publicat in Homélies et sermons pe 8 Avril 2020, 20:27
Vous voyez que partout la mort n’est plus appelée que repos et sommeil, et que cette mort, dont l’aspect était si terrible avant Jésus Christ, est devenue méprisable depuis sa résurrection. Vous voyez le triomphe éclatant de cette résurrection glorieuse. Par elle, nous avons recueilli une infinité d’avantages ; par elle, les ruses du démon ont perdu tout leur effet ; par elle, nous méprisons la mort ; par elle, nous nous mettons au-dessus de la vie présente ; par elle nous marchons à grands pas vers le désir des biens futurs ; par elle, quoique revêtus d’un corps, nous pouvons jouir des mêmes privilèges que les puissances incorporelles. Aujourd’hui nous avons remporté une victoire éclatante ; aujourd’hui notre Seigneur, après avoir érigé un trophée contre la mort, et avoir détruit la puissance du démon, nous a ouvert, par sa résurrection, la voie du salut. Ainsi réjouissons-nous, tressaillons et triomphons. Quoique notre Seigneur ait triomphé seul, quoiqu’Il ait érigé seul un trophée, la joie et l’allégresse doivent nous être communes. […]
Tels sont les bienfaits signalés de la croix, telles sont les preuves frappantes de la résurrection. Aujourd’hui les anges tressaillent, toutes les puissances célestes triomphent, et se réjouissent du salut de tout le genre humain. En effet, si l’on se réjouit dans le ciel et sur la terre pour un seul pécheur qui fait pénitence, à plus forte raison l’on doit s’y réjouir pour le salut du monde entier. Aujourd’hui le Fils de Dieu a délivré la nature humaine de l’empire du démon, et l’a rétablie dans son ancienne dignité. Sans doute, quand je vois que mes prémices ont triomphé de la mort, je ne crains plus, je ne redoute plus la guerre, je ne considère point ma faiblesse, mais j’envisage la puissance de celui qui doit me secourir. Eh ! s’Il a triomphé de l’empire de la mort, s’Il lui a ôté toute sa force, que ne fera-t-Il pas désormais pour des hommes dont Il n’a pas dédaigné, par un effet de sa bonté infinie, de prendre la nature, et de lutter dans cette nature contre le démon ? Aujourd’hui règne par toute la terre une joie et une allégresse spirituelle. Aujourd’hui la troupe des anges et le chœur de toutes les puissances célestes tressaillent et triomphent pour le salut des hommes. Considérez donc, mes frères, combien doit être grand le sujet de réjouissance, puisque les dominations célestes elles-mêmes partagent notre fête. Oui, elles se réjouissent de nos avantages ; et si la grâce dont nous a favorisés le Seigneur nous est propre, la joie leur est commune avec nous. Voilà pourquoi elles ne rougissent pas de partager notre fête. Que dis-je ? des créatures ne rougissent pas de partager notre fête ! leur Seigneur Lui-même et le nôtre ne rougit pas ! je dis plus, Il désire de célébrer avec nous la fête que nous célébrons. Qu’est-ce qui le prouve ? Écoutez-Le Lui-même qui dit : J’ai désiré ardemment de manger avec vous cette pâque1. Mais s’Il a désiré de manger avec nous la pâque, sans doute Il a désiré de la célébrer avec nous. Lors donc que vous voyez non-seulement les anges, et toute la troupe des puissances célestes, mais le Seigneur Lui-même des anges, partager notre fête, quelle raison auriez-vous de ne point prendre des sentiments d’allégresse ?
Saint Jean Chrysostome (Archevêque de Constantinople),
Homélie sur la fête de Pâques, Bar-le-Duc, L. Guérin & Cie, éditeurs, 1864