Le Riche Insensé (2)

publicat in Parole d'ancien pe 20 Mars 2020, 15:19

Homélie de l’Archimandrite Zacharias, Essex (Luc XII, 16-21)

La richesse promet une certaine prospérité et précisément, la vie de la chair, « mange, bois, et réjouis-toi », l’esprit du riche insensé se dirige tout de suite vers une vie de plaisirs. Et ensuite, il entend la voix de Dieu. Cependant, Dieu ne parle pas à l’homme riche – ce n’est pas si facile d’entendre la voix de Dieu. Sa voix est entendue par ceux qui sont prêts à l’entendre, et s’ils l’entendent vraiment, ils sont transformés. Quant aux choses qui attirent les gens aujourd’hui dans le monde, richesse, biens matériels, carrière, gloire, leur attrait disparaît quand l’homme goûte à la grâce de Dieu. Et spécialement s’il entend Sa parole vivante dans son cœur, il est transformé et ne désire plus rien d’autre sinon connaître « Christ, et Jésus-Christ crucifié » (I Co. II, 2). Ce qui veut dire qu’il désire seulement la vie crucifiée qui lui assure la gloire au ciel. La conscience est la voix de Dieu, mais elle n’a pas le même pouvoir que lorsque Dieu parle directement à l’homme.

L’homme devenant attaché à ses richesses ne veut même pas mourir. Quelquefois vous voyez des gens mourants et terriblement tourmentés même quand ils passent dans l’autre vie, et bien sûr, ils ne peuvent pas voir la face de Dieu. Ceux qui réclament la vie de l’homme riche sont les démons avec lesquels il s’est lié et associé pendant toute sa vie. Dieu ne réclame pas sa vie. Dieu attire l’âme de l’homme et celui qui a un cœur libre de possessions, se détache facilement et vole vers le ciel. Combien de fois n’avons-nous pas entendu parler de saintes personnes qui veulent même préparer et nettoyer leur maison, s’étendent sur leur lit, joignent les mains sur leur poitrine, bénissent leurs enfants et montent au ciel. Combien de fois, n’avons-nous pas entendu dire cela aussi dans des monastères : les gens sont informés une ou deux semaines avant leur fin et ils partent sans effort, étant attirés, enlevés, sans contrainte.

Peu importe combien corrompu un homme peut devenir dans cette vie, peu importe combien de corruption il a ajouté à la désolation qu’il a héritée. Sa conscience demeure en lui comme une trace du but initial que Dieu a choisi pour sa vie. La mort est entrée par le péché comme un voleur dans la vie de l’homme. Le but de la création de l’homme était de devenir dieu par grâce, un ange du Royaume de Dieu car comme le dit le Seigneur, dans le Royaume de Dieu « on ne se marie pas, ni n’est donné en mariage, mais on est comme les anges de Dieu dans le ciel » (Matt. XXII, 30). Dieu ne désire rien moins pour nous que de devenir comme Lui-même, et Son désir est de nous faire tout d’abord Ses collaborateurs. Il veut que nous montrions de la miséricorde si nous sommes les intendants de la création, que nous partagions avec chacun les choses que Dieu nous donne. L’idée d’égalité est sainte et c’est ce que Dieu attend de Ses serviteurs, mais ceci doit prendre place de plein gré, par amour du Créateur. Quand les gens ont essayé d’appliquer l’égalité par la force, tout est devenu monstrueux, comme nous l’avons vu dans le communisme. La même chose arrive dans notre vie aussi : si nous voyons quelqu’un avoir un défaut, au lieu de le juger, nous devons suppléer à ce qui lui manque par la prière. Alors toute notre vie sera enrichie : celui qui a la faiblesse deviendra riche et nous serons sanctifiés. Dieu est vraiment libre. Comme le disent les Pères, Dieu est de « nature simple », parce qu’Il n’y a aucune lacune en Lui. Il Se suffit à Lui-même. Et nous devenons simples quand nous avons Sa grâce. Quand Sainte Marie l’Égyptienne prit quelques graines de la nourriture que Saint Zossimas lui avait apportée, elle dit : « C’est assez par la grâce de Dieu ». L’homme ne peut être rassasié par des choses matérielles. Il a besoin d’éternité, il a besoin de sentir Dieu. L’homme se sent indépendant, accompli, quand Dieu œuvre son cœur, et la pauvreté l’y aide. Celui qui a des richesses en aura des soucis, en pensant à les préserver, et il en sera l’esclave. Celui qui est pauvre est libéré, il peut nager à travers toute la mer, parce qu’il est libre de tout fardeau. Tandis que celui qui est chargé de beaucoup de fardeaux, ne peut courir ni nager. Soit il se noiera dans la mer ou il sera écrasé sous le poids du fardeau.

Par conséquent, nous avons besoin de la liberté que donne la pauvreté. Mais ce doit être une pauvreté intelligente, sage, ce qui veut dire, une pauvreté que l’homme accepte en bénissant Dieu et en disant comme Sainte Marie l’Égyptienne : « Ce que j’ai est assez par la grâce de Dieu. Gloire à Toi, Ô Dieu. » La pauvreté est alors le chemin de Dieu. La vie est pour nous un chemin, et nous sommes constamment en train de progresser sur ce chemin. Plus nous sommes libres, plus nous atteindrons rapidement le lieu de la présence de Dieu. L’Apôtre dit que nous devons être complètement libres de toutes choses, n’étant lié à rien d’autre ni à gauche ni à droite, et traverser cette vie comme un éclair. Ce qui libère le cœur se passe quand l’homme ne s’attache à rien sur ce chemin.

Si, à chaque fois qu’il est dans la peine ou la pauvreté, à chaque fois qu’il se sent contraint par la vie, l’homme a l’intelligence de rendre grâces et gloire à Dieu, il est alors vraiment béni, il trouve vraiment le sens de sa venue en cette vie. Aucun homme aimant Dieu ne permettra à son cœur de s’attacher à quoi que ce soit dans ce monde. Toutes les choses de ce monde, même les plus précieuses, perdent leur attrait et cessent de le séduire. La véritable liberté est celle du cœur. La vraie liberté de l’homme est d’aimer Dieu et de ne pas pécher. L’homme est alors libre en vérité tout comme Dieu l’est. Et celui qui entre en Sa présence, qui En a la sensation dans le cœur, qui est inspiré par l’amour de Dieu, est libre.

C’est ce que je voulais dire aujourd’hui. Je suis certain que Dieu parlera même plus à votre cœur. L’Évangile dit : « Instruis l’homme sage, et il deviendra encore plus sage ». (Pro. IX, 9), parce que c’est Dieu qui augmente le consentement de l’âme.

Trad. de l’Anglais – Anne Monney