publicat in Homélies et sermons pe 17 Octobre 2019, 20:42
Il y a deux sortes de martyres : l’un consistant en une disposition de l’esprit, l’autre joignant à cette disposition de l’esprit les actes extérieurs. C’est pourquoi nous pouvons être martyrs même si nous ne mourons pas exécutés par le glaive du bourreau. Mourir de la main des persécuteurs, c’est le martyre en acte, dans sa forme visible ; supporter les injures en aimant celui qui nous hait, c’est le martyre en esprit, dans sa forme cachée.
Qu’il y ait deux sortes de martyres, l’un caché, l’autre public, la Vérité l’atteste en demandant aux fils de Zébédée : Pouvez-vous boire le calice que je vais boire ? Ceux-ci ayant répliqué : Nous le pouvons, le Seigneur répond aussitôt : Mon calice, vous le boirez en effet1. Que devons-nous comprendre par ce calice, sinon les souffrances de la Passion, dont il dit ailleurs : Mon Père, s’il est possible, que ce calice passe loin de moi2 ?
Les fils de Zébédée, à savoir Jacques et Jean, ne sont pas morts tous les deux martyrs, et pourtant il leur a été dit à tous deux qu’ils boiraient le calice. En effet, bien que Jean ne soit pas mort martyr, il l’a été cependant, puisque les souffrances qu’il n’avait pas subies dans son corps, il les a éprouvées dans son esprit. Il faut donc conclure de cet exemple que nous pouvons nous aussi être martyrs sans passer par le glaive, si nous conservons la patience dans notre âme.
Saint Grégoire le Grand,Homélies sur l’Évangile, 35,
Trad. des moines bénédictins de l’abbaye de Sainte-Madeleine du Barroux, Cerf, 2008
On dit que beaucoup de martyrs, arrivés au jour où ils s’attendaient à recevoir la couronne du martyre, soit qu’ils l’aient connu à l’avance par une révélation, soit qu’ils l’aient appris par leurs compagnons, ne mangeaient rien le soir précédent, mais veillaient dans la prière jusqu’au matin, glorifiant Dieu par des psaumes, des hymnes et des odes spirituelles ; ils accueillaient cette heure dans la joie et l’allégresse, comme des gens qui se préparent aux noces, et ils allaient, en jeûnant, au-devant du glaive. Ainsi donc, nous-mêmes, qui avons été appelés au martyre invisible afin de recevoir les couronnes de la sanctification, soyons sobres d’esprit, et que jamais dans un membre ou une partie de notre corps ne soit donné à nos ennemis le moindre signe de reniement de notre foi.
Saint Isaac le Syrien, Discours, 85, 19,
Trad. du Père Placide Deseille, Monastère St-Antoine-le-Grand et Monastère de Solan, 2006, 2011.