tendresse du soleil, Nika part vers la maison où personne ne l’attend. Le père Noël non plus ne s’y arrêtera pas, même pour se reposer un peu.
Nika met son vieux bonnet au pompon défoncé et boutonne son lourd manteau qui enveloppe son maigre corps, alourdissant sa démarche.
Il n’est pas trop lourd pour toi, ce manteau ? lui demande un passant.
Non. Il est juste comme il faut, répond Nika. Il m’aide à marcher lentement, puisque de toute façon je n’ai nulle part où me dépêcher.
C’est vrai. Marcher lentement la réjouit, parce que cela lui permet de voir un monde continuellement mouvementé par des pensées, des projets, des désirs absurdes, un monde dont elle ne voudrait jamais faire partie. Nika comprend tout avec la sagesse d’un enfant à qui la vie a appris de se tenir droit sur ses propres jambes mais aussi sur son propre chemin. Nika est une âme en paix avec la vie. Elle ne veut pas être plus grande, mais pas plus petite non plus. Elle ne veut pas être autre, mais pas non plus telle qu’elle a été jusqu’à maintenant. Elle veut être telle qu’elle est.
Il y a une seule chose qu’elle désire, pas parce qu’elle le veut forcément, mais parce qu’elle le doit : manger quelque chose. Nika n’a pas de mère qui lui fasse à manger, ni un père sur qui elle puisse compter. Nika est seule. Ses parents se sont séparés l’un de l’autre mais ils se sont aussi séparés d’elle. Comme beaucoup d’autres enfants, elle a payé l’addition des regrets et des fautes des adultes incapables d’assumer la responsabilité pour ceux qu’ils ont mis au monde.
Elle continue son chemin vers la maison où son père vient encore des fois pour dormir, lorsqu’il se dispute avec sa nouvelle copine. Elle espère le revoir au moins une fois avant la fin de l’année. Un poids dans son petit ventre rongé par la faim la fait s’arrêter devant une maison. Seulement quatre maisons la séparent encore de sa destination.
Tout à coup la porte de la voisine s’ouvre.
Azor ! Viens ici mon petit, l’entend-on appeler le petit chien de la rue.
La femme a un bol avec de la nourriture pour le petit chien. Un morceau de polenta mélangé à d’autres restes. Elle le pose juste devant la maison pour Azor et entre dans la cour, pensant qu’Azor viendra manger.
Nika ne peut plus tenir. Elle se faufile et avale avec délice le contenu du bol tombé juste à temps.
Azor, Azorel, mon petit, crie la voisine en pensant que c’était Azor qui se restaurait.
Mais ce n’était pas Azor. C’était Nika, à la stupeur de la femme, qui se met à pester contre la petite fille qui avait mangé la nourriture du chien, qui justement s’approchait tout content, se frottant contre les jambes de la femme, dans l’espoir d’obtenir quelque chose.
Tiens regarde ce qu’elle a fait, cette misérable enfant. Elle a mangé dans le bol de ce pauvre petit chien. Elle a laissé le chien mourir de faim. Va-t’en d’ici, malheureuse ! Tu en es arrivée à manger même la nourriture des animaux innocents.
Nika ne réagit pas. Elle essuie sa bouche avec la manche trop longue de son manteau et continue son chemin, victorieuse sur la faim, sur les injures, sur l’indifférence des voisins qui pouvaient dormir tranquilles en sachant qu’à côté un enfant est torturé par la faim. Elle n’attend plus Noël maintenant. Pour Nika Noël est déjà arrivé et est passé déjà. Elle attend la prochaine fête, le jour où elle pourra encore manger quelque chose, même la nourriture des animaux innocents.
(Inspiré d’une histoire réelle)
P. Iosif Cristian Rădulescu