publicat in Homélies et sermons pe 13 Novembre 2019, 06:14
Si quelqu'un disait que chacun de nous, fidèles, reçoit et possède l'Esprit sans en avoir connaissance ni conscience, il blasphème en faisant mentir le Christ qui a dit : « En lui se produira une source d'eau jaillissant pour la vie éternelle » (Jn 4, 14) et encore : « Celui qui croit en moi, des fleuves couleront de son sein en eau vive » (Jn 7, 38). Si la source jaillit, certainement aussi le fleuve qui sort et qui s'écoule est aperçu de ceux qui le regardent ; mais si tout cela se réalise en nous à notre insu, sans que nous en ressentions rien, il est bien évident que nous n'aurons pas non plus la moindre conscience de la vie éternelle qui en découle et qui demeure en nous, et que nous ne contemplerons pas la lumière de l'Esprit-Saint. Au contraire, nous resterons morts, aveugles et insensibles, alors aussi bien que maintenant.
Ainsi, vaine serait notre espérance et notre course inutile, puisque nous sommes dans la mort et que nous ne prenons pas conscience de la vie éternelle. Mais il n'en est pas ainsi, pas du tout, et ce que j'ai dit bien des fois, je le dirai encore, et ne cesserai de le dire. Lumière est le Père, lumière le Fils, lumière l'Esprit-Saint : lumière unique, intemporelle, sans division ni confusion, éternelle, incréée, sans quantité ni défaut, invisible, que nul homme n'a pu contempler avant d'être purifié, ni recevoir avant de l'avoir contemplée.
Quant à ceux qui prétendent la connaître et avouent cependant ne pas apercevoir la lumière de la divinité, voici ce que le Christ leur dit : « Si vous m'aviez connu, c'est comme lumière que vous m'auriez connu ; car la lumière du monde, en réalité, c'est moi » (Jn 8, 12). Malheur donc à ceux qui disent : « Quand viendra le jour du Seigneur ? » et qui ne font aucun effort pour le saisir. Car chez les fidèles l'avènement du Seigneur s'est déjà produit et se produit sans cesse.
Nous ne sommes pas fils de ténèbres ni fils de la nuit, pour que la lumière nous surprenne, mais fils de lumière et fils du jour du Seigneur. C'est pourquoi, soit que nous vivions, nous sommes dans le Seigneur, soit que nous mourions, en lui et avec lui nous vivrons, comme dit Paul (Rm 14,8 ; 1Th 5, 10). Dieu est tout à la fois siècle futur, jour sans déclin et royaume des cieux, terre des doux et divin paradis.
Tout cela et bien plus que cela, le Christ le deviendra pour ceux qui croient en lui, et pas seulement dans le siècle à venir, mais d'abord dans la vie présente. Bien qu'ici-bas ce soit de manière obscure, les fidèles voient nettement et reçoivent dès à présent les prémices de tout ce qu'ils auront là-bas. Nous le recevons en pleine connaissance et conscience de l'âme, pourvu que notre foi ne soit pas de mauvais aloi, ni notre pratique des commandements divins déficiente.
Pour le corps nous n'en sommes pas encore là, mais après la résurrection, notre corps lui-même sera spirituel. Comme celui-là qui par sa puissance divine a mué le sien et l'a ressuscité du tombeau, ainsi nous tous, nous le reprendrons spirituel ; et nous qui lui étions auparavant assimilés par notre âme, nous lui serons alors assimilés à la fois par l'âme et le corps : hommes par nature, dieux par grâce, comme lui-même Dieu par nature a pris forme d'homme par sa bonté.
Bienheureux donc ceux qui ont reçu le Christ venu comme lumière dans les ténèbres, car ils sont devenus fils de lumière et du jour. Bienheureux ceux qui chaque jour se nourrissent du Christ, avec cette contemplation et connaissance, comme le prophète Isaïe, du charbon ardent (Is 6, 6), car ils seront purifiés de toute souillure de l'âme et du corps.
Bienheureux ceux qui vivent en permanence dans la lumière du Christ, car maintenant comme pour les siècles ils sont ses frères et cohéritiers et le seront à jamais. Bienheureux ceux qui à présent ont allumé la lumière dans leur cœur et ne l'ont pas laissée s'éteindre, car au sortir de cette vie ils iront avec éclat au-devant de l'époux et entreront avec lui dans la chambre nuptiale en portant les flambeaux.
Bienheureux ceux qui voient leur vêtement briller, comme si c'était le Christ, car ils seront comblés à toute heure d'une joie ineffable ; et, dans leur saisissement, ils pleureront de bonheur devant cette preuve qu'eux-mêmes sont déjà fils et bénéficiaires de la résurrection.