L’Ange
Sur le seuil de l’Eden, un Archange sublime,
Dans son humilité, rayonnait de candeur,
Lorsqu’un sombre démon, qui survolait l’abîme,
Du séjour infernal entrevit la splendeur.
Le noir esprit, voyant cet être de lumière,
Contemplait sa blancheur avec étonnement,
Et pour son cœur ce fut l’occasion première
D’éprouver de l’amour un vague sentiment.
« Le trouble que ta pure image me procure,
Est bienfaisant », dit-il au rayonnant esprit.
« Depuis que je t’ai vu, mon âme est moins obscure,
Libre du sentiment de haine et de mépris ».
Alexandre Pouchkine, 1827
Trad. Igor Astrow, Lauréat de l’Académie Française