publicat in Le monde intérieur pe 13 Janvier 2020, 05:28
« Dieu est lumière, une lumière infinie, incompréhensible. En Lui réside la lumière, unique dans l’unité de la nature divine et indivisible dans les Personnes divines. Le Père est lumière, le Fils est lumière, le Saint-Esprit est lumière, les Trois Personnes sont une lumière, simple, harmonieuse, hors du temps, éternelle et toute glorieuse. Tout ce qui provient de Dieu est lumière, car cela est issu de la lumière. La vie elle-même est lumière, une lumière sans fin. L’amour, la paix, la vérité, le Royaume céleste sont lumière. (…) Jésus-Christ, Sauveur et Roi du monde est lumière ».
Starets Thaddée, « Paix et joie dans le Saint-Esprit »
Le symbolisme de la lumière et des ténèbres occupe une place centrale dans toutes les cultures religieuses du monde, chrétiennes ou non, parce qu’il correspond à une réalité à la fois extérieure et intérieure, dont chaque être humain fait l’expérience tout au long de son existence terrestre. L’alternance de la lumière du jour et de l’obscurité de la nuit, n’est pas seulement un phénomène physique mais aussi une réalité psychologique, puisque nos moments de joie, de paix et de lumière intérieure, alternent avec des moments de détresse, d’inquiétude et d’obscurité de l’esprit. La lumière éternelle de Dieu est partout et à tout moment et si nous n’arrivons pas à éprouver sa présence au-dedans de nous, c’est que les yeux de notre esprit sont trop faibles ou mauvais : « L’œil est la lampe du corps. Si donc ton œil est en bon état, tout ton corps sera illuminé ; mais si ton œil est mauvais, tout ton corps sera dans les ténèbres. Si la lumière qui est en toi est ténèbres, combien les ténèbres seront grandes » (Matthieu 6, 22-23).
La lumière de l’esprit humain est ténèbres face à la lumière de Dieu, si bien que la connaissance selon l’esprit de ce monde, peut faire obstacle à la connaissance de Dieu : « Car la connaissance spirituelle est simple. Ce n’est pas dans les pensées attachées au monde qu’elle donne sa lumière. Tant que l’intelligence n’a pas été délivrée des nombreuses pensées, tant qu’elle n’a pas atteint la simplicité de la pureté, elle ne peut pas sentir la connaissance spirituelle » (Saint Isaac le Syrien, « Discours ascétiques »).
Lorsque nous nous laissons guider par la seule lumière de notre esprit nous tombons tôt ou tard dans les filets de l’ennemi de Dieu, car « Satan lui-même se déguise en ange de lumière » (2 Cor. 11, 14). En effet, quels que soient son savoir, son intelligence, ses capacités intellectuelles, « lorsque l’homme s’éloigne de Dieu, il erre dans les ténèbres et n’arrive pas à comprendre à quel point il est tombé bas. (Archimandrite Zacharias Zacharou, « L’homme caché du cœur »).
Au point de vue spirituel le mot « ténèbres » désigne tout ce qui se situe à la fois en dehors de Dieu et en dehors de l’homme, qui sans Dieu, n’a aucune substance propre et aucune lumière intérieure. Rompre le lien avec Dieu c’est être jeté « dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents » (Matthieu 25, 30).
