Le Riche Insensé (1)

publicat in Parole d'ancien pe 18 Janvier 2020, 11:52

Homélie de l’Archimandrite Zacharias, Essex (Luc XII, 16-21)

La Philocalie est une anthologie d’enseignements de nos Saints Pères, qui encouragent et montrent au fidèle comment devenir libre des soucis, et se détacher des choses matérielles. Même dans le monde, si vous regardez les athlètes qui se préparent aux Jeux Olympiques, vous verrez qu’ils sont très stricts envers eux-mêmes, tempérés en toutes choses et s’exerçant afin de ne pas manquer leur but, mais de gagner le prix. De même, le souci de l’Église est de nous aider, par les paroles de l’Écriture et celles des Saints, à nous exercer, à lutter de manière légitime afin que nous puissions aussi gagner « le prix du sublime appel de Dieu » (Phil. III, 14).

Dans tous les écrits de la Philocalie, le détachement de l’homme des choses matérielles est essentiel. Saint Paul dit aussi que « le temps se fait court : que désormais ceux qui ont femme vivent comme s’ils n’en avaient pas » (I Co. VII, 29-31). Nous devons vivre avec une grande sagesse : ceux qui ont comme s’ils n’avaient pas, et ceux qui sont mariés et qui doivent prendre soin de leur famille, comme s’ils n’étaient pas mariés. Ce qui veut dire que nous devons traverser cette vie comme un éclair, ne nous attachant à rien, visant le seul but de nous unir au Christ, notre Époux, Que nous attendons du ciel. Nous devons vivre « comme n’ayant rien et cependant possédant tout » (II Co. VI, 10). Saint Jean Climaque dit que le moine qui a la vertu de non-acquisition est le seigneur du monde entier, le seigneur de toutes choses. 

Celui qui a la non-acquisition a placé sa vie dans le chemin du Christ, Qui, bien que riche pour l’éternité, Se fit pauvre par amour pour nous afin que nous devenions riches. LA PAUVRETÉ EST LE CHEMIN DE DIEU LUI-MÊME, Qui est descendu vers nous comme un nourrisson souffrant « qui n’avait pas un lieu où reposer Sa tête » (Luc IX, 58). De la richesse de Sa gloire, de Son éternité, Il devient pauvre, et descend sur terre. Nous aussi, quand nous devenons pauvres par amour pour Lui, nous nous mettons sur ce chemin et trouvons le Christ comme notre Compagnon de voyage. Alors nous devenons riches de Sa pauvreté. LA PAUVRETÉ DU SEIGNEUR EST SA PRESENCE PARMI NOUS, mais quand nous entrons en Sa présence, nous devenons riches. Comment devenons-nous riches ? En nous unissant à Lui. Et si nous avons en nous le Seigneur de tout, par le Seigneur, nous recevons toutes choses. C’est le Christ Qui est notre richesse. Si nous entrons dans Sa présence, notre cœur est libre, et il n’y a pas de plus grande chose qu’un cœur libre. C’est le cœur libre qui entre dans l’éternité : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Matt. VI, 21) ; notre cœur alors reste librement caché en Christ, aux cieux. (Col. III, 3).

Le Seigneur nous aime tous et Il nous donne Sa création multiple en sa beauté afin que nous soyons tous heureux. Cependant, nous voyons que certains ont tellement de choses qu’ils ne savent pas qu’en faire, cependant que d’autres n’ont rien. Dieu est-Il injuste ? À Dieu ne plaise, nous ne pouvons le croire. Ceci signifie que nous avons le devoir, autant que cela est en notre pouvoir, de partager cette richesse que Dieu a donnée à tous. En d’autres termes, nous devenons collaborateurs de Dieu si nous n’usurpons pas Sa création en nous l’appropriant mais sommes en constante recherche pour trouver des moyens d’en faire profiter les autres. Les aspects de la vie en Christ sont nombreux : « Ta vertu, Ô Christ, couvre les cieux » (Habac. III, 3 selon la Septante). Nous ne pouvons avoir toutes les vertus du Christ, mais à chaque fois que, dans notre vie, nous saisissons ne serait-ce qu’une petite mesure de ces choses contenues dans la vertu du Christ, nous prenons aussi le chemin du Seigneur. Le chemin du Seigneur est fait de toutes Ses vertus ; c’est un chemin d’humilité, un chemin d’amour, un chemin de sacrifice, c’est un chemin de pauvreté, comme cela nous est enseigné dans l’Évangile de ce jour.

Il y a deux dangers, deux illusions dans la vie de l’homme : la première est de dire que nous allons bien, sommes satisfaits, que nous avons réussi et que maintenant nous nous suffisons à nous-mêmes. Ceci est de l’orgueil. Et certainement, Dieu ne peut être en relation avec ceux qui sont rassasiés, mais avec ceux qui ont faim et soif de Sa justice (Matt. V, 6). La seconde est l’illusion du désespoir, quand l’homme voit sa misère, ses manques, sa désolation et ne désire plus continuer à faire quoi que ce soit pour son propre salut. Cependant, nous apprenons aujourd’hui qu’il y a une troisième illusion, quand notre cœur s’attache aux choses matérielles, et qu’elles deviennent le but de notre vie. Alors notre cœur devient de la terre, exactement comme les choses matérielles qui sont de la terre, et tout finira dans la tombe. Les choses matérielles ne peuvent accompagner l’âme au ciel. Seules les vertus de Dieu que nous avons acquises dans cette vie, le travail que nous aurons fait sur notre cœur afin qu’il puisse devenir la demeure du Saint-Esprit, c’est cela seulement qui peut nous accompagner au ciel.

L’homme riche avait acquis tant de récoltes qu’il commençait à s’inquiéter, ne sachant pas où les ranger : voilà l’illusion, et la passion de l’avarice qui empêche l’homme de respirer librement et qui le tourmente sans cesse. Cet homme riche qui serait même devenu plus riche encore, pense constamment à lui. Son esprit ne va vers personne d’autre. Il ne cesse de dire : « Je ferai ceci, je ferai cela, je et encore je ». Ce qui signifie qu’il est devenu l’esclave de son propre égoïsme. Tout à coup, il pense qu’il a trouvé la réponse, et il décide d’abattre ces greniers et d’en construire de plus grands. Et si ses terres lui rapportent de plus grandes récoltes l’année suivante, abattra-t-il à nouveau ses greniers ? Quel grand tourment que de faire un travail pareil chaque année ! « Et je dirai à mon âme, Âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour de nombreuses années ; mets-toi à l’aise, mange, bois, et réjouis-toi. » Au lieu que le corps suive l’âme dans sa montée vers Dieu, maintenant l’âme devient l’esclave du corps, et le corps promet à l’âme « le bonheur » pour de nombreuses années. C’est une grande malédiction si l’homme garde son bien pour lui seul, sans penser qu’un jour il mourra et que toutes ces richesses ne dureront pas, mais resteront après lui et pourriront. Si, cependant, il avait pensé à les distribuer aux pauvres et à remplir l’estomac d’autant de gens que possible, il aurait rangé ces récoltes dans un autre grenier, céleste, et il les aurait retrouvées comme gloire pour l’éternité à jamais.

(Trad. de l’Anglais – A. Monney)