publicat in Page des enfants pe 7 Mai 2020, 23:00
Un couple de paysans habitait dans une petite ferme isolée au milieu des montagnes. L’époux était un brave homme et sa femme l’aimait tendrement. Tous les dimanches, ils se rendaient à pied à l’église d’un village situé à 7 km de leur maison. Ils étaient heureux de retrouver le prêtre, tous les paroissiens et d’assister à la Divine Liturgie. Ils se levaient très tôt ce jour-là, le jour du Seigneur, et pour rien au monde ils se seraient privés d’y aller, car ils savaient qu’une fois revenus dans leur maison, grâce aux prières dans l’église et à la sainte Communion, ils vivraient toute la semaine le cœur rempli de force et de joie.
Un jour, un violent orage abîma la toiture de leur petite ferme. Mais en constatant les dégâts, ils rendirent grâce à Dieu que tout le toit ne soit pas emporté ! Pour pouvoir réparer la toiture, ils décidèrent d’un commun accord de vendre leur unique âne. Dès le lendemain matin, le paysan se mit en route avec sa bête, vers le village le plus proche. À mi-chemin, il fut rejoint par un homme qui se rendait, tout comme lui, au marché pour y vendre son cheval. L’étranger lui proposa d’échanger sa monture contre l’âne.
– Pourquoi pas ? se dit le paysan. Un cheval rend de grands services. Je pourrai grâce à lui labourer mon champ et gagner de quoi réparer le toit de la ferme.
Sur cette réflexion, il troqua son âne contre le cheval et reprit le chemin de sa maison. Au bout d’un moment, ayant vu l’animal trébucher à plusieurs reprises, il se rendit compte que le cheval était aveugle.
– Oh, pauvre bête, dit-il en la caressant doucement, comme il doit être pénible d’avancer ainsi sur cette route rocailleuse sans y voir !
Il dirigea le cheval sur le bord du chemin pour qu’il puisse brouter l’herbe et s’assit pour réfléchir à ce qu’il convenait de faire. Une petite prière s’échappa de ses lèvres et au bout d’un moment ses pensées s’apaisèrent.
Bientôt, un homme s’approcha, traînant une vache derrière lui :
– Voilà une bien belle bête, dit-il au paysan, tout en regardant le cheval qui broutait paisiblement.
– Oui, répondit le paysan, mais hélas, l’animal est aveugle.
– Ah ! J’aurais bien besoin d’un cheval pour des travaux faciles, continua l’homme, et celui-ci ferait bien l’affaire, même s’il est aveugle ! Je vous l’échangerais volontiers contre ma vache.
Et voilà, l’affaire fut conclue et le paysan reprit sa route. Mais un peu plus loin, trouvant que la vache avançait bien lentement, il l’examina attentivement. Il se rendit compte que la bête avait une patte arrière plus courte que les autres !
– Bon, se dit-il, sûrement que le brave homme ne s’en est pas rendu compte et comme il a été généreux de me l’échanger contre mon cheval aveugle ! Mais combien de temps vais-je mettre pour rentrer à la maison, avec cette pauvre vache qui boîte ?
Il s’assit de nouveau au bord du chemin et sans laisser ses pensées devenir inquiètes, il fit une prière à la toute sainte Mère de Dieu, elle qui vient rapidement à notre secours.
Bientôt un homme s’approcha, tenant une jolie chèvre dans ses bras. Voyant le paysan assis sur le bord du chemin, il lui demanda s’il avait besoin d’aide.
– Oh, tout va aller pour le mieux, lui dit-il. Mais il est vrai que tout à l’heure je me demandais quoi faire car j’ai acquis cette vache et je découvre maintenant qu’elle est boiteuse. Comment vais-je continuer le chemin pour rentrer chez moi car il est encore long !... La pauvre bête souffrira à tant marcher.
– J’ai depuis longtemps besoin d’une vache, lui dit l’inconnu, si vous voulez, prenez ma chèvre à la place. Voici les premières maisons de mon village, je ne l’emmène pas loin. Elle n’aura pas le temps de souffrir.
Le paysan accepta volontiers la proposition et reprit sa route, tout joyeux, en rendant grâce à la Mère de Dieu, la petite chèvre dans ses bras.
Ayant marché un moment, le paysan fatigué posa la chèvre sur le chemin. Mais celle-ci, frissonnante, avait à peine la force de se tenir debout.
– Oh, pauvre petite chèvre, s’exclama le paysan, mais tu es malade !
Apercevant une ferme au loin, il s’y rendit pour chercher de l’aide. La fermière examina l’animal.
– Je sais de quelle maladie elle souffre, lui dit-elle, je peux la guérir, mais il faut me la laisser quelques jours.
– Ma maison est encore loin, lui répondit le paysan, je ne pourrai pas attendre, ni revenir.