L’homme qui s’est éloigné de Dieu devient l’esclave des choses extérieures, de ses soucis terrestres, de son activité professionnelle, de son rang social, de ses biens matériels, de son corps de chair, si bien que tout ce qu’il possède, tout ce qu’il est, lui vient du monde extérieur, où tout passe et tout est soumis à la loi de la mort. Le mot de Pascal : « Nous sommes pleins de choses qui nous jettent au-dehors » (« Pensées »), est encore plus vrai de nos jours, lorsque tous les moyens techniques modernes, les réseaux électroniques, les inventions audio-visuelles, la surabondance des produits de la société de consommation, le bruit et l’agitation de la vie moderne, nous attirent à chaque instant vers l’extérieur, et nous éloignent de plus en plus de notre être intérieur et de Dieu « qui est l’intérieur par excellence » (B. Vergely, « Le silence de Dieu ») : « Nous nous trouvons infiniment enchevêtrés dans les activités matérielles de ce monde. Nous sommes tellement empêtrés dans ce monde-ci qu’il ne nous reste pas assez de temps pour nous interroger sur notre âme et notre paix intérieure, que nous ne cessons de détruire ». Quant à Dieu, « Celui qui donne la vie à chaque créature », « nous L’avons enfoui sous les soucis et les contrariétés de ce monde qui détruisent notre paix intérieure, c’est pourquoi nous n’avons ni paix ni repos » (Starets Thaddée, op. cit.).
En effet, malgré son confort, son bien-être matériel et ses innombrables moyens de divertissement, l’homme des sociétés modernes est souvent sujet au stress, à l’angoisse, à la détresse, et connaît déjà dans ce monde-ci les ténèbres du dehors, que saint Isaac le Syrien décrit en ces termes : « Notre âme parfois se noie, elle est comme engloutie par les vagues. Qu’on s’adonne à la lecture de l’Écriture ou à la liturgie de la prière, quoi qu’on fasse, on s’enfonce toujours plus dans les ténèbres. Un tel homme sort du chemin. Souvent, il ne peut même plus approcher la prière. (…) Cette heure est pleine de désespoir et de crainte. L’espérance de Dieu, la consolation de la foi, ont totalement quitté l’âme. Celle-ci est tout entière emplie d’hésitation et de peur ». Mais « lorsqu’il nous arrive d’être couverts de ténèbres (…), ne nous troublons pas. Considère que ces ténèbres qui te couvrent t’ont été données par la providence de Dieu, pour des raisons que Dieu seul connaît » (Saint Isaac le Syrien, op. cit.).
Les désirs du monde affaiblissent notre désir de Dieu, les soucis de ce monde nous font oublier le seul véritable but de notre existence : le salut de notre âme. Les lumières de ce monde, qui s’éteindront toutes tôt ou tard, nous éblouissent et nous empêchent de recevoir la lumière éternelle de Dieu. Lorsque Dieu se retire de notre âme et nous plonge dans les ténèbres, c’est pour nous faire comprendre notre véritable nature, qui sans le Christ, notre Sauveur, ne peut trouver en elle-même aucune lumière, aucun secours, aucun pouvoir : « sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jean 15, 5).
Privés de la lumière intérieure de Dieu, nous ne voyons autour de nous que les ténèbres insondables d’un univers sans âme, muet et sourd à l’appel de l’homme, et insensible à ses souffrances. Un mot célèbre de Pascal (op. cit.) exprime l’angoisse existentielle de l’homme séparé de Dieu : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie ».
Les ténèbres du dehors sont même une réalité scientifique, puisque les astrophysiciens nous font savoir que l’univers est composé à 95% d’une matière noire dont on ignore tout. Sans la lumière du Christ, notre science n’est que ténèbres, notre intelligence n’est que ténèbres, nos joies, nos succès, nos espoirs ne sont que ténèbres, et notre existence tout entière n’est que ténèbres, puisque les pleurs et les grincements de dents sont le lot de tous les habitants de la terre. « Car celui qui marche sans le Christ au milieu de ce théâtre d’ombres qu’on appelle le monde, « ne sait où il va » (cf. Jean 12, 35). Pour savoir où il va et quel est le chemin qui conduit de ce monde à l’autre, il faut que l’homme devienne fils de la lumière. Comment ? Par la foi au Christ comme lumière du monde, parce que c’est par cette foi que l’homme lui-même est engendré de la lumière, et qu’il devient enfant de lumière, fils de la lumière » (Saint Justin Popovitch, « L’homme et le Dieu-Homme »).