Bénis mes ennemis, Seigneur !

publicat in Homélies et sermons pe 6 Juillet 2020, 12:18

Saint Nicolas de Jitcha, « Prières sur le Lac », Éd. L’Âge d’homme

Bénis mes ennemis, Seigneur ! Je les bénis aussi et je ne les maudis pas.

 

Les ennemis m’ont davantage poussé dans Tes bras que les amis. Les amis me liaient à la terre, les ennemis me déliaient de la terre et détruisaient tous mes espoirs en ce monde. 

Saint Nicolas de Jitcha, Prières sur le Lac – Éd. L’Âge d’homme

Ils ont fait de moi un étranger dans les royaumes terrestres et un citoyen inutile de ce monde. Comme la bête poursuivie trouve un abri plus sûr que la bête qui n’est pas poursuivie, ainsi moi, poursuivi par mes ennemis, j’ai trouvé le refuge le plus sûr en me cachant sous Ta tente, là où ni les amis ni les ennemis ne peuvent tuer mon âme. Bénis mes ennemis, Seigneur ! Je les bénis aussi et je ne les maudis pas.

Ils ont, à ma place, confessé mes péchés devant le monde. 

Ils m’ont fouetté quand j’avais scrupule à le faire moi-même. 

Ils m’ont fait souffrir tandis que je fuyais les souffrances. 

Ils m’ont injurié tandis que je me flattais moi-même. 

Ils m’ont craché dessus tandis que j’étais fier de moi. 

Bénis mes ennemis, Seigneur ! Je les bénis aussi et je ne les maudis pas.

Quand je faisais le sage, ils m’appelaient « le fou ». 

Quand je faisais le puissant, ils se moquaient de moi comme d’un nain. 

Quand je voulais guider les hommes, ils me poussaient en retrait.

Quand je me hâtais de m’enrichir, ils me frappaient avec une main de fer. 

Quand je pensais dormir en paix, ils m’extirpaient du rêve. 

Quand je bâtissais ma maison pour une vie longue et paisible, ils la détruisaient et me chassaient dehors. 

En vérité, les ennemis m’ont délié du monde et m’ont rallongé les bras jusqu’à Ton giron. 

Bénis mes ennemis, Seigneur ! Je ne les maudis pas, je les bénis aussi. 

Bénis-les et multiplie-les ! Multiplie-les et fais qu’ils soient plus amers encore contre moi !

Pour que ma fuite vers Toi soit sans retour ;

Pour que mon espoir en l’homme se déchire comme une toile d’araignée ;

Pour que le calme règne entièrement dans mon âme ;

Pour que mon cœur soit un tombeau pour mes deux maux jumeaux : l’orgueil et la colère ; 

Pour que j’amasse tous mes trésors au Ciel ; 

Ah ! pour me libérer enfin de l’illusion, qui m’a empêtré dans la toile terrible de la vie illusoire. 

Les ennemis m’ont appris à connaître ce que peu de gens connaissent : que l’homme n’a pas d’ennemis dans le monde excepté lui-même. 

Seul celui qui ne sait pas que les ennemis ne sont pas des ennemis mais des amis cruels hait ses ennemis. 

Vraiment, il m’est difficile de dire qui m’a fait plus de bien et qui plus de mal en ce monde : les ennemis ou les amis. 

C’est pourquoi, bénis, Seigneur, et mes ennemis et mes amis. 

L’esclave maudit ses ennemis, car il ne sait pas. Mais le fils les bénit, car il sait. 

Car le fils sait que les ennemis ne peuvent toucher à sa vie. C’est pourquoi il marche librement entre eux et prie Dieu pour eux. 

Bénis mes ennemis, Seigneur ! Je les bénis aussi et je ne les maudis pas.

Traduit du serbe par Zorica Terzič