– Dans ce cas, lui dit la fermière, je vous propose de prendre ce coq à la place. Je garderai la chèvre et j’en prendrai bien soin.
Et voilà, l’affaire fut conclue et le paysan continua sa route, très content d’apporter un coq à sa femme qui en désirait un depuis longtemps.
C’était maintenant l’après-midi. Le soleil brillait haut dans le ciel. Le paysan sentait la faim le tenailler, mais il n’avait pas d’argent sur lui. Au village suivant, n’y tenant plus, il vendit le coq pour une pièce d’argent à un pauvre paysan qui en avait besoin pour sa petite ferme. Son coq venait de mourir et il ne lui restait plus que des poules. Comment faire pour continuer à élever des poussins ?
Avec sa pièce d’argent, le paysan s’offrit un bon repas et il s’installa à l’ombre d’un arbre. Avant de manger, il fit une prière pour remercier le Seigneur, la sainte Mère de Dieu et rendre grâce pour cette nourriture qui allait lui redonner des forces. Alors qu’il s’apprêtait à manger la première bouchée, il sursauta en entendant une voix derrière lui :
– Pitié, brave homme ! Je n’ai presque rien mangé depuis plusieurs jours, et je ne sais même pas si je mangerai demain.
Le paysan se retourna et vit un vieux mendiant appuyé contre l’arbre. Sans hésiter un instant, il fit asseoir le vieil homme et posa l’assiette pleine devant lui. Il regarda avec bonheur l’homme se rassasier et après le repas ils se quittèrent en rendant grâce à Dieu. Puis il reprit, le cœur léger, le chemin de sa maison.
Sa femme l’attendait sur le pas de la porte. Après l’avoir embrassée tendrement, il lui fit le récit de sa journée :
– Voilà, commença l’homme, je n’ai jamais vendu l’âne, mais je l’ai échangé contre un cheval.
– Contre un cheval ? Quelle excellente idée, lui répondit sa femme. Il sera très utile pour labourer notre champ.
– Attends ma bien-aimée, dit le paysan, chemin faisant j’ai troqué le cheval contre une vache.
– Vois-tu, répondit sa femme, j’aurais fait exactement pareil à ta place. Une bonne vache nous donnera du lait frais tous les matins.
– Oui, continua le paysan, mais je n’ai plus la vache, car je l’ai échangée contre une chèvre.
– Oh, tu as très bien fait, répondit la femme. Le lait de chèvre est encore plus nourrissant ; je pourrai faire toutes sortes de fromages.
– Mais vois-tu, ma tendre épouse, je n’ai plus la chèvre non plus, car j’ai pris un coq à la place, dit alors son mari.
– Bravo ! c’est encore mieux ! lui répondit sa femme. Un coq chantera tous les matins pour nous lever avec le soleil !
– Écoute, lui dit l’homme, je me suis séparé du coq aussi car j’avais très faim et je n’aurais pas pu continuer la route ainsi, alors je l’ai vendu pour une pièce d’argent et je me suis acheté de la nourriture.
– Comme tu as eu raison ! lui répondit sa femme. J’étais très inquiète que tu restes sans manger toute la journée. La route est longue, tu devais être fatigué !
– Oui, ma bonne épouse, ajouta le paysan, mais j’allais commencer mon repas lorsqu’un mendiant affamé est apparu. Quelle souffrance dans ses yeux ! Alors je lui ai donné toute la nourriture, puis je suis rentré à la maison.
– Tu n’aurais pas pu mieux faire ! lui répondit sa femme en l’embrassant. Je suis si heureuse d’avoir épousé un homme tel que toi ! Viens maintenant, mon cher époux, que je te serve quelque chose à manger. Tu dois avoir très faim.
Le lendemain matin, l’homme se leva tôt pour se mettre à l’ouvrage. En ouvrant la porte de sa maison, qu’elle ne fut pas sa surprise en voyant dans la cour... un bel âne ; un cheval qui n’était pas aveugle ; une vache qui n’était pas infirme ; une petite chèvre en bonne santé et un coq magnifique ! Et au milieu de la cour, les rayons du soleil levant faisaient miroiter sur le sol une pièce d’argent !
– Quelle merveille ! s’exclama-t-il. Que tes œuvres sont admirables Seigneur ! Des larmes de reconnaissance coulèrent sur ses joues, sur son vêtement, et il ne savait comment rendre grâce à Dieu tellement il était ému.
Après un moment, il appela sa femme qui fut stupéfaite en voyant cela. Elle fit plusieurs fois son signe de croix et son visage devint joyeux et lumineux. Elle demanda à son mari, en se blottissant contre lui :
– Mais dis-moi, mon cher époux, Qui était donc ce mendiant à Qui tu as donné ton repas ?
Texte composé par Hélène Dragone, inspiré d’une histoire populaire
* Épître de Saint Paul aux Romains : 8, 28