Le mystère de l’obéissance

publicat in Homélies et sermons pe 10 Juin 2020, 09:31

On raconte en effet l’histoire d’un fermier qui était un homme dur dans sa besogne et en toutes choses. Tous les hommes qui venaient pour travailler sous ses ordres comme ouvriers s’enfuyaient de chez lui après avoir passé la grande partie de l’année ou même presque toute l’année au travail, et ne travaillaient plus avec lui, car il les traitait si durement qu’ils partaient. Après un certain temps quelqu’un vint, qui avait pris en lui-même une décision courageuse en disant : « Puisque personne n’est capable de faire une seule année de travail avec ce fermier, parce qu’il est dur pour eux, eh bien, j’irai et je travaillerai avec lui de telle sorte que je vais faire une année entière. Je vais être d’accord avec lui en toutes choses qu’il me commandera jusqu’à ce que j’arrive à connaître comment il travaille ». Il se leva donc, vint le trouver et lui dit : « Je veux travailler avec toi cette année ». Le fermier répondit à l’homme : « Avec plaisir ; et mon désir est que tout le monde travaille avec moi, à la condition qu’on me comprenne dans ma méthode de travail ». Alors il travailla avec lui en toute patience.

Lorsque le temps vint d’aller au travail dans les champs, le fermier dit à l’homme : « Voici que nous allons travailler dans les champs. Je ne fais pas marcher la roue hydraulique durant le jour pour irriguer le champ, mais durant la nuit ». L’homme répondit : « Très bien. C’est une idée de grande sagesse que tu as eue là, car si nous n’irriguons pas durant le jour, ni oiseau ni bête ne viendra boire dans notre rigole, mais nous sauverons toute notre eau et elle pénétrera facilement dans notre champ ». Lorsque le temps vint de labourer, le fermier lui dit : « Semons un sillon de blé, un autre de lentilles, un autre d’orge et ainsi de suite avec les autres semences ; c’est ainsi que nous sèmerons le champ ». L’homme lui répondit : « Cette sagesse-là est encore plus grande que la première ; car si nous faisons cela, notre champ sera d’une très grande beauté à cause de la splendeur de toutes ces fleurs ». Lorsqu’ils eurent fini de semer le champ, et quand les tiges du semis eurent commencé à croître, mais alors qu’elles étaient encore vertes et n’avaient pas atteint la maturité, le fermier dit à l’homme : « Lève-toi, allons et moissonnons notre champ, car il est prêt pour la moisson ». L’homme lui répondit encore avec beaucoup de condescendance : « Oh ! mais il n’y a donc pas de limite à ta grande sagesse ! En effet, si nous faisons comme tu as dit dans ton cœur et si, en effet, nous moissonnons notre champ avant qu’il ne soit desséché, pas un seul épi ne tombera sur le sol, et, au contraire, ils seront tous sauvés ». Lorsqu’ils eurent rentré toute la récolte, ils la battirent sur l’aire et il n’y resta que de la paille. Le fermier dit à l’homme : « Allons chercher une corbeille ; nous l’utiliserons pour mesurer la paille et nous l’utiliserons aussi pour transporter la paille à sa place, afin de la trouver lorsque nous en aurons besoin pour notre travail ». L’homme répondit une fois de plus au fermier : « Cette astuce-là est encore bien meilleure que tout ce que tu as pensé auparavant. En effet, si nous agissons ainsi avec diligence, la paille sera conservée dans nos greniers ». Après l’avoir soumis à toutes ces épreuves, et voyant qu’il n’était pas pusillanime et ne retournait pas en arrière, mais au contraire l’avait supporté jusqu’à la fin de l’année, le fermier l’admira et lui dit : « Maintenant j’ai vraiment compris que tu es capable de rester toujours avec moi, parce que tu as agi en toutes choses en accord avec mes désirs ; nous sommes devenus, à nous deux, comme un seul homme ». 

La Vie de saint Pachôme selon la tradition copte, traduite du copte par Armand Veilleux, o.c.s.o.
Éditions Abbaye de Bellefontaine, Spiritualité Orientale, n°38, 1984